‹ L'enseignement de JésusChapitre 13 sur 23 · Hist, natur., V · texte numérisé non relu

Hist, natur., V

lique affirmerait que les moines seuls imitent le Christ et que la vie chrétienne a son expression véritable dans la vita religiosa. Qu'un homme qui a tout quitté pour suivre le Christ, son maître, soit semblable par là aux premiers disciples, c'est ce que cet historien aurait mauvaise grâce à nier. Et qu'il y ait plus de ressemblance extérieure entre un religieux, pauvre, chaste et mortifié, et Jésus, qu'il ne viendra à la pensée de personne d'en découvrir entre Jésus et un riche commerçant de Hambourg ou de Chicago, vivant avec sa famille dans un luxueux confort, c'est ce que M. Harnack ne niera, espérons-le, pas davantage. Laissons-là ces querelles confessionnelles. L'ascétisme n'est pas un commandement de l'Évangile ; mais il suffit que l'Évangile révèle au monde l'éminentc dignité des pauvres, le bonheur de donner par pure charité, la joie de tout quitter pour suivre Jésus, le crime du scandale et du regard mauvais, pour que la pauvreté volontaire, la virginité volontaire, l'ascétisme, aient une raison d'être que l'Ancien Testament ne leur donna jamais. Lacroix du Sauveur, qui est un évangile, aussi, fera le reste, et inspirera les renoncements et les sacrifices dont la lettre de l'Évangile écrit ne contient pas le commandement. La vie sociale ne perdra rien à ces surorogations exceptionnelles, qui sont le sel de la terre.

Le royaume de Dieu

La prière que Jésus a mise sur les lèv^res de ses disciples contient, avec l'invocation au Père qui est aux cieux, ce vœu : « Que ton règne arrive, que ta volonté soit faite sur terre comme a'ix cieux. » Dieu a donc un dessein h réaliser sur terre, son règne à établir. Cet établissement n'est pas une restauration, c'est un avènement dont l'Évangile est l'annonce. « Après que Jean eût été mis en prison, Jésus vint en Galilée, prêchant l'Évangile du royaume de Dieu. Il disait : Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche : repentezvous et croyez à l'Évangile » (Marc, I, 14-15). Saint Marc ouvre par ces paroles le ministère de Jésus. Saint Mathieu écrit de môme : « Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant l'évangile ,du royaume... Et une grande multitude le suivit de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de Judée et d'au delà du Jourdain » (Mat., V, 23-25). Saint Luc ne ramène das à autre chose que le royaume le message de

Jésus (Luc, VIII, 1 et XVI, 16). Jésus, en saint Luc (IV, 43), dit aux foules qui veulent le retenir: « Il faut que j'annonce aussi aux autres villes le royaume dé Dieu, car je suis envoyé pour cela. » Les disciples à leur tour sont envoyés par Jésus « prêcher le royaume de Dieu » (IX, 2), et Jésus leur dit: « Dans quelque Adlle que vous entriez..., guérissez les malades et dites-leur : Le royaume de Dieu est proche de vous » (X, 9). Royaume do Dieu est en quelque manière synonyme d'Évangile : « La loi et les prophètes vont jusqu'à Jean : depuis Jean, le royaume de Dieu est annoncé » (XVI, 16).

S'il suffisait de prononcer le mot de royaume de Dieu pour émouvoir les foules juives, n'est-ce pas une preuve que ce mot éveillait dans l'âme nationale un monde de sentiments héréditaires, d'espérances, d'illusions aussi et de rêves enfiévrés ?

Que de fois les prophètes avaient annoncé h Israël vaincu, captif, dispersé, le prochain accomplissement des promesses de prospérité, de gloire et de domination, faites par Jahvé à son peuple? L'àme juive, depuis des siècles, avait été pétrie de ces espoirs, qui étaient une foi et un lyrisme. Le dernier des prophètes, Daniel, les avait systématisés dans une vision. Les empires ennemis d'Israël — Nabuchodonosor, les Mèdes, Alexandre,

les Syriens enfin — symbolisés par quatre animaux apocalyptiques, un lion ailé, un ours, un léopard ailé , un monstre à dix cornes , étaient successivement détruits par Jaiivé*. Alors, a dans les visions de la nuit, et sur les nuées du ciel, venait comme un fils d'homme » . Il s'avançait vers le vieillard qui est Dieu. Et il lui était donné domination, gloire et règne : tous les peuples, nations et langues le serviraient, et ce règne ne serait jamais détruit ! Cet être irréel « semblable à un fils d'homme » , est un pur symbole, comme le léopard ailé ou le lion ailé était un symbole aussi. Cet être impersonnel, « semblable à un fils de l'homme », personnifie le peuple juif, mais converti, mais purifié, mais sanctifié : le temps de ses prévarications est passé, il est saint enfin, et voilà pourquoi la bénédiction est sur lui à jamais. « Le règne, la domination et la grandeur des royaumes qui sont sous tous les cieux seront donnés au peuple des saints du Très-Haut ; son règne est éternel, et toutes les puissances le serviront et lui obéiront » (Dan., VII, 9-27).

La vision de Daniel est tout ensemble transcendante et nationaliste. Le règne des saints du Très- Haut est une théocratie idéale qui n'est pas de cette terre. Aux yeux de Daniel, en effet, l'avènement du règne des saints se confond avec le monde de

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