L'ÉCOLE DES FUSILIERS DE LA MARINE
l’embarquement pour la chine
L’enseigne Henry, envoyé en congé après dix-huit mois de campagne à la mer, commence par jouir délicieusement du repos qu’on lui accordait h II était fier de montrer ses deux galons. Il retrouvait à Angers des amis de collège, des camarades du Borda, d’anciennes relations de famille qui ne 1 avaient pas oublié, mais qui, le revoyant après une longue absence, éprouvaient cette impression si nette et si vive des changements survenus. Pour lui, c’était l’épanouissement, l’achèvement de l’homme. Avait-il grandi réellement? Je ne sais. Mais il semblait avoir grandi. Je me souviens que je le rencontrai plusieurs fois pendant ce congé, et que je fus frappé de sa physionomie ouverte et grave, d’une distinction toute militaire. C’était
^ Débarqué à Toulon, Paul su rendit d’abord à Lorient en passant par Angers. Il avait craint que les relations très tendues, à ce moment, entre la France et l’Angleterre ne permissent pas d’obtenir le moindre congé. Cependant, en décembre 1898, il revenait dans sa famille, avec un congé de trois mois.
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un beau soldat, bruni par le vent de mer, la taille mince et cambrée, le visage un peu levé. Même il avait dans 1 attitude , et aux premiers mots de la conversation , cette manière ferme que donne l’habitude du commandement et plus encore de la maîtrise sur soi-même. Les yeux paraissaient moins grands que dans son enfance; mais ils regardaient droit, comme ceux d’un honnête homme. Une petite barbe en carré allongeait son menton solide de Breton; et, si jeune qu’il fût, il avait l’air d’un chef en qui on peut avoir confiance.
Il se reposait; mais la pensée de son métier, de son avenir, de son devoir de marin ne le quittait pas. Il avait, dès son retour, demandé aux autorités maritimes de Lorient, son port d’attache, à être inscrit sur ce qu’on appelle « la liste de tout embarquement », c’est-à-dire la liste de ceux qui vont au devoir sans choisir, pour qui tout voyage est bon, toute campagne nouvelle souhaitable.
S’il avait été tenu compte de cette lettre, il est à peu près certain que Paul Henry n’eût pas été en Chine. La demande fut oubliée dans les bureaux. Le congé se prolongea; le jeune enseigne, n’étant pas rappelé, réclama près de la majorité générale du port de Lorient. On lui répondit qu’en effet il aurait dû recevoir un ordre d’embarquement; on l’invitait à suivre les cours du bataillon d’apprentis fusiliers et à conquérir le brevet d’officier fusilier. Une de ses lettres de Crète prouve, d’ailleurs, qu’il avait désiré lui-même passer par cette école.
Il y entra au mois de mai 1899. Ce furent six mois très agréables pour le jeune enseigne et pour ses parents.
Jusqu’aux vacances scolaires, Paul trouva le moyen de revenir fréquemment à Angers, et, pendant les mois d’août et de septembre, il n’y eut guère de dimanche qu’il ne réussît à passer à Kergresq, traversant la Bretagne dans les trains peu communiquants de cette région, faisant à bicyclette la route qu’il ne pouvait faire en chemin de fer, ét ne se plaignant jamais de la fatigue, quand il avait pu embrasser le père, la mère et « toute la bande ».
A Lorient même, la vie était nécessairement monotone. C’était la vie d’école avec ses cours, ses examens, son absence d’imprévu. Paul y rencontra plusieurs camarades anciens, et se fit quelques amis nouveaux. L’un de ceux-ci a raconté ses souvenirs dans une lettre adressée au père de son ami. Et cette lettre est touchante par son accent d’affection et de sincérité, et par l’hommage qu’elle rend à l’influence bienfaisante et discrète qu’exerçait autour de lui Paul Henry, qu’on devinait dur à lui-même et doux aux autres.
<c Quand j’arrivai à Lorient, dit la lettre, j’étais dans une mauvaise passe. C’est lui qui m’avait relevé, et qui m’avait doucement remis dans la voie de la prière, sous la main de Dieu. Et c’est de ce jour, où il m’avait grandement ouvert son bon cœur, que notre camaraderie s’était changée en amitié.
c< La dévotion qu’il avait pour sainte Anne s’est montrée au grand jour pendant le siège de Pékin. Il en avait déjà donné un exemple pendant son séjour à Lorient. Le 26 juillet, nous avions un exercice à neuf heures du matin; néanmoins il sortit de Lorient la veille, se rendit à Sainte-