Loisy, p. 6-H
holes une singularité de la prédication du Christ. Quand même Jésus et les rabbins auraient puisé h une tradition commune, la comparaison ne serait [)as à l'avantage des rabbins. On a souvent cité comme une variante de la parabole des ouvriers de la vigne une histoire ainsi conçue :
« Comme R. Bun-bar-Hiya était endormi, R. Sera s'approcha et dit : « Doux est le sommeil du travailleur, qu'il ait mangé peu ou beaucoup. Il en est ici comme d'un roi qui avait engagé beaucoup d'ouvriers, dont l'un se distingua tellement par son zèle et son habileté que le roi le prit par la main pour aller et venir avec lui. Le soir les ouvriers vinrent, et, avec eux, l'habile ouvrier, pour recevoir leur salaire. Le roi leur donna à tous la même rétribution, ce qui fit murmurer ceux qui avaient travaillé toute la journée : < Nous avons travaillé tout le « jour, dirent-ils, et celui-ci n'a travaillé que deux heu- « res ; cependant il a reçu son salaire complet. > Le roi répondit : « Il a plus fait en deux heures que vous dans- € toute la journée. » Ainsi R. Bun-bar-Hiya a fait plus de progrès dans la loi en vingt-huit ans que beaucoup d'autres en étudiant pendant un siècle. »
« Non seulement ce récit est moins bien tourné que la parabole, mais la morale en est assez vulgaire. Dans le travail, remarque R. Sera, ce n'est pas la durée qui importe, c'est le résultat. L'Évangile fait entendre que le royaume des cieux est un don divin que le juste ne doit pas envier au
pécheur qui se convertit. Si la fable rabbinique dépend de l'Évangile, elle en est une réduction assez plate ; si la parabole dépend de la fable rabbinique, elle en est une interprétation originale, équivalente à une création... Le Christ a, dans la parabole, une maîtrise unique et incomparable ; il n'est pas imitateur ; il ne dépend d'aucun livre, d'aucun maître^ d'aucune tradition savante. »
Le propre de la parabole est d'être une comparaison développée, et, en quelque façon, un proverbe mis en scène. Il faut, pour bien entendre une parabole, s'attacher à cette comparaison fondamentale, et tenir tout le reste pour accessoire. Les personnages mis en action ne sont là que pour l'action qu'ils accomplissent, et la leçon ne sort que de leur action. Saint Jean Ghrysostome avait entrevu ce principe d'intelligence : le grand exé gète jésuite, Maldonat, l'a formulé exactement: « Frustra laboratj qui anxie quacrit, quomodo personae personis, partes par libus respondeant . Totiim senteniiae corpus intuenduni est, et integrurn ex intégra parabola trahendum : ne in partes divisum pereat atque dissolvatur » *. Vouloir donner une valeur doctrinale à chacun des détails, c'est dépasser l'intention didactique du Maître, et tomber