ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
Nous avons dit que l’enseignement professionnel devait comprendre un enseignement pratique et un enseignement théorique. Nous montrerons plus loin que ces deux enseignements se donnent simultanément et que, dans ce cas, une période de trois années est nécessaire pour permettre à l’étudiant de se les assimiler avec fruit. Nous allons tout d’abord reprendre en détail toutes les parties de ce programme si complexe.
Nous avons dit que l’enseignement pratique comprenait la dentisterie opératoire et la prothèse dentaire.
ENSEIGNEMENT PRATIQUE Dentisterie opératoire
L’enseignement de la dentisterie opératoire ne peut, à part quelques leçons préliminaires, se faire que sur le malade. C’est donc un enseignement clinique,
La période de trois années d’études que nous avons fixée est loin d’être trop étendue, non que les règles et les principes de la dentisterie opératoire soient longs à énumérer, mais celle-ci comprend de nombreux procédés, nous pourrions dire de nombreux tours de main, qu’on n’acquiert, qu’on ne se rend familiers que par une longue pra-
tiqué. Elle se compose d’opérations faciles à expliquer, mais qu on ne fait bien qu’après les avoir vu exécuter soi-même souvent et longtemps. Enfin le maniement des nombreux instruments qu elle exige demande une longue habitude.
Pendant la première année, l’élève doit débuter par le nettoyage de la bouche et l’ablation du tartre. Cette opération très simple, facile à démontrer et à exécuter, sans grande complication possible, donne à l’étudiant, lorsqu’elle est souvent répétée, l’habitude d’examiner la bouche et de reconnaître les dents; elle le familiarise avec le milieu qu’il est appelé à soigner. L’étudiant continue par la préparation de petites cavités ne demandant aucun traitement (!■=■■ et 2“ degrés) des faces triturantes, puis des faces latérales, et leur obturation à l’amalgame et aux divers ciments.
L’élève doit être exercé aux extractions, en commençant par leS dents temporaires ou les dents chancelantes des vieillards.
Il doit, pendant les trois années assister à la consultation, terminée toujours par une leçon clinique sur les malades les plus intéressants, afin de s’exercer à examiner les malades et prendre 1 habitude de reconnaître les altérations dentaires et leurs diverses complications.
2° Année. — Pendant la 2° année, on répète les opérations précédentes, qu’on complète par le traitement et la préparation de cavités plus importantes comme grandeur et comme gravité (2’ et 3' degre), caries pénétrantes, pulpes exposées, coiffage ou destruction, obturations plus difficiles avec les divers ciments ou amalgames. Puis on commence l’étude des aurifications en proportionnant la difficulté aux capacités de l’étudiant. On y prépare avec avantage l’étudiant par l’emploi de l’étain en feuille; il continue de même la pratique des extractions. L’élève peut faire également quelques redressements de dents.
L’assistance à la consultation, où il s’habitue à examiner le malade et à établir le diagnostic, complète l’enseignement pratique de la deuxième année. Nous pensons que l’usage du tour à fraiser ne doit être autorisé qu’à partir de la deuxième année, afin d habituer l’étudiant au maniement des instruments (rugines, ciseau à émail, fraises à main, etc.).
3® Année. — Pendant la dernière année, l’étudiant peut aborder les traitements plus difficiles, tels que ceux des caries du 3° et 4° degré avec leurs diverses complications : traitement des canaux, obturations et aurifications compliquées, les extractions difficiles avec ou sans anesthésie, ainsi que les divers travaux du domaine du dentiste,
tels que les dents à pivot, le travail dit à pont (bridge-work), les redressements, les restaurations buccales et faciales, etc.
Chacune des opérations composant la dentisterie opératoire et que nous venons d’énumérer doit être répétée pendant les trois années le nombre de fois nécessaire pour quelle soit exécutée d’une manière irréprochable. L étudiant doit, en un mot, après ses trois années d études, etre à meme de déterminer avec précision et rapidité l’état d une bouche qui, pat suite des ravages exercés par la carie ou pour d’autres causes, se trouve dans un état anormal, et y exécuter toutes les opérations nécessaires pour sa restauration complète.
Ce programme paraît peut-être à première vue peu chargé. Il devient cependant difficile dans la pratique d’obtenir que pendant ses trois années, et en travaillant tous les jours trois ou quatre heures, l’étudiant ait fait, un nombre de fois suffisant pour les savoir, chacune des opérations que nous venons d’énumérer.
Prothèse dentaire
Nous avons déclaré, au début de ce programme, que le futur dentiste trouverait avantage à se préparer à l’étude de la prothèse par une année de travaux pratiques, sur le bois ou les métaux ; que, de plus, il lui serait très utile de faire précéder son entrée dans une école dentaire d’une année d’apprentissage passée exclusivement dans le laboratoire d’un praticien suffisamment occupé.
Pendant cette première année, l’étudiant se familiarise avec ce qu’exige notre art, apprend à connaître la prothèse et ses divers procédés et applications avec l’habitude du maniement des instruments et acquiert une certaine habileté pratique.
^ La tâche de l’instructeur se trouve alors facilitée. Il est possible d aller plus vite, et c’est utile, car pour cette partie de notre art, trois années d études, à raison de trois ou quatre heures par jour ne sont pas trop. En effet, la prothèse dentaire est un art très complexe qui pourrait constituer à lui seul une profession spéciale s’il n’était à peu près impossible, comme nous l’avons démontré', de tracer la limite qui sépare le domaine du mécanicien de celui de l’opérateur, le domaine de la prothèse de celui de la dentisterie proprement dite! Pour l’étude de la prothèse, nous pensons qu’il y a avantage à la séparer du travail sur le malade, et, à part un certain nombre d’exercices déterminés, à en faire un travail de laboratoire. Nous conseillons
t. Voir brochure sur VEnseignement de Varl dentaire, 1887.
même d’adopter pour cet enseignement une série de modèles-types contenant les difficultés qu’on peut rencontrer en prothèse et Sur lesquels sont exécutés d’avance des appareils modèles que l’étudiant copie en passant graduellement du simple au composé
1'® Année. — Exercer l’étudiant au maniement des divers instruments et à la connaissance des caractères distinctifs des dents, en lui faisant sculpter sur le bois ou l’ivoire une série de dents naturelles. Continuer par l’étude des appareils prothétiques sur caoutchouc vulcanisé en suivant une série de pièces d’une, de deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, et dix dents; pratiquer de même pour l'étude des appareils prothétiques sur celluloïd.
Tel est le programme de la première année. Il est certain que le nombre des appareils peut être augmenté ou diminué, suivant le temps dont on dispose.
L’étudiant apprend ainsi à connaître et à ajuster les dents, à les placer, à construire, à bourrer, et à réparer les appareils. Il prend ses modèles sur les modèles types qui doivent être en métal pour ne pas s’altérer, puis les coule, les répare, etc.
2“ Annéé. — La deuxième année est consacrée à l’étude du travail des métaux. Au début, la construction d’une série de dents à pivot suivant les divers procédés, puis une série d’appareils sur métal de 1, 2, 3, 4,3, 6, 7, 8, 9, et 10 dents ; enfin une même série d’appareils du métal combiné avec le caoutchouc ou le celluloïd.
Cette année peut comprendre également la construction d’une série d’appareils types employés pour les redressements. Comme on le voit, pendant la deuxième année l’étudiant apprend à mouler, à estamper, à souder, etc.
3® Année. — La troisième année peut être consacrée à l’étude des appareils prothétiques à succion, des dentiers complets montés sur les différentes matières employées en art dentaire.
L’étudiant pourra s’exercer au travail de la gencive continue (Continuous Gum) et enfin terminer son. enseignement par la construction de quelques appareils types de restaurations buccales ou faciales.
Ce programme d’enseignement de laboratoire qui contient sommairement l’ensemble de la prothèse pourra être combiné à certaines périodes, à la fin de chaque nouvelle série, avec l’enseignement cli-
2. C’est le procédé que nous avons proposé à l’Ecole dentaire de Paris et qui est adopté depuis 1885 pour l’enseignement de la prothèse. [Rapport sur l'enseignement de ta prothèse, par Ch. Godon.)
nique, de façon à montrer à l’étudiant la partie de la prothèse qui s’exécute sur le malade, telle que la prise des empreintes, l’articulatiom, l’essayage et la pose de l’appareil qu’il vient d’apprendre à construire.