LES REMÈDES DE L'ENNUI
Au surplus, ces remèdes ou palliatifs de Tennui peuvent sMndiquer de bien des façons. « L'ennui, dit Alfred de Vigny, est la maladie de la vie ; pour le guérir, il suffit de peu de chose : aimer et vouloir. C'est ce qui manque le plus généralement. Et, pourtant, il suffit d'aimer quelque chose, n'importe quoi, ou de vouloir avee suite un événement quelconque, pour être en goût de vivre et s'y maintenir quelques années. » M""® Swetchine écrit : « J'ai souvent pensé que c'était par le cœur qu'on ne s'ennuyait jamais ; les deux héros de l'ennui, M. de Chateaubriand et Benjamin Constant m'ayant mise sur la voie de cette vérité que ce n'est pas l'esprit qui sauve d'un tel mal. »
Arrivons maintenant à parler des catégories diverses de l'ennui, si tant est qu'on puisse avoir la prétention d'assigner des remèdes pour des cas innombrables et qui sont la complexité même.
L'ennui par épuisement nous a particulièrement préoccupé. Le remède de l'épuisement vrai, c'est le repos. Quand il n'atteint pas une gravité extrême, l'épuisement commande le changement d'occupation, un renversement d'orientation. C'est le cas de ceux qui s'ennuient pour ne vivre que d'une vie étroite, ou pour ne connaître qu'une forme d'esprit qu'ils ont trop exploitée. Ils passent au pôle contraire. Alors se produisent des transformations imprévues qui révèlent des caractères nouveaux. Le phi-
losophe, qui ne savait que la logique et Tabstractiou, quitte un jour ces landes grises et rentre dans la vie à sa manière en écrivant des Apocalypses et des poèmes ; le sensuel aux sens abolis se fait sentimental et rêveur jusqu'au ridicule ; Tamant idéaliste renie l'amour unique et découvre le monde infini des femmes. M™* du Deffand, héroïne de Tennui, parvenue à la vieillesse, n'a-t-elle pas trouvé dans son cœur usé les éléments d'une affection romanesque et quasi délirante? « Qui le croirait, dit Scherer dans l'article déjà cité, qui le croirait? dans le cœur de cette septuagénaire misanthrope, désolée, desséchée, nous allons voir, à la dernière heure, fleurir une subite et romanesque affection. »
Qu'avons-nous fait en apportant ces exemples? Nous avons voulu dire que l'esprit a des ressources cachées et des protestations inattendues, et son épuisement, si profond qu'il paraisse, n'est pas toujours sans remède.
Passant à l'ennui par monotonie nous rappellerons la place considérable qu'il tient dans notre existence. La monotonie a sa nécessité, ses droits. Et plus encore : la monotonie comprend la douceur des habitudes, le goût de la stabilité, le charme des horizons étroits; uniformité d'une vie choisie, elle est une des conditions du bonheur. Chateaubriand fait dire à René : « Je sens que j'aime la monotonie des sentiments de la vie, et si j'avais encore la