‹ L'enseignement de la langue franaise: ce qu'il est, ce qu'il devrait tre dans l'enseignement primaire - Cours de MthodologieChapitre 44 sur 89 · LES VARIATIONS DE SENS · texte numérisé non relu

LES VARIATIONS DE SENS

suffire au maître pour faire saisir par quels procédés l’esprit fait passer le mot « plume » d’un sens à un autre. On peut exposer quelques exemples de ce genre, qui montreront la mobilité du langage. La portée de cette leçon est, en effet, très haute; elle doit avertir l’élève de la facilité avec laquelle les autres et lui-même donnent aux mots, consciemment ou non, des sens nouveaux.

Mais, pour la pratique de la langue et du style, avec des leçons moins ambitieuses, on atteint à d’excellents résultats. On proposera, par exemple, un terme général à analyser. Voici le mot gibier. L’écolier aura à chercher le nom de tous les animaux auxquels s’applique cette appellation. On lui donnera le mot voiture^ et il devra énumérer en les I appelant par leur nom, les diverses espèces de voi- [ turcs qu’il connaît. Cet exercice de découverte peut I devenir, en même temps, un exercice de classement, i les différents noms étant rangés d’après un ordre ] naturel. On distinguera par exemple : les voitures à bras; les voitures à traction animale; les voitures à locomotion mécanique, comme autant de genres. L’élève aura un autre jour à découvrir les diverses actions qui se résument par le terme construire une j maison ou confectionner une robe.

I Inversement, en partant des termes particuliers :

[ chevaf bœuf, il peut s’élever aux termes généraux :

animaux domestiques ou mammifères, suivant le cas. Labourer, semer, herser doivent le conduire au verbe cultiver.

Faut-il faire expliquer des mots? Rarement, car c’est là un exercice théorique, plus facile toutefois, s’il est oral.

On s’exposerait à des mécomptes en demandant des définitions. Comment exiger que l’enfant fasse ce que des livres même font le plus souvent si mal? Ou l’élève répète le mot qu’il s’agit d’expliquer, ou il tourne autour sans rien préciser. Je reconnais — et c’est pour cela qu’il est impossible de proscrire absolument l’exercice — que, dans certains cas, par exemple lorsqu’il s’agit de mots de science, les révisions exigent que l’on s’assure si les mots techniques ont été compris. Encore peut-on éviter bien souvent les définitions.

En somme, en fait de définitions, l’enfant n’est guère plus maître de celles qu’il répète que de celles qu’il crée. Ce sont pour lui des formules qu’il brouille et débite sans les comprendre. Une petite fille, très cultivée, à qui on demandait ce que c’est que Dieu, répondit : « Dieu, c’est un être infiniment bon, infiniment grand, entouré d’eau de tous côtés! » La description des choses vaut mieux, en général, qu’un essai de définition des choses.

Depuis longtemps, pour faire comprendre le sens

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