NOËL ET CHAPSAL
ouvrage admirable de simplicité, et souvent de justesse. Mais, pas plus que ses devanciers, de Sacy n’a su échapper à l’analyse artificielle qui fait de je joue » l’équivalent de a je suis jouant », ou qui accumule les distinctions subtiles, et suppose des termes non exprimés. Lui aussi entend qu’un terme soit rigoureusement qualifié de complexe ou d’mcomplexe; lui aussi veut qu’on distingue le sujet simple du sujet composé. Lui aussi explique que le sujet est simple, malgré le pluriel du verbe, dans : « l'amour de la vertu et la haine du vice sont inséparables ».
Par les ravages que la Grammaire générale avait faits sur ce grand esprit, on peut juger de ce que fut son influence sur de simples metteurs en œuvre, par exemple sur MM. Noël et Chapsal (1824), les auteurs d’une à peu près universellement
adoptée pendant un demi-siècle, et qui a été, en fait de langue française, la Bible de plusieurs générations d’écoliers. Dans leur préface, les auteurs annoncent hautement leur intention de ramener les principes de la grammaire française à ceux de la grammaire générale. Dans un ouvrage de format modeste, et, à certains égards, fort bien fait, ils ont introduit toutes les théories alors courantes, toutes les fantaisies d’analyse auxquelles ces théories conduisent : un seul verbe exprime l’affirmation,
44 L’EKSSÏGNEMENT DE LA LANCÎUE FRANÇAISE
c’est être; tout autre verbe renferme en lui le verbe être; toute proposition doit être ramenée à trois termes, en sous-entendant ceux qu’il faut, et, au besoin, en les sous-entendant tous. Dans « ils sont tels que^nous » entendez : tels que nous sommes tels. Dans c( je suis dans V erreur, » suppléez tombé; etc. Les interjections mêmes se plient à cette décomposition : ah! s'analyse par : « je suis étonné »; « hélas! » devient : « je suis fâché ».
C’est surtout par la Grammaire de Noël et Chapsal que les mauvaises habitudes ont pénétré dans l’école, puis dans les examens, où elles sévissent encore. Est-il nécessaire de les conserver? Fontelles, elles aussi, comme les aberrations orthographiques, partie de la tradition nationale?