‹ L'enseignement de la langue franaise: ce qu'il est, ce qu'il devrait tre dans l'enseignement primaire - Cours de MthodologieChapitre 29 sur 89 · LA LANGUE QUE PARLE L’ENFANT · texte numérisé non relu

LA LANGUE QUE PARLE L’ENFANT

pouvait figer avec Bristol ; et au Conseil municipal de Paris, un conseiller a constaté avec tristesse que la Ville traînait la purée.

Si des membres des Assemblées publiques en sont là, on peut juger des libertés de l’usage courant. L’enfant du peuple entre en classe, — laissons l’argof de côté — avec des habitudes de langage totalement rejetées de la langue correcte. Plusieurs, qui sont en réalité anciennes, peuvent être tolérées ; mais comment, et sans être puriste, ne pas chercher à défaire les enfants de formules telles que : « Ou s que tu ms? Avec qui que tu vas à Montsouris? Faudrait que tu m emmènerais. Des fois qu'papa me permettrait. T' peux pas! Si quon irait tout de même? », et cent autres du même acabit.

L’usage général déforme sur bien des points la prononciation correcte des mots. Regardons les seules formes du démonstratif : Cet est le plus souvent prononcé, st\ ste : st' homme, ste femme. Le pronom n’est plus « celui-ci » mais çui-ci, ni « cela » mais ça. On dit souvent ceus' et non ceux.

L’auxiliaire être, avec les verbes intransitifs ou les pronominaux, est souvent remplacé par l’auxiliaire avoir : fai tombé, je m'ai coupé le doigt.

Les pronoms relatifs précédés d’une préposition sont rarement employés d’une façon correcte : dans

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le peuple on dit : « l’outil que je me sers, le mendiant que j’y ai donné un sou. »

Dans les campagnes, si l’argot joue un rôle moindre, un autre élément vient gâter le français parlé. En effet, tout en disparaissant devant la langue officielle, les patois ne pouvaient manquer d’influer plus ou moins profondément sur cette langue qui les détrônait. Ils lui ont imposé des mots, des formes de langage qui souvent passent, dans le milieu restreint où ils ont survécu, pour appartenir au langage correct, mais qui n’en sont pas moins étrangers au français véritable. Dans l’Est, on nommera flot (ancien français floc) un nœud lâche de rubans ou de fils; et à peu près personne, même dans les familles les plus cultivées, ne se doute que le mot n’existe plus en français de Paris. Gone est familier à tout bon Lyonnais; faire du déblai, à chaque ménagère du Pas-de-Calais ; je n arrive que, se dit dans tout le Midi; manger une gougère dans le Morvan et le Nivernais, et ainsi de suite. Le nombre de ces particularités est si grand que le premier venu de mes lecteurs y ajoutera sur-le-champ des vingttaines d’exemples pris à son pays. Or c’est un gros et dur travail de débarrasser l’enfant de ceux de ces provincialismes qui sont inacceptables.

On voit combien le problème est délicat et com-

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