LE VŒ^U A SAINTE ANNE
semble marcher le cortège des glorieux souvenirs que Févêque a évoqués tout à l’heure. C’est tout le Pé-T’ang, qui se rend, drapeau en tête, à l’action de grâces.
(c Au passage de l’héroïque phalange et du drapeau martyr, la foule frémit d’un frisson religieux et patriotique. Pendant que le défilé s’avance lentement, à travers les rangs serrés, de tous les points de la basilique s’élève le chant d’un cantique inspiré par la circonstance, dont les paroles émues et l’air entraînant rendent si bien les sentiments qui débordent de tous les cœurs...
« L’évêque arrive enfin devant l’autel de sainte Anne.
(( C’est pour la seconde fois qu’il s’y arrête. Au moment de son arrivée, il s’y était déjà fait conduire. On l’avait vu, le matin, à genoux devant la statue miraculeuse, le front dans les mains, dans une attitude de profond recueillement. Dans cette première rencontre avec sainte Anne, il lui avait exprimé sa joie et sa reconnaissance; il lui avait parlé en son nom, au nom de ses défenseurs et de ses chrétiens, et il était heureux de déposer à ses pieds les hommages de tous ceux qu’elle avait bien voulu secourir, et dont il n’était que l’interprète et le porte-parole. Il y avait ensuite célébré la sainte messe, avec quels sentiments, on pouvait le deviner à voir les larmes dont son visage était inondé. Quel spectacle et quel souvenir!
(( Maintenant ce n’est plus la prière recueillie et silencieuse, c’est une vaste acclamation d’actions de grâces qui retentit, ce sont des milliers de pèlerins, c’est tout un peuple s’associant à la voix de l’évêque, pour chanter la
magnifique antienne dont .chaque invocation trouve ici une application si précise et si littérale :
0 mater patriæ, Anna potentissima ,
Ttioriim Britonum sains esto ,
Serva fidem , mores corrobora ,
Tribue pacem sancta intercessione.
«,Une scène plus émouvante encore peut-être devait clore cette magnifique manifestation.
(( Après avoir reçu la bénédiction du saint Sacrement, les pèlerins avaient quitté la basilique et s’étaient massés sur l’esplanade : rangés en demi- cercle devant le portail, les trois cents élèves du petit séminaire contiennent la foule. Tout à coup la grande porte* de la basilique s’ouvre à deux battants, et l’on voit paraître sur les marches le drapeau du Pé-T’ang, précédé des marins et suivi des évêques. A cette vue, tous les fronts se découvrent; les vivats retentissent ; la musique du petit séminaire fait entendre le Salut au drapeau ; les- élèves chantent ensuite un hymne éloquent qui achève de mettre toutes les âmes à l’unisson.
a II n’eût pas été Breton, Breton dans son cœur, celui qui n’eût pas été ému, celui qui n’eût pas pleuré!
(c Oui! le voilà flottant au-dessus de toutes les têtes, s’épanouissant dans la joie du triomphe, le drapeau français mutilé en Chine , la glorieuse relique , le haillon sublime, la superbe loque! Saluons en lui, pendant qu’il est sous nos yeux, tout ce qu’il rappelle et tout ce qu’il incarne : la cause de la religion et la cause de la patrie, dont il était le vivant symbole sur les hauts murs de