‹ L'enseignement de JésusChapitre 10 sur 23 · Ps. XIV {Vulg., XIII · texte numérisé non relu

Ps. XIV {Vulg., XIII

L'Évangile n'éliminera pas cette conception de Dieu, roi et maître, ni cette relation de serviteur à maître qui est celle de tout homme devant Dieu, ni cette idée de tâche, qui revient à l'idée de devoir et de sanction. Sans doute, la tâche ne sera plus la stricte observance de la loi, puisque la loi est dépassée : mais Dieu reste, et ne peut pas ne pas rester, un maître qui compte.

Mat., XXIV. " Quel est donc le serviteur fidèle et prudent, que son maître a établi sur ses gens, pour leur donner la nourriture au temps convenable ? " Heureux ce serviteur, que son maître, à son arrivée, trouvera faisant ainsi ! *^ Je vous le dis, en vérité, il l'établira sur tous ses biens.

*' Mais, si c'est un méchant serviteur, qui dise en luimême : Mon maître tarde à venir, *" s'il se mot à battre ses compagnons, s'il mange et boit avec les ivrognes, " le maître de ce serviteur viendra le jour où il ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas, " il le mettra en pièces, et lui donnera sa part avec les hypocrites ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Dieu n'a pas donné aux hommes une même mesure : chacun a sa tâche selon sa capacité : à chacun de s'en acquitter en pensant au compte final à rendre.

Mat., XXV. " Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs et leur

remit ses biens. " Et à l'un il donna cinq talents, à l'autre deux, et à l'autre un, à chacun selon sa capacité, et il partit aussitôt.

'• Celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et en gagna cinq autres. " De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. " Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un oreux dans la terre, et cacha l'argent de son maître.

'" Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte.

" Celui qui avait reçu les cinq talents s'approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit : Seigneur, tu m'as remis dnq talents ; voici, j'en ai gagné cinq autres. " Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur, tu as (Hé fidèle en peu de chose, je t'établirai sur beaucoup; entre dans la joie de ton maître.

" Celui qui avait reçu les deux talents s'approcha aussi, et il dit : Seigneur, tu m'as remis deux talents; voici, j'en ai gagné deux autres. " Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle pour peu de chose, je t'étabUrai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.

" Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes oii tu n'as pas semé, et qui amasses oii tu n'as pas répandu; " j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi. " Son maître lui répondit : Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse oti je n'ai pas répandu, " il te

fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt.

Jésus ne compare pas Dieu à un maître dur qui moissonne oii il n'a pas semé, à un spéculateur qui conseille de placer à usure : mais Jésus compare Dieu à un maître qui compte, et qui compte strictement, et qui a le droit en bonne justice de compter ainsi K La piété juive la plus traditionnelle n'avait pas à contredire là.

Au contraire, voici une première nouveauté de l'Évangile : elle consiste non plus à tenir Dieu pour un maître juste qui rétribue chacun selon la tâche faite, mais à attribuer à Dieu une royale liberté dans la remise des dettes et dans le droit à payer plus que le salaire. La comptabilité reste réguHère, mais le maître est magnifique :

Mat., XVIIL " C'est pourquoi, le royaume des cieux

4. Cf. Rose, Évangile selon S. MaUi''cu, p. 191-l9o, qui explique bien, après Maldonat, pourquoi il ne faut pas rattacher à la parabole les i. 28 30. Et de même, comment la parabole des mines, Luc, XIX, 11-28, est à identifier avec celle des talents. « Maldonat écrit : « Est credibile, Malthaeum potius, quam Lucam, Chrisii verba retulisse, et quia praesens fuerat, et quia distinctius videtur lotam parabolam enarrare. Fartasse Lucas, quia Christus in praecedente parabola regnum caelorum decem virginibus comparavit, eumdem hic numerum usurpavit. » {In Mat., XXV, 14.)

est semblable à un roi qiïî voulut faire rendre leurs comptes à ses serviteurs. " Quand il eut commencé à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. " Gomme il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'on le vendît, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, et que la dette fût acquittée.

" Le serviteur, tombant à terre, se prosterna devant lui et dit : Seigneur, aie patience envers moi et je te paierai tout. *' Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller et lui remit la dette.

" Mais ce serviteur, étant sorti, rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers et, le saisissant, et l'étranglant, il disait : " Paie ce que tu me dois. Son compagnon, tombant à terre, le suppliait, disant : Aie patience envers moi et je te paierai. "'^ Mais l'autre ne le voulut pas, et il le jeta en prison jusqu'à ce qu'il eût [xiyé sa dette.

'^^ Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils vinrent et racontèrent à leur maître tout ce qui s'était passé. " Alors le maître fit appeler ce ser\àteur et lui dit : Méchant ser\4teur, je t'avais remis en entier ta dette parce que tu m'en avais supplié ; " ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon comme j'ai eu pitié de toi ? '* Et son mdtre, irrité, le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il eût payé toute sa dette.

" Ainsi mon Père céleste vous traitera, si chacun do vous ne pardonne à son frère du fond de son cœur.

Le méchant serviteur réclame son dû jusqu'au dernier denier, sur une dette de cent deniers, qui

ne ferait pas vingt francs, et il livre son débiteur au bourreau, ce qui est le droit strict. Le maître magnifique, à qui ce même méchant serviteur doit une somme fabuleuse, dix mille talents, qui représentent quelque soixante millions de francs, abandonne sa créance, par pure miséricorde, quand il avait tous les droits de faire jeter le débiteur en prison. Ainsi Dieu réclamera à l'homme qui se sera montré sans miséricorde.

Mat., XX. * Le royaume des deux est semblable à un père de famille qui sortit dès le matÎQ afin de louer des ouvriers pour sa vigne. ' Étant convenu avec les ouvriers d'un denier par jour, il les envoya à sa vigne. ' Et, sortant vers la troisième heure, il en vit d'autres qui étaient sur la place inoccupés. * Et il leur dit : Allez aussi à ma vigne et je vous donnerai ce qui sera juste. ' Et ils y allèrent. Et, sortant de nouveau vers la sixième heure et vers la neuvième, il fit de même. " Étant sorti vers la onzième heure, il en trouva d'autres qui étaient sur la place et il leur dit : Pourquoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire V Ils lui répondirent : C'est que personne ne nous a loués. H leur dit : Allez aussi à ma vigne.

• Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire en allant des derniers aux premiers.

° Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. " Les premiers, venant ensuite, croyaient recevoir davantage ; mais ils reçurent aussi chacun un

denier. "Et en le recevant, ils murmurèrent contre le père de famille et dirent : " Ces derniers n'ont fait qu'une heure et tu les traites à l'égal de nous qui avons supporté la fatigue du jour et la chaleur. Mais il répondit à l'un d'eux : '" Mon ami, je ne te fais pas tort; n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier ? ** Prends ce qui te revient et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi.

*• Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux ? Ou vois-tu de mauvais œil que je sois bon ?

La leçon de cette parabole est que, entre le maître et ses ouvriers, il y a un contrat : le maître doit le salaire convenu, et, le soir venu, ce salaire est payé à tous les ouvriers. Mais le maître ne veut pas savoir si les ouvriers ont tous commencé leur tâche à la même heure, et en cela il est magnifique : il réclame le droit de faire de son bien ce qu'il veut. Toute la morale de la parabole est dans le mot de la fin : « Vois-tu de mauvais œil que je sois bon ? »

Même théodicée dans la parabole de l'enfant prodigue :

Luc, XV. " H dit encore : Un homme avait deux fils, " Et le plus jeune dit à son père : Père, donne-moi la part de bien qui me revient. Et le père leur partagea son bien. " Et peu de jours après, ayant tout réuni, le plus jeune fils partit pour un pays lointain, et il y dissipa son l^en, en vivant dans la débauche. '* Lorsqu'il eut tout

dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. " Et il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs pour paître les pourceaux. " Il aurait bien voulu se rassasier des cosses des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. *^ Rentrant en lui-même, il dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! " Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, " je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes mercenaires. " Et se levant, il alla vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, et courant, il se jeta à son cou et le baisa." Le fils lui dit : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. " Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez une robe, la plus belle, et l'en revêtez: mettezlui un anneau à son doigt, et des souliers aux pieds. " Et amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons, et réjouissons-nous ; " car mon fils que voici était mort, et fl est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir. " Or le fils ^né était dans les champs. Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. " Et ayant appelé un de ses serviteurs, il lui demanda ce que c'était. " Il lui dit : Ton frère est de retour, et ton père a tué le veau gras, parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé. " Il se mit en colère, et il ne voulait pas entrer. Son père sortit, et le pria d'entrer. " Mais il répondit à son père : Voici, il

y a tant d'années que je te sers, et jamais je n'ai transgressé tes ordres, et à moi, jamais tu ne m'as donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. '° Et quand ton fils, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées est arrivé, c'est pour lui que tu as tué le veau gras ! '' Le père lui dit : Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi; " mais il fallait bien se réjouir et faire fête, parce que ton frère que voici était mort et qu'il est revenu à la vie ; parce qu'il était perdu et le voilà retrouvé.

N'allégorisons pas ce beau récit : ne disons pas que le fils aine représente les scribes et les pharisiens. Disons qu'il y a ici la mise en parallèle de deux fils, dont l'un est coupable et l'autre irréprochable. Le fils coupable est pardonné. Le fils sans reproche s'irrite de ce pardon, comme les ouvriers de la première heure s'irritaient de la générosité du maître envers les ouvriers de la dernière heure. Le père pourrait répondre : « Vois-tu d'un mauvais œil que je sois bon? » Mais ce serait trop peu dire, car le père a été tendre et miséricordieux, et il s'en réjouit, et il fait fête au prodigue qui revient, « parce qu'il était perdu et le voilà retrouvé » .

La- leçon de la parabole de l'enfant prodigue est la leçon de la parabole de la brebis égarée (Luc, XV, 1-7) et de la drachme perdue (XV, 8-9). Et aux trois paraboles rapprochées ainsi par saint Luc, s'applique la morale de la parabole de la drachme

perdue : « De même, je vous le dis, il y aura de la joie parmi les anges de Dieu, pour im seul pécheur qui fait pénitence » (XV, 10) ; et aussi bien la morale de la parabole de la brebis égarée : « Je vous le dis, il y aura de même plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui fait pénitence, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n*ont pas besoin de pénitence » (XV, 7). Mads c'est qu'aussi quelque chose est, pour ainsi dire, changé dans le ciel, et que Dieu se révèle avec Jésus comme un ami de l'homme ; et non plus comme son roi ou son maître seulement, si magnifique soit-il, mais comme un père, le père qui est dans les cieux, un père dont les entrailles s'émeuvent de compassion. Les cieux mêmes, qui semblaient impassibles, tressaillent de joie.

Dirons-nous que cette révélation était nouvelle pour la piété juive ? Nous oublierions que souvent dans l'Ancien Testament Dieu avait été qualifié de père. Jahvé avait conduit son peuple à travers le désert « ainsi qu'un homme porte son fils, sur toute la route » (Deut., I, 31). Jahvé avait instruit son peuple « comme un homme instruit son enfant » (VIII, 5). On lit dans le Cantique de Moïse : « Peuple insensé, Jahvé n'est-il pas ton père, ton créateur, celui qui t'a fait et qui t'a étabh » (XXXII, 6) ? Et

dans Osée : « Quand Ismël était enfant, je l'aimai, et j'ai appelé mon fils de l'Egypte » (XI, 1). Israël se prévalait sur les nations d'un droit d'aînesse : « Tu diras au Pharaon : Ainsi parle Jahvé : Israël est mon fils, mon premier né. Je te dis : Laisse aller mon fils, sinon, je ferai périr ton fils, ton premier né » {Exod., IV, 22-23).

Mais cette paternité n'était envisagée que sous son aspect juridique et national : si Dieu était proclamé père, c'était surtout pour qu'Israël put se réclamer de ses droits de fils, de fils aîné. Israël invoque ce droit pour reprocher à Dieu l'abandon où il semble laisser son peuple : « Regardez du ciel et voyez, de votre demeure sainte et magnifique... Le frémissement de vos entrailles et de votre pitié pour moi se sont arrêtés. Car vous êtes notre père : Abraham nous ignore et Jacob ne nous connaît pas. Vous Jahvé, vous êtes notre père... Nous sommes depuis longtemps comme un peuple que vous ne gouvernez pas » (Is., LXIII, 15-19). Père ici est synonyme de maître et de roi. « Et maintenant, ô Jahvé, vous êtes notre Père, nous sommes Targile, et vous celui qui nous a formés ; nous sommes tous l'ouvrage de votre main... Regardez donc : nous sommes tous votre peuple » (LXIV, 8-9). La paternité n'est que la puissance paternelle. « Un homme honore son père, et un serviteur son maître. Or, si je suis père, où est

l'honneur qui m'appartient? Et si je suis Seigneur, où est la crainte qui m'est due, dit Jahvé des armées » (Malach., I, 6)?

La piété juive la plus élevée, celle des psaumes, ne s'enhardit jamais à donner à Dieu le nom de père. Seulement au second siècle avant notre ère, dans le livre de V Ecclésiastique, l'àme se tourne vers Dieu comme vers une bonté vigilante et protectrice de l'homme individuel.

XXIII. * Seigneur, Père et souverain Maître de ma vie, ne m'abandonnez pas au conseil de mes lèvres, et ne permettez pas que j'y trouve une occasion de chute ! . . .

* Seigneur, Père et Dieu de ma vie, "" ne me donnez point la licence des yeux, et détournez de moi les désirs.

Cette belle prière de V Ecclésiastique semble un prologue à l'Évangile. Car, dans l'Évangile, à chaque page l'âme est invitée ainsi à se tourner vers Dieu comme vers le témoin intime, comme vers le Père qui voit ce qui est caché.

Mat., VI. ' Quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite, * afin que ton aumône soit secrète ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

*■ Mais quand tu pries, entre dans ta chambre et, ayant fermé ta porte, prie ton Père en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

' En priant, ne multipliez pas les mêmes paroles comme les païens ; ils s'imaginent, en effet, que c'est par la multitude (le paroles qu'ils seront exaucés. * Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.

Le Père, qui voit dans le secret, est attentif à la vie des hommes, à leurs besoins, à leurs périls, à leurs prières. Jésus recommande h ses disciples, tout à la fois, l'abandon à Dieu et la requête à Dieu. Si Dieu est père, en effet, c'est pour nous encourager à ce commerce confiant et familial ; que serait un père à qui on n'oserait rien demander?

Mat. , Vn. ' Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et il vous sera ouvert. * Car qui demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe, on ouvre. * Ou qui d'entre vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre? *° Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent? " Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent !

Mais Dieu veille !

Mat., VI. " C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez ; ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus. La vie n'est -

elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement *?

" Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n'amassent dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux? " Et quant au vêtement, pourquoi vous inquiétez-vous? Considérez les lis des champs comme ils croissent ; ils ne travaillent ni ne filent ; '" et cependant je vous dis que Salomçn même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. "* Si l'herbe des champs, qui est aujourd'hui, et qui demain sera jetée au four. Dieu la revêt ainsi, combien plus vous-mêmes, gens de peu de foi ?

" Ne vous inquiétez donc point et ne dites pas : Que mangerons-nous? que boirons-nous? ou de quoi seronsnous vêtus ? " Car c'est de tout cela que les païens se préoccupent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. " Cherchez premièrement le règne de Dieu et sa justice; et toutes ces choses vous seront données par surcroit.

Ce Père, tendre et attentif, n'en a pas moins une volonté que ses fils doivent respecter avec d'autant plus de délicate fidélité que son amour aura été plus prévenant et plus généreux.

IVIat., VII. " Ce n'est pas quiconque me dit : Seigneur, Seigneur ! qui entrera dans le royaume des cieux, mais

1. C'est-à-dire : Si Dieu a pris la peine de vous donner la vie et le corps, ne prendra-t-il pas la peine de vous donner la nourriture et le vêtement?

c'est celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

Marc, III. " Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là tst mon frère, ma sœur et ma mère.

Cette volonté du Père est longanime, comme il convient à une puissance pénétrée de compassion :

Mat., XXI. " Que vous en semble? Un homme avait deux fils ; et, s'adressant au premier, il dit : Mon enfant, va aujourd'hui travailler à ma vigne. "Il répondit: Je ne veux pas. Ensuite, il se repentit, et il y alla. "S'adressant à l'autre, il dit la même chose. Et ce fils répondit : Je veux bien, seigneur. Et il n'y alla pas. '* Lequel des deux a fait la volonté du père? Ils répondirent : Le premier. Et Jésus leur dit : Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devancent dans le royaume de Dieu.

Le Père tient à ses fils et semble mettre toute sa sollicitude à ramener ceux qui s'égarent. La liberté des fils est entière, elle n'est gouvernée que par l'amour qu'ils doivent au Père. L'amour du Père pour ses fils est un infini trésor de patience et de compassion, jusqu'au jour où cependant le terme ost échu, et où la justice reprend ses droits.

Luc, Xin. * En ce même temps survinrent quelques personnes qui l'entretinrent au sujet des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices.

Il leur répondit : Croyez-vous que ces Galiléens fussent pécheurs plus que tous les autres Galiléens, parce qu'ils ont souffert de la sorte? ' Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. *0u bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu'elle a tuées, croyez-vous qu'elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem? 'Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous également.

Le gouvernement du monde par Dieu est ramené par Jésus à cet aspect unique : le Père et ses fils. La nature obéit à Dieu ; l'homme seul est capable d'offenser Dieu en ne faisant pas sa volonté. Le mal physique est un mystère que Jésus ne s'arrête pas h expliquer. On s'inquiète autour de lui de savoir si la catastrophe de Siloé est un châtiment de Dieu ; Jésus ne se prononce pas. De même, en saint Jean, les disciples montrent à Jésus un aveugle-né, et demandent : « Maître, est-ce que cet homme a péché, ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle » (Jean, IX, 2)? Question bien juive, à laquelle Jésus répond comme il a répondu à la question sur la catastrophe de Siloë, à la question sur le massacre des Galiléens. Ne cherchez pas une intention de Dieu dans la cruauté de la nature ou des hommes. Ne pensez qu'à être parfait comme votre Père céleste est parfait.

« Notre père, qui es dans les cieux ! » On oubliera

que Dieu est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. On oubliera le Sinaï où Israël l'a rencontré, le temple qui fut sa demeure et la montagne de Sion aussi bien que celle de Garizim, pour ne penser qu'aux cieux profonds d'où il nous voit en esprit et en vérité, comme il veut que nous l'y voyions.

« Que ton nom soit sanctifié !» Le « nom » n'est pas le vocable, mais l'être que le vocable désigne. On glorifie Dieu même en glorifiant son nom. Jésus ne dit pas : Que ton nom soit invoqué, mais sanctifié. C'est moins une demande qu'un vœu. C'est moins un vœu qu'une acclamation, inspirée de celle des Séraphins dans Isaïe (VI, 3) :

Saint, saint, saint est Jahvé des armées ! Toute la ten-e est pleine de sa gloire.

« Que ton règne arrive ! » L'homme doit chercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice. Le vœu le plus présent au cœur de l'homme devra être de souhaiter l'avènement intégral de ce règne.

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! » Dieu est la sainteté, il est la justice, il est la volonté de la sainteté et de la justice, et cette volonté ne trouve dans le ciel que des serviteurs fidèles.

Jahvé a établi son trône dans les cieux, et son empire s'étend sur toutes choses. Bénissez Jahvé, vous ses anges.

qui êtes puissants et forts et qui exécutez ses ordres, en obéissant à la voix de sa parole *.

Que la terre serait belle le jour où Dieu y serait obci comme dans le ciel !

« Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ! » Jésus, qui évangélise les pauvres, apprend ici aux pauvres à prier '. Qu'ils aient confiance en Dieu pour les nourrir, à chaque jour que Dieu leur donne. Les riches prieront comme les pauvres. Car alors même que Dieu ne nous nourrirait pas comme les oiseaux du ciel, le pain ne serait-il pas toujours un don qui vient de lui, dussions-nous labourer, semer, moissonner, comme les oiseaux ne font pas?

« Remets-nous nos dettes, comme nous remettons à nos débiteurs. » Les dettes envers Dieu sont nos péchés. Nous devons, mais Dieu est le créancier magnifique qui remet. Dieu pardonne sans

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