‹ L'ennui: étude psychologiqueChapitre 57 sur 60 · LES REMÈDES DE L'ENNUI · texte numérisé non relu

LES REMÈDES DE L'ENNUI

Il importe de combattre Fennui, de ne point s'en laisser accabler. L'ennui est une souflfrance, la paralysie de nos facultés, une langueur nuisible, un froid au cœur : vivre dans l'ennui, c'est se sentir glacé, être éteint, n'être plus en état de faire œuvre qui vaille ; comment combattronsnous l'ennui?

Le remède de l'ennui peut se désigner d'un mot : le bonheur. Mais il a toujours été imprudent de disserter sur le bonheur, chose fuyante, indéfinissable : problème ardu pour chaque homme en particulier, où la réussite est chose toute personnelle. Nous nous contenterons, sur ce sujet, d'indications générales, puis nous reprendrons brièvement les principales catégories de l'ennui.

L'ennui d'abord est un fait d'ordre vital : il se rattache à la fatigue organique. Retour sur elle-même de l'âme blessée, il est le sentiment de l'insuffisance de la vie, la

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constatation de son néant. A ces titres divers, il est fondé, légitime : il n'y a pas d'arguments à faire valoir contre lui. L'ennui est aussi le sentiment de la monotonie, de la lenteur de la vie ; il accuse ses répétitions peu déguisées; sa platitude nécessaire : il sera difflcile encore de ne pas lui donner raison. Schopenhauer veut qu'on prémunisse les jeunes gens contre cette illusion « qu'il y a grand'chose à trouver dans le monde ».

L'ennui qui se définit ainsi est, à vrai dire, d'ordre métaphysique, et il est peu de gens qui soient capables de le concevoir sous celte forme quintessenciée et qui en ressentent vivement les souflfrances. Nous saurons qu'il faut lui faire sa part, ne pas entrer en vaines révoltes contre l'inévitable.

Ces concessions une fois faites à un mal qui est une partie de notre nature, nous devons prévoir, prévenir tout ce qui fortifierait sa domination.

La lutte contre l'ennui a pour auxiliaire un art modeste et difficile, l'art de vivre, ou, à son défaut, la science de la vie.

L'art de vivrç a un précepte premier et fondamental qui est la connaissance de soi - même * . Celui qui se connaît lui-même ne sera ni le jouet des vains désirs,

1. La connaissance de soi-même requiert un travail d'esprit formidable et on a chance d'être atteint par la mort, avant d'en être venu à bout. L'instinct est ce qui guide les hommes.

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ni la victime des erreurs mortelles^ il s'accepte tel qu'il est et se tient avec bonne humeur aux ordres de la destinée.

L'art de vivre exige que nous soyons d'accord avec la rie, que nous ayons son intelligence complète. Nous donnerons à nos facultés toute la culture dont elles sont susceptibles. L'esprit vaut par lui-môme : il mène à éluder bien des sortes d'ennui; il porte le sujet au plus haut degré du bonheur qui est de comprendra le monde et d'en jouir continuellement.

La vie peut-elle aller sans la participation du cœur? Il ne le semble pas. C'est un sot calcul que l'égoïsme ; d'ailleurs, personne ne s'y tient. Avec des approches prudentes, on cherche à aimer, à se faire aimer. Vivons par le sentiment sans critiquer de trop près ses complaisances . Les « êtres chers » trompent comme le reste ; mais qu'est ce qui ne trompe pas dans un monde où tout nous échappe? Du moins, à vivre dans autrui, on est sorti de soi, on a élargi son âme, on a fait reculer Tennui.

Pour vaincre l'ennui, il est bon d'obéir à un devoir, de se dévouer à un idéal. En tous les temps, il y eut une « bonne cause » à servir. A s'intéresser aux idées, à se tenir dans le courant général, on rompt avec la médiocrité du sort individuel, on s'élève au-dessus des tristesses du labeur journalier.

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