CHAPITRE y
Divorce nécessaire. — La g-rammaire ennemie de la logique. — La logique ennemie de la grammaire.
Il arrive que grammaire et logique sont d’accord : ainsi un changement de sens entraîne un changement de mode, rien de mieux que d’en montrer les raisons. Voici le verbe être dans une proposition dépendant d’un verbe exprimant la certitude, il sera à l’indicatif : « f affirme que cela est ». Mettez-le à la suite d’un verbe exprimant la volonté : « je veux que cela soit », il passera au mode de l’incertitude, au subjonctif. Fort bien. Nous ferions la même constatation dans ces deux phrases : « je cherche un porte-monnaie qui est égaré », et : « je cherche un porte-monnaie qui tienne dans ma poche de gilet ». Mais il ne faut pas se flatter de suivre bien loin cette correspondance.
Il y aurait trop de cas où la grammaire ferait tort à la logique : un syllogisme peut être construit régulièrement en ce qui concerï^ la grammaire,
les or et les donc y sont à leur place, et il est, en logique, parfaitement faux ou grotesque. Ailleurs, au contraire, deux propositions se succéderont sans lien marqué dans leur forme : ils s'aimaient, ils se sont mariés. La grammaire usuelle ne voit là que deux propositions indépendantes qui se suivent; cependant la première proposition exprime la cause du mariage : il y a entre ces deux idées une liaison logique très forte, un rapport de cause à effet, que rien ne marque extérieurement.
Il se fait trop facilement un sophisme dangereux : deux événements se suivent, on en conclut que le premier est la cause du second. C’est enseigner les règles les plus élémentaires de la logique què de prémunir l’enfant contre cette erreur. Or, la langue expose constamment à la commettre.
Dans la phrase : « Mon cousin se plaisait à Bagneux, il y a bâti une maison », la première proposition indique bien la cause du fait rapporté dans la seconde.
Mais je change, et je dis : « Mon cousin habitait d’abord au n° 26, il a aujourd’hui une maison. » Avec une construction identique à la précédente, la deuxième phrase énonce simplement deux faits.
Comparez : « Dès qu'û est éveillé, il se lève », à : « Dès que vous acceptez, je ne dis plus rien. »
Dans le premier cas, dès que marque le temps ;