PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ DE PARIS
Le métier de professeur d'histoire dans l'Enseignement
secondaire est, sans doute, un des plus difficiles qui soient; il y faut, pour l'exercer bien, un ensemble de qualités de premier ordre. C'est un point que je n'ai pas à démontrer devant vous, Messieurs, qui l'exercez. Mais c'est notre métier ou , plus exactement , c'est une partie considérable de notre métier à nous, professeurs d'Université, de former les futurs professeurs d'histoire de l'Enseignement secondaire pendant les quelques années qui s'écoulent entre leur sortie du lycée comme élèves et leur rentrée au lycée en qualité de maîtres. Jusqu'à présent, c'est presque exclusivement dans des établissements d'enseignement supérieur (Ecole normale ou Faculté jadis, Université maintenant que l'on s'est, comme on dit, préparé à l'agrégation, c'est-à-dire au concours qui confère de nos jours la véritable licentia <l<>cendi. 11 m'a semblé, dès lors, que je ne pouvais mieux user de cette occasion qui nous est donnée de causer ensemble qu'en vous soumettant quelques réflexions, pour provoquer les vôtres, sur l'agrégation d'histoire. Vous l'avez passer; nous «préparons» ou plutôt, si vous voulez, nous présidons à la préparation de ceux qui vont la passer et qui seront, demain, vos collègues. A ce que le recrutement de la profession soit organisé pour le mieux, nous sommes tous, vous et nous, intéressés directement. Votre expérience peut contrôler la nôtre, à cet égard, d'une manière très utile. Voilà pourquoi j'ai choisi ce sujet d'entretien, le seul, du reste.
en matière de pédagogie historique, dont, je sois en mesure de parler sans impertinence devant un auditoire comme celui-ci.
L'agrégation d'histoire a été réformée souvent depuis trente ans. J'avais .entrepris de compter combien de fois, pour vous le dire, en dépouillant méthodiquement le Bulletin administratif du Ministère de l'Instruction publique; mais, quoique patient, j'ai été submergé à la fin par le nombre des arrêtés : arrêtés généraux de réorganisation, arrêtés modifiant l'article tant de ces arrêtés généraux, arrêtés complémentaires du paragraphe tant de l'article tant des arrêtés rectificatifs. 11 y aurait positivement pour les érudits de l'avenir une thèse à faire, d'après ces documents, sur l'histoire de l'agrégation d'histoire; et elle comporterait un fort appareil d'érudition. Les sources sont abondantes. Il ne faudrait pas manquer de confronter, en effet, avec les textes réglementaires, la collection des rapports annuels des présidents de jury'1), qui font connaître l'effet de ces mesures el dont quelques-uns contiennent, en outre, cà et là, des projets de modifications nouvelles, auxquels on n'a pas donne suite. — Tant d'abondance prête, c'est certain, à des plaisanteries faciles. L'instabilité des programmes de l'agrégation d'histoire est devenue proverbiale, paraît-il, dans les bureaux du Ministère; l'Administration prévoit, chaque année, qu'il lui sera demandé quelque changement pour le concours prochain, et il arrive rarement qu'elle soit désappointée. Mais il est clair que ces phénomènes peuvent être interprétés, a priori, de deux manières très différentes. Ou bien c'est l'indice d'un certain désarroi dans l'esprit de ceux qui ont réclamé tant de réformes successives; c'est l'indice de leur profond embarras : ils se sentent mal à l'aise; ils se retournent sur leur gril. Ou bien c'est la preuve d'une
(1) Ces rapports sont régulièrement publiés par la Revue universitaire; ils seront cités ici d'après celte publication.