CHAPITRE XV
ussitot que les premiers rayons du jour commencèrent à éclairer les objets, je m'aperçus qu'on entr'ouvroit ma porte avec beaucoup de précaution. J'élois pleinement éveillé , je regardai avec attention, la porte s'ouvrit très-lentement • et comme j'avois la tête remplie de visions, je m'attendois à voir apparoître quelque spectre. Mais non, ce n'étoit qu'Ellinor.
Ellinor! luidis-je , est-ce bien vous?
Quoi de si grand matin! — Paix, paix me répondit-elle , en fermant la porte avec la plus grande précaution : elle s'avance jusqu'auprès de mon lit sur la pointe du pied : « Au nom de Dieu parlez bas, et ne réveillez pas ceux
qui donnent près et beaucoup trop près de vous. Personne ne sait que je 5uiâ venue ici. Quand là-bas on sera réveille, je n'aurai peut Cire plus la facilite' de vous parler, ci l'on pourrait voir dans mes regards que je suis instruite de quelque chose. »
La terreur étoupcînle dans ses yeux; l'impatience et 1 ctonnemcnisYioîenl empares de moi. Avant de vouloir dire un mot, elle visita les cabinets voisins» regarda derrière la tapisserie nours'assurer que personne ne pouvoit l'entendre. Enlin sure que nous étions kuIs, elle me dit, mais d'un ton de voix si bas que j'avois besoin de toute mon atleniion pour la suivre.
a Si vous tenez à la vie, n'allez jamais vous promener le soir sur ce rivage solitaire. 11 est e'tonnant que vous en fovez échappe', mais si vous y retour-
nez, vous n'en reviendrez pas vivant; car jamais ces misérables ne pourront obtenir de vous ce qu'ils veulent; jamais ils ne pourront vous rendre semblable à eux.
— Qui donc? De qui parlez-vou%
je ne vous comprends pas, etes-vous bien dans votre bon sens?
— Certainement, et plût à Dieu que vous y fussiez aussi bien que moi. Mais grâce au ciel, rien n'est encore perdu. De qui je veux parler? De ces trois cents qui ont jure' de vous avoir pour capitaine, ou de vous tuer cette nuit. De qui je veux parler ? Du plus sce'le'rat de tous, qui vit dans la même habitation que vous et qui dort actuellement presque à vos côte's.
— Joe Kelly ?
— Lui - même : Depuis qu'il est
dans le château, je l'aurois pris en
aversion , si ce n'est que c'est lui qui a retardé voire départ pour l'Angleterre.
Cela m'a aveuglée, car autrement je n'ai jamais pu le souffrir, et depuis long temps je laurois surpris en faute.
Et qu'avez- vous découvert sur ce qui le concerne?
C'est un révolté qui cherche à recommencer les trouhlcs. Ils tiennent leurs assemblées dans la caverne où se cachoient autrefois les contrebandiers , sous le grand rocher, vis-à-vis la vieille abbaye. — Et de-là à l'abbaye il y a un chemin où vous aimez tant à vous promener.
Juste ciel! Cela est-il bien vrai?
Mon cher enfant, cela n'est que
trop vrai.
Mais Ellinor , comment avezvous pu le découvrir?
Oh ! ce n'est pas moi; jamais de
pareilles -choses ne me seraient venues
dans l'esprit. Mais il a plu a Dieu que tout fut découvert par mon petit fils, par ce garçon à qui vous avez donné il y a long-temps un fusil pour tuer des lapins. Hier il chassoit un lièvre qui se dirigea vers la montagne, et se réfugia dans la caverne ; le garçon, le suivit ? et comme il étoit à chercher, il trouva une vieille redingote qu'il apporta à la maison. Il nous la montra à son père et à moi, tandis que Je faisois cuire des patates pour le dîner;
ayant fouille dans une des poches, nous y trouvâmes un fer de pique brisé, et dans l'autre un papier tout écrit Grâce au ciel, je ne pus pas lire
ces choses abominables; ni le petit garçon non plus qui n'est jamais allé à l'école; autrement tout le pays le sauroit déjà.
Maïs enfin que contenoit ce papier? Est-ce que person n'a pu Iç lire?
Pardonnez-moi , Clirisly l'a lu, mais Clirisly tout seul ; il n'a pas voulu nous dire ce qu'il y avoit dedans. 11 nous a dit que cela n'en valoit pas la peine ? et qu'il ne vouloit pas perdre son temps à lire de vieilles chansons.
Nous n'y avons plus pense, et aussitôt que nous avons eu mange' les patates, il a envoyé le garçon au château pour porter le me'moire des ouvrages de serrurerie; et moi, comme un enfant, je n'ai pas pense' qu'il y eut le moindre mal. Le soir, Christy nous a averti qu'il alloit aux funérailles d'un voisin, et qu'il ne reviendrait que le lendemain malin de bonne heure. Il n y a pas maintenant deux heures qu'il est de retour; il n'etoii
pas allé aux funérailles, mais dans la caverne où l'habit avoit été trouvé. Il y a remis l'habit avec le fer de pique, et le papier dans les poclies tout comme ils y éloient. Le papier, c'étoit la liste des scélérats qui se rassemblent là, et une lettre disant qu'ils vouloient mettre milord Glenthorn à leur tète ou le tuer. Voici ce qu'a fait Christy pour en apprendre davantage.
Il s'est caché dans un trou sur un des côtes de la caverne, et s'est recouvert de décombres, de manière à n'avoir juste de place que pour respirer. Il s'est tenu là jusqu'à la fin du jour , et même jusqu'à minuit ; les scélérats rcmplissoient presque toute la caverne. Il falloit qu'il eût bon courage , mais, grâce au ciel, il n'en a jamais manqué ; il a tout vu et tout entendu, et voici ce qu'ils disoie ni:
D abord l'un déclara qu'ils ne devoient plus tarder à se montrer. Qu'il falloit faire une insurrection dans le pays ; il nomma ceux qui, dans d'autres endroits etoient disposés à se joindre à eux ; cette fois-ci on ne les dissiperoit pas aussi aisément que la première, car ils auroient de bons chefs.
Quelques - uns vous donnoient de grands éloges, assurant qu'au fond du cœur vous étiez pour eux; qu'on l'avoit bien vu par les sentimens que vous avez montres lors de la dernière insurrection. D'autres soutenoient que l'on ne pourroit jamais rien faire de vous; que vous étiez trop doux, que vous n'aviez point de caractère, et que vous n'étiez ni cliair , ni poisson..
Ceux qui etoient pour vofcs rép ondoient que vous vous montreriez bien, tôt; les autres répliquoient qu'il , falr
Joit le faire tout de suite ou jamais; que si vous ne vous mettiez pas à leur iCte , on devoit vous fouler aux pieds aîflsi que les autres, qu'il e'toit inutile liai parier davantage et de se laisser plus long -temps amuser par Joe Kçtly ; qu'il e'toit étonnant que luimê::ic ne fut pas présent à l'assem- Li.'e. Ils parlèrent ensuite de votre départ pour l'Angleterre. Si vous veniez à l'e xécuter^ que deviendroienl - ils nuand ils auroient affaire à cetÉcossais de M' Lefod qui e'toit bien un autre
vous
jamais, qui seroit toujours à leurs trousses lui et les siens, et contre qui personne n'oseroii lever la tete. Pour ne pas vous ennuyer trop de tout ce qu'ils dirent , leur capitaine, ou quelchose d'approchant, leur imposa silence. « Vous parlez de ce que vous
ne connoisscz pas Joc Kelly et moi ,
nous avons tout règle', il n'ira point en Angleterre, il trompe son m a î t re , et quand celui-ci viendra se promener demain soir sur le Lord de la mer ou du cote de l'Abbaye, Joe et moi nous le saisirons, nous le ferons entrer dans la caverne parla trape, et là il faudra qu'il promette de se mettre à notre tète, sinon nous le jetons dans la mer, et il ne sera plus question de lui ; nous dirons qu'il s'est noyé lui-même dans un accès de mélancolie , personne n'en doutera ; et on le prouvera en faisant trouver ses gants et son chapeau sur le rivage, h Mon Dieu! Comment pouvez -vous
lire, quand tout cela est vrai, puisque Kelly lui-m nie doit retiouver le corps après avoir fait semblant de
chercher pendant long-temps. Vou-
lez-vous maintenant leur promettre ce qu'ils demandent, vous meure à leur tête et obéir & toutes leurs -volontés? D s le premier jour ils entreront en cjuerelle avec vous, pareeque comme capitaine, vous ne voudrez pas vous laisser conduire, ils vous tueront d'un coup de pique ou d'un coup de fusil, ils donneront le château à Joe Kelly, et mettront tout le reste au pillage. C'est comme cela que tout est arrêté , demain soir ils s'assembleront dans la caverne, ils feront
semblant de conduire un enterrement à l'ÀLbaye. Maintenant que vous con-
noissez toute la vérité , que Dieu vous
protège? Mais qu'allez-vous faire? Ma
pauvre tête n'est pas plus en état de
penser à cela que celle d'un enfant,
et je tremble à chaque moment qu'on
ne puisse deviner sur ma figure ce que
je sais. Oh! qu'allez -vous devenir maintenant, il est bien sur qu'ils vout assassineront, quelque chose que vous fassiez ?
Quant Ellinor eut cesse* de parler, elle fut encore long-temps dans une agitation extrême; elle sanglotioit et s'écrioit : « Que faut-il faire? que fautil faire ? De quelque manière qu'on s'y prenne, vous serez certainement tue.»
Quant à moi, 1 imminence du péril à la fin m'éveilla. Je me levai à l'instant; j'écrivis à M. M'Léod un billet, par lequel je le priois de me venir voir sur-lc-chainp pouraflaire particulière.
Craignant que mon billet ne hit intercepté ou décacheté , je n'y employai que les termes les plus vagues; j'y disois même à M. M'Léod d'apporter l'état de ses derniers comptes ; de sorte qu'on I eût supposé que je n'avoîs à l'entre-
tenir que d'intérêt> pécuniaires. Ma tranquillité extérieure calma peu à peu la pauvre Ellinor : je lui assurai que nous allions prendre les mesures nécessaires pour prévenir tout mallicur ; je la remerciai de l'avertissement opportun qu'elle m'avoit donné, et, en la priant de retourner chez elle avant qu'elle pût être observée, je lui recommandai fortement de ne pas dire un mot, dans la journée, de tout ce qui s'étoit passé. Nous convînmes qu'aussitôt qu'elle verroit arriver M.
M'Lcod elleenverroit Christy, se faire payer son mémoire. Par ce moyen je pouvois, sans exciter de soupçons, lui parler en particulier et apprendre de lui-même ce qu'il avoitvuet entendu dans = la caverne.
Ellinor retourna chez elle, après m'avoir promis d'obéir ponctuelle-
nient à mes recommandations , particulièrement pour ce qui regardoît le secret. Afin d'être plus sine dVllemême, elle me dit quelle alloit se mettre au lit tout le jour, comme sî elle avoit le rhumatisme, et qu'ainsi elle ne parleroit à personne. Un de mes domestiques porta ma lettre à M. M'Leod, et rien ne m'empêcha plus de faire mon somme du matin.
Joe Kelly entra dans ma chambre à l'heure ordinaire. Je détournai la téte et je lui dis d'un ton fort calme : j'ai passé une mauvaise nuit; c'est dans mon appartement que je déjeunerai.
Quelque temps après arriva M.
M'Lcod. D'un air fier il me présenta ses comptes , et je l'en laissai parler jûsqu'S ce que le domestique qui ctoit près de nous fût sorti ; alors je lui expliquai la raison pour laquelle j*
l'avois mande si précipitamment. La tranquillité' qu'il conserva , nonobstant mon étrange narration , me piqua un peu , je l'avoue. Il me répondit du ton le plus calme :
« Nous sommes heureux d'avoir du temps devant nous ; notre premier soin doit cire de nous assurer du silence d'Ellinor. »
-*—Je vous le garantis, lui dis-je.
— Eh bien! en second lieu, c'est à moi, qui suis magistrat, d'interroger son fils et de lui faire confirmer ses
dépositions par serment.
Chris ty fut appelé devant nous. Ii vint avec son mémoire de forgeron à la main j de sorte que les domestiques ne purent en deviner davantage. Il fut examiné dans quelques minutes. Son rapport étoit si direct et si clair, qu'il
n'y a voit pas moyen de douter. La seule
différence entre le compte qu'il nous
rendit, et celui qui avoit été rendu par
*a mère, étoit relative au nombre des
conjurés. Des treize qui avoient été vus
dans la caverne, Ellinor en avoit fait
trois-cents.
Christy nous assura qu'en effet il
ne s'en étoit trouvé que treize à l'assemblée , mais que trois-cents autres dévoient se joindre à eux.
Vous êtes un brave homme, dis-jè à Christy, d'avoir osé vous enfermer dans la caverne avec ces brigands 5 s'ils vous avoient découvert , certainement ils n'eussent pas épargné vos jours.
Cela est vrai , répondit Christy ; niais ne faut-il pas mourir tôt ou tard , et pouvoi -je mourir d'une manière plus honorable? Puis- je oublier votre conduite envers moi lorsque je fus blessé?
Que n'avez - vous pas souffert alors ?
vous.
Quelle honte pour moi si je fusse resté' en repos et qu'on vous eût assassine'.
Non, non, Chris ty O'Donoghoe en est incapable. J'espère, Milord, que si l'occasion se présente ou il faille se battre , vous voudrez bien m'armer, et que j'aurai ■■l'honneur d'exposer mes jours pour
Nous n'en sommes pas encore là , lui répond le méthodique M. M'Léod.
Si vous allez si vite en besogne, mon ami, vous perdrez tout. Retournez à votre forge, travaillez -y comme de coutume , et reposez-vous du reste sur nous ; s'il y a quelque bataille , je vous promets que vous en prendrez votre part.
Chris ty n'obéit qu'avec peine. îilors M. M'Léod rédigea sagement notre plan de campagne. J'avois, à quelque
dislance, une petite maison de pêche
avec un Latcau. M. M'Léod devoit s'y' ndrc comme pour s'amuser à pêcher ec son neveu , jeune homme qui oit beaucoup ce genre de divertissement. Us mcneroicnt avec eux quelques miliciens, comme pour les aider, et d autres encore viendraient les rejoindre , sous le pre'texte d'y dîner. Dans le pavillon de la pêche il ■ avoit une pièce de quatre qu'on avoit tire'e fréquemment dans les réjouissances publiques. Une victoire navale
que venoient d'annoncer les gazettes, offroit un pre'texte pour la mettre en évidence. Nous savions que les rebelles eroient sur leurs gardes et nous évî- .mes avec le plus grand soin de leur aisser entrevoir que nous eussions dénie' quelque chose. Nos pêcheurs deoient laisser passer tranquillement
enrà feintes funérailles, faire quelques
questions insignifiantes, et donner aux
rebelles quelques pièces de monnoîe pour avoir des pipes et du tabac. Vers le soir le bateau, armé du petit canon, devoit s'approcher du rivage et, à un signal donné par moi, se mettre en station vis-à-vis de l'entrée de la ca-
verne.
Au mêuie signal, un homme sûr avertiroit une troupe cachée dans l'abbaye, de fermer la trape qui s'ouvroit vers le haut. C'étoit le moment où je présenterais le pistolet au chef des rebelles qui vouloit se saisir de moi a mon retour de la promenade du soir. D'abord M. M'Léod s'opposoit à ce que je me rencontrasse avec cet homme; mais je persistai dans ce projet; j'étois bien aise de donner une preuve publique de ma loyauté et de mon courage personnel. Quant à Joe
Kelly, je me chargeai du soin de son
individu. -
M. M'Léod jfie quitta pour aller s?oc-
échc
je fis oire à Joe Kelly de venir me jouer de la flûte. Je surveillai mes paroles et mes regards de manière a ce qu'il ne se rut pas découvert; cela me fut aisé,
ur
mieux, il affecta
gaieté
rs de sa flûte et par ses plaisantes histoires. Je ne lui permis pas de me quitter de toute la journée. Vers le soir, je parlai de mon départ pour l'Angleterre; je proposai de le fixer aulendemain malin, et j'envoyai Kelly chercher quelque chose dans un cabinet, dont la porte étoit très-solide, et dont les fenêtres étoient garnies de I barreaux de fer; c'étoit une prison
dont on ne pouvoit s'échapper. T dis qu'il étoit penché devant un tiroir, je fermai la porte sui lui, et je mis 1 clef dans ma poche. En sortant
château, je dis a ceux de mes domestiques que je rencontrai : je viens d'enfermer Joe Kelly dans le cabinetj si il appelle, que personne ne lui réponde, il ne sortira qu'à mon retour ; c'est une plaisanterie que je lui dois. Les domestiques crurent en effet que javois voulu m'amuser, et je sortis avec mes pistolets chargés. Je me promenai quelque temps sur le bord de la mer sans apercevoir personne. Enfin je découvris le bateau pécheur!
qui s'approchoit du rivage. Je craignois que mes gens ne s impatientant, ne vinssent trop tôt à l'embouchure de la caverne, et par là ne se fissent voir; s'ils n'avoient pas eu M. M'Léod
h leur téle, cela fut infailliblement . arrivai comme je l'ai su depuis; mais il c'tpit si calme, si ponctuel, qu'il contint I. ur impatience , en déclarant qwe, <1 vit-Il attendre même passe' minuit, il resteroit jusqu'à ce que le signal convenu fût donné. Enfin je vis sortir un homme de la caverne; je m'assis a ma place accoutumée, et je me mis à ba.Iler le plus naturellement que je pus. Selon mon usage, je traçai des figures sur le sable avec le bout de ma canne, observant du coin de l'œil l'ombre de l'homme, qui se dessinoit sur l'eau à mesure qu'il avançoit. Il étoit enveloppé d'une grande redingolte de laine, il passa derrière moi et alla jusqu'au détour de la route, regardant comme un homme qui cherche quelqu'un! je savois parfaitement bien quel étoit celui qu'il cherchoit.
Ne rencontrant point Joc Kelly, il
revint à moi quelques minutes après, j a vois la main dans ma poche sur un de mes pistolets.
Vous êtes sûrement le comte de
Clenthorn ? me dit-il.
— C'est moi-même.
— En ce cas-là, vous allez avoir la
bonté de me suivre.
Alors le saisissant d'une main par le collet , et de l'autre lui présentant le pistolet ; « ne résiste pas ou je le tue. )} L'indignation me donnoit de la force ; je l'entraîne à l'endroit convenu pour le signal. Le bateau se plaça vis-à-vis de l'ouverture de la caverne ; tout répondit à mon attente.
* Vois, dis-je à mon prisonnier en lui montrant le bateau , vois là bas mes amis sous les armes; ils ont une pièce de canon j la mèche est allumée
el voire complot est découvert. Va rejoindre tes complices dans la caverne, et dis-leur que nous sommes maîtres de la tronc, ils ne peuvent échapper; qu'ils se rendent i s'ils essaient de s'enfuir , nous lirons sureux , el ils sont morts.
Mon capitaine rebelle ne montra .
pu autant de courage que je l'a u rois désire pour l'honneur de ma victoire.
La surprise le déconcerta : je le sentis trembler sous ma main. Il obéît h mes ordres, et alla dans la caverne engager ses camarades a se rendre. Sou entrevue ne produisit pas cependant un effet subit. Je suppose qu'il y avoit dans la troupe quelque homme détermine' qui conseilloil la guerre ouverte. En même temps nos braves dc- Wjuèrenl et entourèrent si bien la "averne qu'il n'y eut plus de possi-
hilité d'en échapper. Enfin les conjurés se rendirent prisonniers. Je suis fâché de n'avoir pas à. raconter une bataille Lien sanglante pour ceux de mes lecteurs qui les aiment ; mais il n'y eut pas une goutte cle sang répandue , pas une amorce brûlée. Nous les finies sortir de leur retraite un à un , en nous assurant qu'ils n'avoient pas sur eux d'armes cachées. Quand ils nous eurent remis toutes celles qu'ils avoient amassées dans la grotte, la question fut de savoir ce qu'on feroit d'eux. Comme il étoittrop tard pour les examiner et les confier légalement à la prison du comté, M. M'Léod opina pour qu'on leur fit passer la nuit dans l'endroit qu'ils avoient choisi eux-mêmes. En conséquence nous les replaçâmes dans leur souterrain , après avoir apposé des gardes a chaque
issue. Nous retournâmes au cliâtcaiij ci je m'arrèlai pour dire «'i Chrisiy et à EJiinor que j'élois sain ei sauf. Ils vciJloienl tous deux en attendant de nos nouvelles. Dt-s qu'Ellînor m'aperçut, clic leva les mains au ciel sans pouvoir proférer une parole. Christy ni'accabloil de félicitations , mais au milieu de sa joie, il me reprocha de de ne pas lui avoir donne' un fusil pour qu'il eût le plaisir de se battre un peu. Sur ma parole , lui dis-je ,il n'y a pas eu de bataille, ou bien vous en auriez e'té.
Oh ! ne le fatiguez pas davantage ; ne le faites pas parler plus long-temps, dit Ellinor; voyez comme il est las! Il a chaud. II faut qu'il aille se mettre au lit j c'est moi-même qui le bassinerai; je ne veux pas m'en reposer sur un autre.
(ai6)
Elle ne voulut pas croire que je ne
de'sirois pas qu'on bassinât mon lit; mais, par un chemin plus court, elle alla devant nous. En entrant dans le château je la trouvai la bassinoire à la main, entourée des domestiques qu raccabloient de questions et qui e'cou toient ses rapports , qui n'étoient pas fort intelligibles.
Je demandai du pain et de l'eau pour mon prisonnier , et j'entendis que Ton disoit autour de moi :
« Cela est-il bien vrai? N'est-ce pas un conte ? Comment , Joe étoit dans
le complot!
— Je n'ai jamais aimé ce Kelly; j'ai toujours dit que c'étoit un mauvais
sujet. ~
— Et moi aussi ; et moi aussi.
— La semaine dernière je le disois encore jet moi pas plus tard qu'hier. 4
Je passai au milieu de lousccs div courcurs, portant de l'eau et du pain au détenu. M. M'Leod nie vit et me
, je veux vous escorter ; un lé est un animal dangereux, remerciai et j'y consentis. Mais la précaution c'toil inutile. Quand nous ouvrîmes la porte, nous vîmes le coupable abîmé dans les remords; il se précipita sur ses genoux et nous demanda grâce de la manière la plus abjecte. De la fenêtre de sa prison , qui donnoit sur la cour, il en avoit assez entendu pour deviner ce qui e'toit arrivé. Son aspect me causa du dégoût.
Quand je lui eus remis sa nourriture, il m'embrassa les genoux en poussant dcsburlomenslamentables,IVi. M'Leod indigné m'en débarrassa en le repoussant, et ferma la porte sur lui.
La perfidie et la lâcheté', dit -il , marchent communément ensemble.
*Ainsiquelc courage et la franchise, îuire'pondis-jeàmon tour. Mais main tenant, mes chers amis, allons souper; je pre'sume que vous ayez aussi faim que moi.
Jamais je ne mangeai d'aussi bon apétit.
C'est dommage, Milord , me dit M. M'Le'od, qu'il n'y ait pas chaque jour une conspiration trame'e contre vous ; je crois que cela vous feroiî grand bien,