Ps. cm {Vulg., Cil
2. L'oraison dominicale est donnée par saint Mathieu, VI, 9-13, et par saint Luc, XI, 1-4. En Mat., VI, 11, et en Luc, XI, 3-4, le pain est appelé, non pas quotidien, mais èTtioùaioç, La Vulgate, en saint Mathieu, a traduit : panem supersubstantialemf et coUidianum en saint Luc. Cet àpTOç èizioûcioç a fort embarrassé les critiques, qui ne savent quelle signification donner à l'adjectif iizioûaioq, vu qu'il ne se rencontre nulle part ailleurs. Saint Jérôme (In Mat., VI, 11) cite une interprétation très curieuse prise à l'Évangile des Hébreux : « In euangelio, quod appellatur secundum Hebraeos, pro mpersubstanliali pane reperitur mahar, quod dicitur crastinum, ut sit sensus : panem nostrum crastinum id est futunim da nobis hodie. »
que nous ayons h iM3courir aux sacrifices pour le péché. Dieu veut la miséricorde, et non le sacrifice. Dieu nous pardonne dans la mesure où notre cœur est capable de pardonner. « Car si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses » (Mat., VI, 14-15). « Selon que vous aurez jugé, on vous jugera; et de la môme mesure dont vous aurez mesuré, on vous mesurera » (Mat., Vn, 2).
« Et ne nous induis pas en tentation. » Parole énigmatique, que la piété chrétienne n'a jamais prise à la lettre. « Que nul, lorsqu'il est tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente, car Dieu ne tente personne, mais chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l'amorce et qui l'entraîne : ensuite la convoitise, lorsqu'elle a conçu, enfante le péché, et le péché, lorsqu'il est consommé, engendre la mort » (Jac, I, 13-15). La piété chrétienne a entendu la parole évangélique comme si Jésus avait dit : Ne nous laisse pas induire en tentation. La tentation est l'œuvre du démon, comme la suite va le dire.
« Mais délivre-nous du méchant. » Les Pères latins ont vu dans ce méchant un neutre, ce serait le péché. Les Pères grecs y ont vu un masculin, ce serait le démon.
Qu'il s'agisse du péché, qu'il s'agisse du démon, de toute façon il y a lutte pour l'homme contre la tentation. Mais, dans cette lutte. Dieu est près de lui. Dieu le retient au moment où la tentation l'attire, Dieu le délivre de ses assauts. Dieu qui le défend contre la faim et la soif, ne le défendrait-il donc pas contre le péché?
Le monde ainsi, et c'est la conception que l'Évangile de Jésus nous en révèle, ne vaut que pour la vie morale qui s'y manifeste grâce à l'homme. Les Grecs ont vécu de l'illusion de la joie, de la volupté, de la beauté. Ils ont été vraiment semblables à ces enfants dont parle l'Évangile et qui chantent : « Nous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé. » Les Romains ont découvert la source du pessimisme, celui de Lucrèce, celui de Marc Aurèle : « Nous avons chanté des complaintes, et vous n'avez pas pleuré. » L'Évangile, entre ce naturalisme étourdi et cette gravité triste, dissipe Tillusion ou l'amertume de l'universelle vanité, en apprenant à l'homme qu'il a une àme. Mais pour cette âme, le monde ne serait qu'un guet-apens, si Dieu n'existait pas dans le ciel, et si cette âme n'avait pas le droit d'appeler ce Dieu du nom de Dieu. « Abba, Père », disait Jésus (Marg, XIV, 36).
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Et c*est ce cri qu'il met sur nos lèvres. « L'esprit de servitude », qui était celui de la loi juive, « l'esprit de crainte » s'évanouit ; et nous sommes initiés à « l'esprit d'adoption » , en qui nous crions, nous aussi, vers le ciel profond et silencieux : . Abba, Père » (Bom„ VUI, 15).
L'âme de l'homme nouveau
La paternité de Dieu dans le ciel s'exerce envers tout homme qui est sur la terre. Et de là la valeur de lame individuelle.
11 ne saurait suffire à Jésus que les pauvres soient évangélisés ; l'Évangile est aussi bien pour les petits enfants. L'attention de Jésus pour les petits enfants est un indice qu'il y a quelque chose de changé sur terre, aussi, puisque les petits enfants ont droit à l'amour, au respect, à la bonne nouvelle.
Marc, X. " Et on lui présentait des petits enfants, afin qu'il les touchât. Mais les disciples menaçaient [ceux qui les amenaient]. " Voyant cela, il fut indigné, et il leur dit : Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. " Et il les prit dans ses bras, et il les bénit en posant ses mains sur eux.
Grand est le prix de l'âme d'un homme ; mais rame d'un enfant ne vaut pas moins.
Marc, IX. ** Quiconque scandaliserait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on mît à son cou la meule que tourne l'âne, et qu'on le jetât dans la mer.
Mat., XVIII. "Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits; car je vous dis que leurs anges, dans les cieux, voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux.
L'enfant même, par son humilité, par sa candeur, par son innocence, est une âme neuve et pure, comme devraient être toutes les âmes devant Dieu.
Mat., XVIII. ' En ce moment, les disciples s'approchèrent de Jésus, disant: Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux? ' Jésus ayant appelé un petit enfant, le plaça au miUeu d'eux, et dit : ' Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. * Qui donc se fera humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. ' Et qui reçoit un petit enfant comme celui-ci, en mon nom, me reçoit.
Comme l'enfant, la femme est appelée à prendre sa part de la bonne nouvelle, car son âme a la même vocation.
Luc, X. '" Gomme Jésus était en chemin, avec ses disciples, il entra dans un village ; une femme, nommée
Mai'llie, le reçut dans sa maison. " Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. '"Marthe se préoccupait des soins nombreux du service; elle survint, et dit: Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir 1 Dis-lui donc de m'aider. " Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. *' Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.
Saint Luc a délicatement noté que des femmes s'attachent à suivre Jésus et à l'assister de leurs biens.
Luc, Vin. * n parcourait les villes et les villages, prê chant et annonçant la bonne nouvelle du royaume de Dieu. Les douze étaient avec lui, ' et quelques femmes qui avaient été guéries d'esprits malins et de maladies : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démous, " et Jeanne, femme de Chusa, intendant d'Hérode, et Suzanne, et plusieurs autres, qui l'assistaient de leurs biens.
La pécheresse, elle aussi, a sa dignité et sa vocation, puisqu'elle a une âme capable de croire et de se convertir.
Luc, Vn. '* Un des pharisiens lui demanda de manger avec lui. Et étant entré dans la maison du pharisien, il s'étendit pour le repas. ''Et voici, une femme connue dans la ville comme pécheresse, ayant su qu'il était à
table dans la maison du pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfum ; " et se tenant derrière, à ses pieds, elle pleurait, et elle se mit à arroser ses pieds de ses larmes et les essuya avec ses cheveux, les baisa et les oignit de parfum. " Le pharisien qui l'avait invité, voyant cela, dit en lui même : Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, une pécheresse !
*" Et Jésus, prenant la parole, lui dit : Simon, j'ai quelque chose à te dire. — Maître, parle, répondit-il. — ** Un créancier avait deux débiteurs : l'un devait cinq cents deniers, eti'autre cinquante. " Gomme ils n'avaient de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l'aimera le plus? " Simon répondit: Je pense que c'est celui auquel il a le plus remis. Jésus lui dit : Tu as bien jugé.
" Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : Voistu cette femme? Je suis entré dans ta maison et tu ne m'as point donné d'eau pour laver mes pieds ; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés de ses cheveux. " Tu ne m'as point donné de baiser ; mais elle, depuis que je suis entré, elle n'a point cessé de me baiser les pieds. " Tu n'as point versé d'huile sur ma tête; mais elle, eUe a versé du parfum sur mes pieds. *' C'est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnes, car elle a beaucoup aimé.
Mais celui à qui on pardonne peu, aime peu.
*' Et il dit à la femme : Tes péchés sont pardonnes.
Des thèmes divers s'entremêlent dans ce récit : l'amour que doit le débiteur au créancier qui lui
remet sa dette, puis le mérite des devoirs rendus à Jésus lui-même, enfin la dignité de la pécheresse qui pleure ses fautes. Retenons ce dernier thème seul, et comment au pharisien, qui ne veut voir dans cette femme qu'une maudite, Jésus apprend que cette maudite est appelée au salut. La pécheresse s'en va justifiée par ses larmes, comme le publicain qui montait au temple l'avait été par son humilité. « En vérité, je vous le dis, les publicains et les prostituées vous devancent dans le royaume de Dieu » (Mat., XXI, 31).
Aux yeux de Dieu, l'âme individuelle est l'unité.
Il faut rappeler la parole de saint Jean-Baptiste aux
pharisiens et aux sadducéens : « N'essayez pas de
dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour
père » (Mat., III, 9). Ni le sang d'Abraham, ni la
justice selon la loi, ne sauraient plus rassurer
^homme sur ce qu'il doit à Dieu.
^■L'Évangile, nous l'avons vu, ne répudie aucun
Wies préceptes du décalogue : il les confirme, il les
nuance, mais surtout il en fait une loi intérieure.
Marc, VII. " Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sorteot les mauvaises pensées : vols, impiidicités, homicides, " adultères, cupidités, méchanceté, fraude, dissolution, œil mauvais, calomnie, orgueil, fohe.
" Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans, et souillent l'homme.
L'Évangile découvre, nonplus seulement rhomme individuel, mais l'homme intérieur. Il le conçoit organiquement comme on imagine un arbre. « Gueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des ronces » (Mat., VII, 16)? L'essence même de l'arbre est bonne ou stérile ou mauvaise, et ainsi en est-il de l'homme.
Mat., VII. " Ainsi tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. **Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. *' Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.
Jésus compare, ailleurs, l'homme intérieur à une maison qu'éclaire une lampe ; l'homme intérieur peut être dans les ténèbres si la lampe est ellemême ténèbres.
Mat., VI. *' La lampe du corps, c'est l'œil. Si ton œil est sain, tout ton corps sera dans' la lumière. "Mais si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien grandes seront les ténèbres !
L'imperfection de la morale du judaïsme tient à ce qu'elle est un catalogue de préceptes et de prohibitions, au lieu de créer dans l'homme intérieur un
cœur bon. C'est au dedans du cœur aes hommes qu*il faut mettre la lumière et l'énergie. Ce que Bossuet appelle le sanctuaire intime où se tient le conseil de l'âme, est désigné par l'Évangile sous le nom de « cœur ». Jésus devinant les murmures des scribes silencieux, leur dit : « Pourquoi avezvous de telles pensées dans vos cœurs » (^Iarg, II, 8) ? Car le cœur est le sanctuaire de la pensée, du doute (Marc, XI, 23), des sentiments bons et mauvais (Mat., XII, 34-35), de la douceur et de l'humilité (Mat., XII, 29), comme de toutes les convoitises ou violences coupables. « Prenez garde, dira Jésus, de crainte que vos cœurs ne s'appesantissent par les excès du manger et du boire, et par les soucis de la vie » (Luc, XXI, 34). « Là où est votre trésor,là aussi sera votre cœur» (Mat., VI, 21). Comme aussi du cœur peut monter la miséricorde et l'amour, puisque c'est du fond du cœur que l'on pardonne (Mat., XVIII, 35). Bienheureux donc les cœurs purs ! Car Dieu observe le cœur'de l'homme.
Luc, XVI. ** Les pharisiens qui aimaient l'argent, écoutaient aussi tout cela, et se moquaient de lui. " Jésus leur dit : Vous êtes ceux qui se font passer pour justes devant les hommes ; mais Dieu connaît vos cœurs ; et ce qui est élevé aux yeux des hommes est une abomination devant Dieu.
Assurément, Jésus n'ast pas le premier à faire du cœur de l'homme le siège de la justice et de la
piété. Dans les psaumes, Jahvé « sonde les reins et les cœurs » (VII, 10) ; Jahvé bénit les cœuus purs (XXIV, 4).
Tu veux que la vérité soit au fond du cœur :
au dedans de moi fais donc que je connaisse la sagesse,
0 Jahvé, crée en moi un cœur pur,
et renouvelle au dedans de moi un esprit ferme *.
Jésus lui-même rappelle aux scribes et aux pharisiens la parole d'Isaïe : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Mat., XV, 8). Mais l'originalité de l'Évangile consiste à revendiquer la suprématie de cette justice intérieure, par opposition à la justice formelle, celle des « sépulcres blanchis, qui, au dehors paraissent beaux, mais au dedans sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture » (Mat., XXIII, 27). L'originalité de l'Évangile consiste plus encore à faire de cette justice intérieure la justice exclusive et obligatoire.
Le discours sur la justice nouvelle qui se lit dans le premier Évangile (Mat., V, 20-48), est tout entier l'antithèse de ce que la morale juive impose et de ce que Jésus réclame. Il s'ouvre sur cette déclaration : « Si votre justice ne l'emporte pas sur celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » (V, 20). Et il se clôt sur