‹ L'Ennui, ou Mémoires du comte de GlenthornChapitre 25 sur 30 · CHAPITRE XVHt · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVHt

La philosophie que nous puisons dans les livres fait peu d'impression su.nous en comparaison de celle que nous inculque l'expérience; et souvent, dans lapraliquc.noussommcssurprisdevoir se vérifier les maximes de morale que la lecture nous avoit enseignées. Après avoir eu pendant plusieurs années la fac ! lité d'app recier au j usteles richesses, quan t je vins à re'Ûchir sur ma vie passée, je vis que leur influence sur le Loïihcur est vraiment aussi liin'uee que le soutiennent quelques poètes plulosophes. Je vis que les rafinemens du luxe le plus varie et le plus recherche se bornoient au bout duoompic ù quelques plaisiis élémentaires qui no

«ont point inaccessibles aux pauvres; s'il ne leur en échoit qu'une légère portion, ils la savourent avec une vivacité' que ne connut jamais l'opulence blàse'e. Ces vérités, toutes triviales qu elles sont, me parurent nouvelles, quand ma propre expérience me les fit apercevoir.

Pendant tout le mois que j'avois donne' à mon frère de lait pour faire ses réflexions, j'eus le loisir de philosopher, et mon intelligence fit de rapides progrès. Je prévoyoi&que Chris ly se dccîderoit h devenir comte de Glenthorn , quoique le bon sens lui eut démontre, qu'avec ses habitudes et son éducation, il seroi t plus heureux en travaillant a sa forge qu'en faisant le seigneur dans un château. L'ide'e de perdre mon rang et ma fortune ne m'effrayoit point; la générosité de ma con-

duitc me procuroit une secrète satisfacuon; et les plaisirs que me foison goûter ma conscience etoient plus vus que lous ceux que j'avois jamais dus à mes richesses.

Le jour fixe pour la de'ier mina lion

de Chrîsly arriva. Je devinai, au premier mouvement de son épaule , quel eloit le parti qu'il avoit adopte*.

« EU bien Christy; je vois que vous ■ ulez devenir Comte de Clcnibom.

Vous êtes Lien aise maintenant que |u ne vous aïe pas pris au mot et que je vous aie donne un mois de re'pil. *

„ Milonl, vous avez toujours e'té très-prudent ; «mais ajouta-uil en se balançant ftaucltcment sur ses jambes:

« si j'ai cLaoged'aviÉ, ce n'est sûrement pas pour moi; c'est en coosideratiou de mon 01s Jobanv.

- « cher ami? vous uWbe-

son â aucune excuse ; je serois bien i

juste si j'étois offense' de votre décision, et Lien méprisable, si , après les déclarations que je vous ai faites , je pouvols un instant hésiter de vous restituer une propriété que vous avez le droit et la volonté de réclamer. "

Cbristy me fit une salutation profonde, et me parut fort embarrassé de ce qu'il alloit dire.

J'espère, Christy, que vous serez aussi heureux comme Comte de Glenthorn, que vous l'avez été comme fils

d'Ellinor O'Donoçhoe.

Il est possible que non, Milord, mais mon enfant sera plus heureux par la suite, et c'est a lui, ainsi qu'à ma femme, que j'ai pensé quand je me suis décidé. Il est cependant bien dur de vous voir privé de la fortune à laquelle vous étiez habitué , et cette con-

sidé ration seroit capable de m arrêter. Si vous daigniez , Milord , continuer de

vivre ici , et partager avec nous ! Mais je vois que cette proposition ne vous agrée pas; c est ma femme qui a eu cette idée; je n'aurois pas du vous en parler. Faites -moi donc le plaisir de me spécifier la somme qui vous plaira; car vous avez le droit de vivre eu gentilhomme comme vous avez toujours fait, et personne ne le sait mieux que moi. Veuillez donc écrire sur un morceau de papier ce que vous dési rez toucher, et personne ne le touchera que vous ; je ne regarderois plus comme mon fds celui qui seroit capable de vous priver de cette somme. Je vais descendre, et j'attendrai que vous écriviez votre volonté là-dessus. »

Je fus profondément touché de la générosité de cet homme. J'acceptai

par an trois cents livres sterling; je demandai que Ton continuât de payer à l'infortunée lady Glenlhorn sa pension annuelle; que la maison que fayois bâtie pour Ellinor , et les terres

environnantes lui fussentassuréespour sa vie, et que Ton acquittât toutes les dettes que je pouvois avoir contracëes. Je recommandai, dans les termes les plus forts , M. M'Le'od, comme un agent dont le talent et la probité7 seroient d'une très-grande utilité' pour Christy.

Quand je présentai a ce dernier les demandes que j'avois rédigées par écrit, il prit une plume et alloit signer sans rien lire, mais je m y opposai formellement.

Eh bien , dit-il , je vais prendre le papier, je le porterai chez moi, et je l'examinerai selon votre désir. J'espère que vqus ne me croyez pas capable de

changer de sentiment sur ce point.

Le jour suivant , il vint me dire que e'étoitlui témoigner peu d'estime que de n'avoir demande que trois cents livres sterling , il m'en proposa trois inille , ce que je refusai.

* Je compte du moins, Milord, que vousn'aurez rien à objectera une proposition que je vais vous faire. En Angleterre, il y a une maison de ville à Londres et une de campagne; et ni moi, ni les miens, nous ne vivrons dans ce pays, ou du moins nous n'occuperons pas les deux maisons en mêmetemps; si vouliez me faire l'honneur d'en accepter une, vous me rendriez en même-tcnips un grand service ; car tout n'en iroitque mieux ; au lieu que je serai oblige' d'employer un agent dont je serai très-cloigoe ; et je n'ai point l'habitude de gouverner une

( te )

grande fortune. J'espère , Milord, què vous ne me refuserez pas , quand ce ne seroit que pour me montrer què je n'ai pas perdu vos bonnes grâces. »

Il me (il cette offre avec tant d'instance et de délicatesse que je ne pus, dans le momentmême,le refuser; quoiqu'une de ces magnifiques habitations me fût fort inutile avec le mince revenu qui m'étoit alloue'.

Christy ajouta : « Quant à votre pension, elle vous sera payée aussi exactement que possible. Monsieur M7 Léod en sera chargé; il faut que l'acte en soit dressé par des hommes de loi, sur du papier timbré, en cas que je vienne à mourir. Pour Ellinor, elle est toujours ma mère, et je ne saurois l'envisager autrement; elle a toujours été extrêmement tendre envers moi. La seule chose que je poiarrois lui reprocher >

«croit de m avoir change en nourrice; et quoique cette action soit condamnable, elle etoit si naturelle! Qui ne l'excuseroit d'avoir donne' la prefe'rence à son propre sang ! Mais on ne peut pas être plus affligée qu'elle. Elle est a la maison qui pousse des cris duchirans. La douleur lui brise le cœur. J'ai beau lui dire qu'il est inutile de se repentir d'une chose une fois qu'elle est faite, et que puisque je lui pardonne, personne n'a rien à lui reprocher ! Certainement elle gardera sa ferme et sa maison , et ne manquera jamais de rien. J'espère que vous serez tranquille sur cet article , ci que vous serez persuade de mon exacn- 'ude a remplir soigneusement toutes vos volontés. »

Cm avec plaisir que je recueille ici tome* les preuve» de la Lomé du cœur

de Chris ty; la singularité de son langage et la bizarrerie de ses raisonnemens n'empêchoientpas que je n'eusse un grand plaisir a l'entendre, et peutêtre aurai-je fait partager quelque chose dç ce plaisir k mes lecteurs.

Je me préparai ensuite à quitter pour jamais le château de Glenthorn. Afin de m* épargner une mortification inutile i Chris ty garda le secret avec une telle exactitude , qu'il ne fut soupçonné par qui que ce soit dans les environs, pas même par les gens de la maison.

Comme je parlois depuis long- temps de retourner en Angleterre, les préparatifs de mon départn'étonnèrent personne. Tout se passa autour de moi selon Tordre accoutumé, si ce n'est que Cliristy , au lieu de se tenir à sa

forge, étoit presque tous les jours au cabaret.

7c crus qu'il étoit à propos que je parlasse clairement de mes affaire9 à M. M'Lc'od ; il e'toit le seul qui pût me fournir une liste exacte de mes dettes. De plu»» - je de'sirois Je recommander en qualité d'agent au nouveau comte, qui ig noroît tout à fait le monde et les affaires, et qui , devenu tros-opulcnt, alloii être entouré d'un troupeau des plus grossiers flatteurs.

Quoique peu dispose a l'e'tonnemcnt, M. MXéod ne put s'empêcher d'en témoigner, quand il apprit que Chris ty O'Donoghoe e'toit le vrai comte de Glenthorn. Mais je n'acheverois pas cette histoire si je vouioisdecrire toutes les surprises qu'occasionna mon changement*

H futstatné que M. MXéod seroit maintenu dans sa fonction d'intendant et,pourson honneur, jedoisfaireobser-

ver que dès qu'il eut connoissance delà perte que je venois de faire > il me traita avec plus d'égard et de respect que lorsqu'il ne devoit se considérer que comme mon subordonné. Nos comptes furent bientôt réglés. Quand ils eurent été arrêtés et signés définitivement , M. M'Léod s'approcha de moi, et me dit d'une voix basse, mais très-émue :

« Je fais peu de protestations , mais quand une fois j'ai professé de l'amitié pour un homme , il peut compter sur moi pour la vie. La noble conduite que vous avez tenue me remplit peur vous d'estime et d'admiration. )}

Pendant qu'il prononçoit ces paroles, M. M'Léod me tenoit la main serrée dans la sienne, et des larmes couloient. de ses yeux. Il falloit qu'il fat profondément touché pour me donner cette preuve honorable de sa considéra tion>

mais ce ne fui que long- temps après, que je connus tout le prix de son amitié cl la solidité de ses affections. Le jour suivant il pariit pour l'Ecosse ou sa uicrc c'ioit inourauie; et malheureusement je le perdis de vue pendant un assez long intervalle.

Je fis un abandon légal de toutes mes pic'ieuiions sur le comte héréditaire de Glenihorn et je disposai lout pour mon voyage. Pendant ce temps la pauvre Ellinor ne se montra pas une seule fois au château. J'allai la voir pour la consoler de mon dc'parl. Mais silencieuse el iranquillcau dehors, clic ne voulut point éire consolée.

« J'ai assez de quoi m'affliger, ditetle; je sais bien comment tout cela finira ; je le sais comme si vous me le disiez. On ne peut rien cacher à une >«tre; non, il est inutile de vouloir

lliser. » Tout ce que L (lire ne faisoit nue W

davantage-

La veille du jour fixe' pour mon départ j'allai pour tâcher de la voir. Pavois souvent témoigné ce désir, mais de jour en jour elle me répondoit qu'elle étoit mal , et que le lendemain elle se leveroil. Enfin elle vint; et quoique je l'eusse vue depuis peu de jours, elle me parut si changée , que j'en fus douloureusement frappé.

Vous ne semblez pas vous bien porter , Ellinor? Asseyez vous.

ou debout; je n'ai pas long -temps à rester dans le monde; je mourrai dès que vous serez parti. Voilà toute ma consolation. »

Ses yeus étoieat, ûxes et elle ne pieu-

roit pas : une morne tranquillité' ré-

gfloit sur toute sa personne.

i Ils sont là-bas à faire des paquets ; je les ai vus corder une malle en passant danslantichambrcJclcuraidemandesi

je pouvois être bonne à quelque chose; ils m'ont dit que non , et c'est vrai; je n'ai pas plus de force qu'un enfant. Il y a eu vingt-sept ans à la Saint- Jean que je vous ai tenu* dans mes bras pour la première fois. J'e'tois forte alors, et vous, vous étiez si petit! Àurois-je pre'vu alors tout ce qui se passe aujourd'hui? Mais c'est fini : j'ai commis une grande faute ; mais je tâcherai de voir le père

Murphy,et d'obtenir l'absolution avant ma mon, *

Elle poussa nu rït-nf™™,! ; . ^

wie poussa un profond soupir, poursuivit d'un ton plus anime :

« Mais je ne puis rien faire jusqu'à ce que vous.soycz parti. A quelle heure

du matin, mon cher, comptez-4 vous partir? Il vaut mieux que ce soit de bonne heure. Sera-ce avec votre voi-

cour

croyois que vous la laisseriez > avec le reste , au légitime héritier. Je n'ai pas

des idées bien claires la-dessus, et puis qu'est-ce que cela fait? »

Ses icle'es confuses erroicnt d'un objet sur un autre. En vain je cherchai à rappeler sa raison, en lui parlant de ses intérêts personnels ; de la maison dont la jouissance lui etoit assurée pour sa vie, et de la promesse qui uiavoit été faite que toujours elle scroit traitée avec tendresse, et que jama:s elle ne manqueroit de rien. EiJe paroissoit m'écouter, mais elle montroit par ses réponses qu'elle ne m'avoit pas compris, et chaque fois que je cessois de parler, elle faisoitla même? question ;

« Mon cher, à quelle heure de la matinée comptez-vous partir? 8

Enfin je réveillai en elle l'intelligence et le sentiment, en lui demandant si elle vouloit m'accompagner le lendemain.

« Ali 1 si je le veux, sVcria-t-elle; je vous suivrai jusqu'au bout du inonde. "

Elle se mit à pleurer, et sanglotta long-temps.

« AL! dit-elle, maintenant je vois les choses clairement; j'avois besoin de pleurer; mais je ne l'ai pas pu depuis plusieurs jours, depuis que l'on m'a dit que vous deviez partir et qu<ï tout e'loil perdu. »

Je lui assurais que j'cspe'rois maintenant être plus heureux que jamais je ne l'avois été.

« Vous n'avez donc jamais été heureux pendant tout ce temps? Quel de-

lire m'a portée à commettre un mauvaise action? Toute ma consola lion étoit de croire que vous e'ii heureux ; et maintenant qu'allez-vo devenir? Est-ce à pieds que vous

tirez? »

Ses idées s'égarèrent de nouvea « Quelque part que j'aille , lui dis-jev vous viendrez avec moi. Vous êtes ma mère, et maintenant que votre fils a fait ce qu'il jugeoit honnête et équi table, il prospérera dans le mo et sera vraiment heureux. Vous serez heureuse aussi, puisque vous nav plus rien à cacher. »

« Il est trop tard, me répondit-elle, il est trop tard ; j'ai souvent dit à Chris ty que je mourrais avant votre départ, et vous verrez que cela arrivera. Que Dieu vous bénisse ! prie

de me pardonner. Aucune des mè

;(ui connoîtront ma conduite ne sera

gentce (ié m'imiter, quand même e [fcuroit un fils qui vous ressemblât, ce qui seroit difficile à trouver. Dieu vous bénisse ! mon enfant; je ne vous reverrai plus; la main de la mort est étendue sur moi. »

Elle expira la nuit suivante, et je perdis en elle le seul être qui m'eût constamment aime' d'un amour vif et

désintéressé. Sa mort retarda de quelques jouis mon départ. Je restai pour assister à ses funérailles, elles furent suivies par une grande multitude de peuple. En cela, les uns ne faisoient que satisfaire une habitude familière à ce pays, les autres prëtendoient me faire leur cour , en honorant la mémoire de ma nourrice.

Quand on eut cesse' de réciter des prièros autour éu corps de la dé*

funte; que lafosse fut fermée, et que la ultitude fut sur le point de se ret rer, je me plaçai sur un monument appartenant à la famille de Glenlhorn.

Il se fit un silence profond dès que Ton s'aperçut que je mappretois à parler. Chacun tourna vers moi des regards où se peignôit la plus vive attente. Céloit la première fois de ma vie jque jallois porter la parole en public;

comme

que chose a due, et que ) etois indifférent sur la manière dont je le dirois, je trouvai mes expressions sans peine. L'étonnement fut universel au moment où je déclarai que j'étois le fils de cette pauvre femme que nous venions d'enterrer. Et lorsque , tournant vers le vrai comte de Glenthorn , j'annonçai que je lui aban-

donnois et mon titre hériditaire et

ma légitime propriété, mes auditeurs portèrent leurs yeux alternativement sur mon frère de lait et sur moi ; ils sembloient regarder comme une chose impossible qu'un homme, dont le visage et les mains e'toient habituellement aussi noirs que ceux <le Chrisly, pût devenir un homme de qualité-

Ma narration finie , le silence se prolongcoit encore. Chacun paroissoit plongé dans la rêverie et dans l'etonncment.

« Maintenant, ajoutai-je, mes bons amis recevez mes adieux; probablement vous ne me reverrez plus ni n'entendiez plus parler de moi; mais riche ou pauvre, illustre ou obscur' tout honnête homme désire laisser après lui une bonne renommée • en conscience, quand je smi ^

c est-a-dire quand je serai mort p0ur

vous , parlez de moi , non comme d'un imposteur qui s'est arroge' un nom et qui a joui d'une opulence auxquels ii n'avoit point de droit. Mais rappelezvous, qu'élevé en qualité d'héritier d'une grande fortune, après avoir vécu vingt-huit ans dans toutes les jouissances du luxe , j'ai abandonné volontairement les biens qui étoient en ma possession, du moment que j'ai su que cette possession n etoit pas légitime. »

« Oui, c'est ce que vous avez fait^ reprit Christy, et je suis prêt à en rendre témoignage devant Dieu et devant les hommes. Que le ciel vous bénisse partout où vous irez ; et sûrement il vous bénira ; personne ne Ta mieux mérité, m (Puis s'adressa nt à ceux qui rcntouroient)(C Sans sa générosité, j,e n'aurois jamais su un mot du mys-

sore qui me conccrnoîi; et quand par un miracle je l'eusse découvert, quel parti en pouvois-jc tirer? Ne dépen- • ioit-il pas de lui , s'il l'avoit ainsi voulu, de profiter de l'avantage que lui donnoit la loi, de me faire soutenir un procès qui m'eût ruiné et qui eût duré autant que ma vie? Mais c'est un homme honnête, il s'est conduit comme hien des seigneurs ne se seroient pas conduits à sa place. Au reste, ne honne conscience vaut mieux qu'un royaume entier, et ce trésor l'accompagnera partout où il portera ses pas; tout ce qui m'afflige, c'est qu'il nous quitte. S'il avoit voulu céder à mes prières, il seroit resté parmi nous, et nous eussions partagé également;

ais il est trop fier pour cela , et il a te droit d'avoir de la fierté, car, n'im-

porte qui fût sa mère, il a vécu et il

vi\ ra toujours noblement. Vous Voyez

que chacun peut devenir lord; mais les grandes qualités, il faut les acquérir par soi-même* Vous vous souvenez tous de la bouté qu'il nous montra quand il ëtoit notre seigneur; il avoit pitié du pauvre et rendoit justice à chacun, comme il me l'a rendue a moi-même.

SSe m'a-t-il pas soutenu quand j'étois persécuté, et que je n'avois personne que lui dans le monde pour me de'fendre, pour me protéger contre les tyrans qui alors avoient le dessus?

Quelles peines ne s'est-il pas donne'es en courant nuit et jour, en parlant, en écrivant pour moi ? On lui reproche son goût pour la molesse , et c'est le plus grand reproche qu'on puisse lui faire ; et cependant quelles peines n'a-t-il pas prises pour un homme pauvre ? jusqu'à s'exposer à perdre la

vie pour lui; aussi, quelque part qu'il aille, il sera l'objet de mes regrets et celui des ardentes prières que j'adresserai au ciel. Priez-le aussi avec moi. » Puis, tournant vers moi ses yeux baignes de larmes : « Emportez avec vous,, me dit-il, les be'ne'dictions du pauvre; ces bénédictions qui peuvent vous ouvrir les portes du ciel, si quelque chose en est capable. »

La foule environnante applaudit à

son discours d'une voix unanime. Il a dit ce que nous pensions tous, s'eorioient ils, en me suivant jusqu'au château au milieu des acclama tions. Quand ils virent à la porte la voiture qui alloit m'cntiaîner, leurs acclamations cessèrent toul-à-coup. « Comment il s'en va? mais ne pouvoit-il pas rester?

Comment! il part lout de suite, quel malheur! quel malheur! .»

( fo )

«s voulurent tous encore à diverses réprises prendre congé' de moi, et j'eus de Ja peine à me frayer un passage pour partir. Ils suivirent ma voiture, ayant Christy à leur tete; et dans une espèce de triomphe t; iste , à la vé ité, mais bien doux pour mon coeur , je quittai le château de Glenthorn, en traversant ces domaines qui ne m'appanenoicntplus. Aux confins du comte' je (iis un dernier adieu à mon intéressait cortège, j'ordonnai à mon cocher daller le plus vite possible, et je ne jetai pas un seul regard sur tout ce que jelaissois derrière moi. J'étois fier d'avoir exécuté mon plan , et de sentir que mon caractère n'étoit pas aussi foible, aussi irrésolu qu'il l'avoit paru pendant long-temps. Quant a l'avenir je n'avais point d'idées arrêtées, et durant le reste de la journée mon es»-

prit ne fut pas assez tranquille pour se livrer à la reflexion. J'ctois comme plongé dans un reve, et je pouvois à peine croire à la réalité des événemens qui s'étoient si rapidement suivis. Le soir, je m'arrêtai à une auberge où je ne'tois pas connu, et n'ayant ni suivans ni un équipage assez brillant pour en imposer aux aubergistes, je sentis sur-le-cliamp la révolution qui s'étoit opérée dans ma fortune j mais je n'en fus point humilie'. Je me figurai que je voyageois incognito. Je me .décidai à me mettre au lit sans valet de chambre, et je dormis profondément, car une grande fatigue de corps et d'esprit m'avoient rendu le sommeil?

fort nécessaire.

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