‹ L'Ennui, ou Mémoires du comte de GlenthornChapitre 23 sur 30 · DU COMTE DE GLENTHORX CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

DU COMTE DE GLENTHORX CHAPITRE XVI

£ h bien ! quels nouveaux malheurs, dîs-je à Ellinor qui, d'un air consterné, se prt-scnia devant moi Je malin au moment où j'allois descendre pour déjeuner.

Le plus grand qui put m arriver , s'ecria-t-rlle, en se tordant les mains, le plus grand! — Je serai donclaciuse de la mort de mon propre (ils. OU !

«uvez le pour l'amour de Dieu, *au

vcz-le. Si vous le laissez mourir, ce sera moi qui l'aurai tue'. •

Son dc'sespoir e'toit tel quelle resta plusieurs minutes sans pouvoir s'exprimer.

« Et c'est moi qui vous les ai tous dénonces. Mais pouvois-jc penser qu'Odi fut parmi eux? mon fils! mon propre fils, ô créature infortunée ! je croyois qu'il e'toit sorti pour aller avec les miliciens. Et comment auroisje eu l'idée qu'Odi pût tremper daiis un complot de cette espèce? »

Mais, lui dis-je, je ne l'ai point vu la nuit dernière.

— Oh ! il y e'toit. Un de ses amis , un des militaires qui e'toient sous vos ordres, Fa reconnu parmi les prisonniers , et il est vite accouru pour me le dire, Qu'Odi ait pu commettre un cr\me semblable ! que lui étoit-il

arrive ? Oh ! sans doute il avoit perdu la raison; et surtout qu'il ait complote contre vous; je ne le croirais jamais quand même je l'entendrais de sa bouche. Mais il est parmi ceux qu'on a arrêtés cette nuit, et le verraije conduire en prison ? — Le verraije ? non dussé-je mourir plutôt mille fois. Puis se précipitant à mes pieds, ayez pitié de moi , et ne souffrez pas que le sang de mon fils empoisonne mes derniers momens.

Que voulez-vous que je fasse, Ellinor, lui répondis-je, ému par l'excès

de sa douleur.

Il n y a qu'une chose à faire :

laissez-le échapper. Certainement un

mot de vous suffira aux soldats à

qui sa garde est confiée. M. M' Léod

ne l'a pas encore vu. Une fois qu'il

sera parti , il ne sera plus ques-

tlon do lui. Je vous reponds qu'il fuira loin de son pays, le malheureux ! et qu'il ne vous causera plus de peine. Voilà tout ce que je vous demande, et sûrement vous ne le refuserez pas à votre Ellinor, a votre vieille nourrice qui vous a porté dans ses bras, qui vous a abreuve' de son lait, qui a veillé sur vous pendant de si longues nuits , qui vous a tant aimé ; non jamais personne ne vous aima, ou ne vous aime autant que moi.

— J'en suis bien persuadé , et croyez que j'en suis reconnoissant j

mais, Ellinor, ce que vous désirez est impossible, je ne puis pas le laisser

tout

est en mon pouvoir.

-Certainement rien ne le sauvera, bi vous ne le sauvez pas sur-le-champ.

(■5) ^„iÉÊJL

Et pourquoi ne voulez-vous donc pas le laisser échapper ?

— Je me déshonore rois, je perdroîs ma réputation. Vous savez que deja l'on m'a accuse de favoriser les rebelles. Vous avez vu ce qui m'est arrive pour avoir protège votre autre fils, quoiqu'il eût e'te' offense injuste-* ment et qu'il fut d'une probile reconnue.

— Christy! ah! cela est bien vrai; mais Ody, tout égare' qu'il a e'te', a bien d'autres droits sur vous.

Comment cela? Est-ce que Christy n'a pas, avant lui, la qualité d'être mon frère de lait?

— Vous avez raison.

— Et n'ai-je pas des preuves de son attachement et de son dévouement

pour moi?

— Oui ; mais Ody est naturellement

plus porte h vous aimer, je vous en réponds Lien.

Comment? lorsqu'on vient de le surprendre conspirant contre ma vie-

C'est ce que je ne croirai jamais

faisant

rcr que vous seriez son chef, cela est possible , parce qu'il a toujours été c'tourdi ; mais qu'il ait conspire contre vous, je jureroissur ma tête que cela n'est pas.

Elle se précipita une seconde fois à mes genoux et s'y tint étroitement attachée.

a Si vous desirez rencontrer de la pitié' pour vous-même dans ce monde et dans l'autre, montrez-en quelqu'une maintenant, et ne soyez pas assez cruel pour causer la mort du fils et de la mère. *

Ses regards suppliaus , son altitude 50umise , ses larmes , ses paroles m'émurent au point que j'ullois cc'der; mais me rappelant ce que je devois à la justice et à mon propre caractère , nia vertu fit effort sur elle -même et m'inspira cette réponse :

« Ne nie pressez pas davantage, ma chère Ellinor; ce que vous demandée est impossible; demandez tout ce qui dépend de moi , vous l'obtiendrez, mais ceci n'en dépend plus. »

Tout en lui parlant je tàchois de la relever, mais elle me résista avec une opiniâtreté extrême.

« Non, je ne me relèverai pas, s'é*cria-t-elle; laissez- moi mourir ici, et brisez mon cœur à force de cruauté'. Votre sentence tombe sur moi , et il est juste que j'en porte le poids tout entier. Mais vous le sentirez aussi ,

malgré l'insensibilité de votre ame.

Oui, vous êies plus dur, plus froid que le marbre ; la nature n'a point d'empire sur vous , car voire mère s'est jetée à vos pieds et vous avez rejeté sa prière. *

Ma mère !

Et que vous demandoit-elle? De sauver la vie de votre frère.

Mon frère, juste ciel! Queviensje d'entendre ?

Vous avez entendu la vérité. Je suis votre mère légitime et vous êtes mon fils. Vous m'avez arraché le secret que je comptois porter jusqu'au tombeau. Maintenant vous connoissez tout ; vous connoissez à quel point j'ai été coupable, et cela pour vous, pour vous qui m'avez refusé la seule chose que je vous aie jamais demandée, dans le moment le plus désastreux

,1e tOA vie, quanti la douleur me dédùroit le cœur. Et ce pauvre Chrisiy que j'ai si inallraitë , que j'ai dépouillé pour vous de l'héritage auquel il avoit droit» (Juistv s'est toujours conduit à won égard comme un lils respecmeux; il ne m'a jamais rien refusé de ce que je lui ai demande', tandis qu'en tous je ne trouve pas la moindre tendresse. Il faut donc que je vous dise et que je vous répète que celui qui travaillcaciucllemcnlàla forge comme un esclave pour me donner le prix de ses sueurs ; celui qui tous les jours se contente, pour sa nourriture, de quelles patates et d'un peu de sel; celui a le visa»c et les mains tellement n<»ircjs par la l'urnce que vous lui de- '"andiea l'autre jour si jamais il les •'oit lavés depuis qu'il ctoit ne; M»

lui-li>, enfin, devroit loger dans- le

château, être couche' sur ce lit som* ptueux et commander en maître : il est le véritable comte de Glcnthorn, et c'est une vérité que je révélerai au monde entier. Maintenant, tremblez, pâlissez , c'est votre tour j je suis venue à bout de vous toucher, mais c'est trop tardj à la face du jour je confesserai la faute que j'ai commise, et je vous forcerai à rendre au véritable propriétaire les biens qui lui appartiennent de droit.

Ellinor s'arrêta brusquement, parce qu'un de mes domestiques entra dans ma chambre.

« Milord , M. M'Léod m'a chargé

de vous dire que la garde avoit amené les prisonniers ; on va les conduire en prison ; il seroit bien aise de savoir si yous désirez les voir auparavant. »

Accablé par tout ce que je venois

d'entendre, j'eus a peine la force de lui répondre que j'allois sortira Tinstant. Ellinor courut devant le domestique en criant : « Sont ils là? Où est-ce que je pourrai les voir? » Je restai quelques minutes seul, pour penser à ce que j'allois dire et faire. Pendant ce ceurt moment il passa dans mon esprit plus d'idées que je n'en avois eu pendant une année entière. Comme je

descendois le grand escalier avec beaucoup de lenteur, je rencontre Ellinor qui accourt au-devant de moi et qui

dit :

(( C'étoit une méprise ; on m'a voit trompée; que j'ai mal fait de croire ce qu'on medisoit. Certainement Ody n'étoit pas parmi eux, il n'y a jamais été. Je les ai tous vus face a face et mon fils n'y étoit pas. J'ai été unei:

sensée depuis le commencement jus*

qu'à la fin. Je vous en demande Lieri pardon, (et me parlant à l'oreille).

J'avoîs perdu la raison en pensant à ce que mon fils alloit souffrir, et que moi sa mère j'en serois la cause. Pardonnez- moi tout ce que j'ai dit dans l'accès de ma douleur, mon cher nourrisson, vous avez toujours e'te bon et tendre envers moi ; soyez toujours le même. Je n'en ouvrirai plus la bouche à qui que ce soit, ccsecrct mourra avec moi. Certainement quand j'ai eu la force de le porter jusqu'à ce jour, je l'aurai bien encore pour l'amour de vous 5 comme je n'ai pas long-temps à vivre, la chose me deviendra facile.

Mais voilà qu'on vous cherche. Descendez auprès de M. M'Le'od dans le grand parloir et ne pensez plus qu'à la joie. Mon fils n'est pas du nombre des

rebelles. Je vais rejoindre Chris ty à sa

forge, et je lui annoncerai celte heu-

nouvelle.

Ellinor me quitta, contente d'elle, de moi et du monde entier. Ellccroyoit me laisser dans une semblable situation d'esprit, et que j'allois suivant son conseil ne plus penser qu'à la

joie. Je n'ai qu'un souvenir très-confus de ce qui se passa dans le grand parloir et à la confrontation des prisonniers. Je me souviens que M.

'Lëod fut étonne' de me voir si inlifférenl sur un sujet qui me toueboit

e près. Il fut oblige de tout faire luimême. Les coupables furent à ce que je crois, mis en prison , et Joe Kelly devint leur dénonciateur. Mais quant aux particularités, je ne me les rapelle pas plus que si tout cela n'eût été qu'un rêve. J'avpis l'esprit entièrement absorbé par les révélations que venoit de me faire Ellinor.

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