‹ L'enseignement de JésusChapitre 14 sur 23 · Cf. Lagrangf. P^rue biblique, 4904, p · texte numérisé non relu

Cf. Lagrangf. P^rue biblique, 4904, p

l'au-delà. Car, au jour de l'avènement, seront sauvés parmi le peuple « tous ceux qui seront trouvés inscrits dans le livre : et beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront, les uns pour une vie éternelle, les autres pour un opprobre, pour une infamie éternelle». L'existence des saints sera une existence éternelle ; ils brilleront « comme les étoiles, éternellement et toujours » (Dan., XII, 1-3). Autant dire que l'avènement du règne des saints est le jugement du monde par Dieu, et ce règne la vie éternelle.

Pourtant, comment cet être, « semblable à un fils d'homme », symboliserait-il un peuple et un royaume moins historiques que celui d'Alexandre ou d'Antiochus? Pourquoi ce fils d'homme ne serait-il pas le peuple héritier des promesses faites aux patriarches et à David? Israël disparaitrait-il de la face de la terre sans avoir vu s'accomplir la parole de Jahvé? Non, quand la cité sainte serait détruite, un reste d'Israël subsisterait, qui serait l'Israël des saints, qui verrait le jugement des nations impies, et l'établissement sur terre d'un rjyaume dont celui de David n'aurait été qu'une fi^^ure. Le nationalisme juif s'exaltait dans cette i itcrprétation a charnelle > , qui gagnait en crédit, depuis l'écrasement et l'humiliation des Juifs au temps d'Antiochus Epiphane (175-164), et à mesure que la revanche espérée se faisait plus attendre.

Au temps de l'Évangile, la conscience juive en était à cette alternative : d'un côté une théodicée se justifiant dans l'au-delà, de l'autre un nationalisme attendant sa revanche sur terre. Les Psaumes de Salomon, qui sont des cantiques — non canoniques — composés à Jérusalem au premier siècle avant notre ère, traduisent fortement cette attente.

Le pharisien, à qui nous devons ces cantiques, croyait fermement à la résurrection des justes. <r Ceux qui craignent le Seigneur, disait-il, ressusciteront pour la vie éternelle, et leur vie est dans la lumière du Seigneur, et elle n'aura pas de défaillance » (III. 16). Au contraire, l'héritage des méchants est l'Hades, l'obscurité, la perdition, « et ils ne seront pas là au jour de la merci accordée aux justes, et les saints du Seigneur hériteront la vie dans la joie » (XIV, 6-7). Les pécheurs « seront perdus au jour du jugement du Seigneur pour l'éternité... Mais ceux qui craignent le Seigneur trouveront merci ce jour-là, et ils vivront dans la justice de leur Dieu » (XV, 13-1.^). A vrai dire, si dans le Scheol obscur se localise la perdition éternelle des pécheurs, on voit moins clairement où les Psaumes de Salomon placent la vie et la joie des justes. Mais il est sûr que ce monde de la résurrection est distinct du royaume de la restauration attendue, qui est une restauration temporelle de Fautonomie juive Dieu est le roi des Juifs et Israël

son royaume (V, 21-22). « Et nous espérerons en Dieu notre sauveur, et le royaume de notre Dieu est pour l'éternité sur les nations, par le jugement [de Dieu]. Toi, Seigneur, tu as élu David roi d'Israël, et tu as juré à sa race pour l'éternité de ne pas laisser périr son royaume devant toi » (XVII, 3-5). Certes les tribulations ont fondu sur Israël, le ciel lui a refusé sa rosée, les sources qui ne tarissaient jamais ont tari dans les montagnes, personne n'accomplissait plus la justice, « et du chef au dernier du peuple il n'y avait que péché » . Le roi — Hyrcan II ou Aristobule — était dans la transgression, le juge dans la révolte, le peuple dans le péché. « Vois donc. Seigneur, et suscite- leur leur roi, fils de David, au moment que tu sais, ô Dieu, pour régner sur Israël ton enfant » (20-24). Ce règne aura pour première condition de chasser de Jérusalem les Romains qui la souillent, « les nations qui marchent dans la perdition » ; de chasser les pécheurs de l'héritage et de briser leur orgueil, ce qui revient à expulser les sadducéens du sacerdoce. Puis le roi nouveau « assemblera le peuple saint et le guidera dans la justice », c'esi^à-dire dans l'observance stricte de la loi. « II jugera les tribus du peuple sanctifié par le Seigneur son Dieu. » 11 ne laissera pas habiter au milieu d'Israël un seul homme « connaissant le mal », et il saura de ses sujets « qu'ils sont tous fils de Dieu » (25-31). Sa

puissance s'étendra au loin sur les nations, qui deviendront ses esclaves et porteront son joug. Voilà bien le rêve nationaliste de la restauration du royaume de David par les œuvres d'un roi, fils de David, élu par Dieu, saint et vainqueur : l'envoyé, l'oint, le « Messie ». Le messianisme des Psaumes de Salomon est un rêve nationaliste.

La littérature apocalyptique — non canonique — nous montrerait cette môme alternative d'un royaume d'au delà et d'une théocratie judaïque, sous des traits plus éclatants, ceux du Livrée d'Enoch, ceux du Quatrième livre d'Esdras, ceux des Livres sibyllins. On y verrait aussi l'alternative tendant à se résoudre en un messianisme eschatologique , c'est-à-dire en l'expectative de l'avènement d'un Messie qui coinciderait avec le jour du jugement des nations et des pécheurs, avec l'entrée des justes dans la joie définitive.

Voici, par exemple, comment s'exprime Enoch :

XL VI. * Là je vis [l'ancien] à la tête chenue et blanche comme de la laine. Et avec lui un autre qui était d'aspect semblable à un homme. Son aspect était plein de grâce, comme serait celui des saints anges. ' J'interrogeai un des anges... Ul répondit et me dit : Celui-ci est le Fils de l'homme, à qui appartient la justice... Car le Seigneur des esprits l'a choisi, et sa part surpasse toutes les autres devant le Seigneur des esprits en souveraineté à jamais. *Le Fils de l'homme que tu vois chassera les

rois et les puissants de leur couche, et les forts de leurs trônes : il brisera les brides des forts, il cassera les dents des pécheurs...

LXII. "Le Seigneur des esprits s'assît sur le trône de sa gloire... ' Dans ce jour, tous les rois, les princes, les grands, et ceux qui possèdent la terre se lèveront, verront et comprendront qu'il est assis sur le trône de sa gloire. . .* L'angoisse fondra sur eux comme sur une femme qui enfante et dont le travail est terrible, au moment où son enfant naît de ses entrailles et qu'elle peine à l'y aider. " Ils se regarderont les uns les autres. Ils seront consternés, et ils humilieront leur attitude. Et l'effroi les saisira, quand ils verront le Fils de l'homme assis sur le trône de sa puissance.

•Alors les rois, les puissants, et tous ceux qui possèdent la terre, glorifieront celui qui a pouvoir sur toutes choses, celui qui était caché. ' Car déjà le Fils de l'homme existait en secret. Le Très-Haut le gardait en présence de sa puissance et ne le révélait qu'aux élus. " Il rassemblera l'assemblée des saints et des élus : et tous les élus seront debout devant lui en ce jour.

" Tous les rois, les puissants, les grands, et ceux qui gouvernent sur la terre, se prosterneront devant lui, et l'adoreront. Ils mettront leur espérance dans ce Fils de l'homme, ils lui adresseront leurs prières, et imploreront sa merci. " Alors le Seigneur des esprits se hâtera de les chasser de sa présence. Leurs faces seront pleines de confusion et se couvriront de ténèbres. Les anges vengeurs les saisiront, et la vengeance s'appesantira sur eux, qui

ont opprimé les enfants et les élus de Dieu... "Alors le glaive du Seigneur des esprits se rassasiera de leur sang. " Mais les saints et les élus seront sauvés en ce jour.... '* Le Seigneur des esprits demeurera désormais sur eux. Et avec le Fils de l'homme ils vivront. Ils mangeront, ils dormiront, ils se lèveront avec lui toujours et toujours. " Les saints et les élus se lèveront de terre, et cesseront d'humilier leur contenance, et seront revêtus de la robe de puissance. Cette robe de vie est celle de la vie avec le Seigneur des esprits : votre robe de vie ne vieillira point, votre gloire ne diminuera point devant le Seigneur des esprits !

Au milieu de ces attentes et de ces terreurs, c'est une joie que de voir sourdre de la littérature canonique une foi limpide qui annonce celle que prêchera l'Évangile. Telle la pensée du livre de la Sagesse (i" siècle avant Jésus-Christ). Elle prononce le mot de « royaume de Dieu » (X, 10), mais elle place ce royaume dans le ciel, au sommet de l'échelle mystérieuse que Jacob a vue en songe. C'est le royaume transcendant : il sera le partage des justes qui en ce monde mauvais auront écouté la sagesse, c'est-à-dire la voix de la piété :

V. " L'espérance de l'impie est comme le flocon de laine que le vent emporte..., comme le souvenir d'un hôte d'un jour qui s'évanouit.

*• Mais les justes vivent éternellement, et le Tout-

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