CHAPITRE IX
Ij’enseig-nemeiit de la grammaire,
La matière. De la grammaire vraie.
J’ai dit plus haut les dangers que présenterait, suivant moi, la suppression d’un enseignement grammatical distinct et suivi. Mais je crois qu’on pourrait, sans inconvénients sérieux, réduire beaucoup le programme de cet enseignement. Il dépasse considérablement ce qu’il est nécessaire à un homme du peuple de savoir pour s’exprimer et pour comprendre le mécanisme de la langue. C’est la tradition, et, surtout, la tradition des examens, qui force à enseigner bien des choses dont l’utilité est plus que problématique. Toutefois, quoi qu’on fasse, il restera un minimum de grammaire tout à fait indispensable.
Ainsi, au premier abord, quand on constate les ressemblances de fonctions qui existent entre l’ad jectit et l’adverbe, on serait tenté, dans un enseignement élémentaire, de les étudier à la fois. Mais la variabilité de l’adjectif, d’une part, l’invariabilité
l’enseignemenî de la grammaire, la matière 101
de l’adverbe, de l’autre, font une obligation absolue de les séparer, et même d’enseigner aies distinguer. Sinon, comment expliquer à l’enfant qu’on écrit : Ces étoffes sont chères, et : ces étoffes sont vendues cher? ou bien : la haie semble haute, et : la haie monte haut?
Même bien informé sur l’adjectif et sur l’adverbe, l’enfant a une peine énorme à appliquer, tant bien que mal, la règle de tout. S’il ne possède pas ces notions, il n’y a aucun espoir de lui faire saisir même le principe de la règle.
Je suis de ceux qui envisagent sans effroi un avenir où on écrirait : une rue toute entière, comme : une rue toute pavée. Seule, l’ignorance des grammairiens du xvii® siècle les a empêchés de voir que cette orthographe traditionnelle était la bonne. Mais ce serait un fâcheux retour en arrière que de ne plus pouvoir distinguer :
« Ils sont rentrés tout mouillés et crottés » et : « Iis sont rentrés tous mouillés et crottés ». Or, la notion de l’adverbe est ici nécessaire.
Il y a des connaissances plus nécessaires encore. La confusion de feus et de f eusse dans ; sitôt que feus fini, et : avant que f eusse fini, est'un grossier solécisme. La prononciation de certaines provinces le rend si fréquent que je l’ai trouvé dans T copies de baccalauréat sur 25. Il n’y a point à cela
d’autres remèdes que de faire étudier les formes verbales et leur sens.
A quoi bon multiplier les faits, quand l’expérience fournit aux maîtres des preuves à foison? Mieux vaut chercher les caractères que doit présenter cet enseignement grammatical, dont la nécessité ne fait pour moi point de doute.
En premier lieu, il faut enseigner des choses vraies.
Le conseil peut paraître banal, il ne l’est point. Il suffit, en effet, d’ouvrir à peu près n’importe quel livre de grammaire pour y trouver de graves et nombreuses erreurs.
Voici un manuel, dont je ne citerai pas l’auteur — je fais la critique d’un système et non d’une œuvre — .
Dès les notions préliminaires, confusion complète, commune du reste, des sons et des lettres qui représentent ces sons. Pour l’auteur, une voyelle est une lettre, une consonne est une lettre. On ne saurait mesurer les conséquences d’une méprise fondamentale comme celle-ci. Elle embrouille l’enfant pour toujours, qu’il étudie l’orthographe ou les formes grammaticales. Avant d’apprendre par les yeux, il a appris la langue par l’oreille, il cherche d’instinct dans le mot qu’il prononce l’élément dont vous lui parlez, et ne le trouve pas.
En effet, si nous considérons les lettres seules,