‹ L'enseigne de GersaintChapitre 15 sur 18 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

IL est établi par l'examen historique, documentaire et artistique, que le fragment de Paris, collection Léon Michel- Lévy, constitue tout ce qui nous reste de l'Enseigne peinte par Watteau. J'ai aussi, je crois, nettement prouvé qu'aucune des objections faites à ce tableau ne pouvait tenir devant une critique serrée, et que l'étude de l'oeuvre elle-même confirme les affirmations de Gersaint présent à sa confection.

Quant aux raisons qui me font refuser à Watteau les toiles de Berlin, je les ai dites aussi.

Vers 1900, alors que Berlin, avec tout le monde ou à peu près, croit en Concourt, vers 1900 le catalogue de la vente Secrétan tombe sous les yeux du docteur Laban qui constate l'existence, sur la copie de Pater, reproduite dans ce catalogue, d'une partie de l'Enseigne, la partie haute, inexistante sur les tableaux de Berlin. Et tout de suite, et assez logiquement, en vertu de Concourt, la pétition de principe : puisque Berlin possède l'original, comment expliquer cette différence?

— Serait-ce parce que la copie de Pater est infidèle? suppose le professeur Seidel.

— Voilà ! réplique le docteur Laban, agrippant cette perche.

— Mais la gravure?

— Eh ! la gravure a été faite d'après Pater !

Et la légende de se former de la copie-gravure infidèle, afin de justifier les toiles allemandes de leur infidélité envers les

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témoins contemporains, légende tout entière basée sur une pétition de principe, puisqu'il ne s'agit pas d'expliquer la copiegravure contemporaine, mais bien de légitimer les tableaux de Berlin dont la filiation se trouve mise en doute par l'apparition de la copie.

La « malignité publique » dont parle M. Le Prieur, possédait là une belle occasion de s'exercer. Elle ne faillit point à son rôle. On sait le reste. L'attention était appelée, on regarda de près. Tout fut épluché, archives et tableaux. Et mille nouvelles contradictions fondamentales apparurent.

En dehors de l'insuffisance des preuves historiques, ou plutôt de la seule preuve historique, la lettre du marquis d'Argens, j'ai relevé, en effet, quatorze différences principales entre les toiles de Berlin et l'œuvre qui appartint à Julienne, et dont la gravure d'Aveline : « gravée d'après le tableau en plat-fond peint par Watteau pour Gersaint », et le prospectus de Julienne nous apportent l'officiel témoignage contemporain.

1° Il manque à ces toiles vingt-huit centimètres en hauteur, et qui n'ont jamais été peints ;

2° Il manque au tableau de droite (côté chien) une bande d'environ douze centimètres, et qui n'a jamais été peinte ;

3<* La toile de gauche (côté emballeur) comporte une bande de huit centimètres environ, à gauche, et qui ne figure pas sur la gravure ;

4° Une bande verticale a été ajoutée sur le côté où la coupure aurait été pratiquée : si la toile avait été coupée postérieurement à son usage par Watteau, on aurait retrouvé, sur la partie clouée, sans avoir besoin de rien ajouter, ce qui lui manquait pour atteindre les trois mètres huit centimètres de la toile originale à laquelle quatre centimètres, malgré cette bande, manquent encore ;

5° On a ajouté une bande en haut d'un côté, en bas de l'autre, peut-être en haut et en bas à la fois et des deux côtés, et

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