LES MOTS DE SENS VOISIN
des mots, on se sert d’une méthode comparative. Un exercice, très en honneur à l’école primaire, consiste à faire chercher des synonymes. Le danger est que l’on demande trop souvent à l’élève de remplacer un mot par un autre, et qu’on lui présente le second comme équivalent du premier. Pratiquée avec cette imprudence, la recherche des synonymes est un fâcheux apprentissage de l’à peu près. Mais elle devient utile et féconde, si l’on exerce l’enfant à distinguer les nuances de mots que rapproche une idée générale commune, si on lui fait trouver pourquoi, dans tel texte, on a employé l’un et non l’autre. Il va sans dire que souvent les nuances sont si fines que seul l’élève déjà avancé est en mesure de les observer. Ainsi, c’est déjà un raffinement que d’enseigner à l’enfant les divers noms que prend l’argent suivant les milieux : salaire d’un ouvrier, traitement d’un fonctionnaire, honoraires d’un médecin, etc., etc.
Est-il besoin de montrer ici les dangers de quelques exercices qui, souvent blâmés, se continuent néanmoins encore dans trop d’écoles, ainsi : l’étude des paronymes? Cette étude, en rapprochant des mots qui se prononcent presque de la même façon, expose les enfants à les confondre, alors qu’il faut, au contraire, tout tenter pour faire distinguer ces mots à l’élève, quand, par hasard, il se trompe en les employant!
l’enseign. UE LA. langue franç. 7
Je dirai la même chose des homonymes, sources d’inévitables confusions. Les exercices donnés làdessus semblent parfois extraits d’un manuel de calembours : « Cinq capucins, sains de corps et d’esprit, ceints de leur ceinture, portent dans leu! sein le seing du Saint Père ! » S’il est nécessaire, pour l’orthographe, de distinguer tous ces mots, le plus sûr n’est peut-être pas de les réunir tous dans une phrase unique.
Avec des élèves déjà développés, on peut essayer la transposition d’un morceau dans un style différent; par exemple, faire passer la description d’une machine d’une forme simple et familière à une forme technique; au contraire, donner un tour familier à une page éloquente, faire raconter d’une personne, en observant les convenances, les actes qu’on a d’abord prêtés à un animal, etc.
L’une des applications les plus contestables de ces transpositions est la mise en prose d’un texte écrit en vers. Trop souvent le travail de l’élève n’aboutit qu’à enlever au style tout ce qui en faisait la beauté et la justesse. Il faut un sens déjà très fin de la valeur des mots, des règles de la poésie et de la prose, pour réussir à mettre de la poésie soit en une prose qui restera poétique, soit en une prose tout unie, qui présentera d’une autre façon les idées du poète.