‹ L'enseignement de la langue franaise: ce qu'il est, ce qu'il devrait tre dans l'enseignement primaire - Cours de MthodologieChapitre 49 sur 89 · FAUSSE RÈGLE RE FORMATION DU FÉMININ · texte numérisé non relu

FAUSSE RÈGLE RE FORMATION DU FÉMININ

règle traditionnelle, relative à la formation du féminin dans les adjectifs qualificatifs , pèche gravement contre la vérité, et cela est exact pourtant.

On enseigne uniformément que le féminin se forme 'par l'addition d'un e muet. Lorsque l’enfant applique cette règle à des adjectifs tels que mûr, égal : un fruit mûr, une pomme mûre, etc., comme les deux formes de l’adjectif se prononcent de même, l’enfant comprend à peu près. On a ajouté un e muet, c’est-à-dire rien, et il entend, en effet, un féminin mûre semblable au masculin mûr. Jusque-là, tout va bien.

Mais dès qu’il êcowie petit ei petite, gros et grosse, grand et grande, etc., il entend au féminin des consonnes qui ne se prononçaient pas au masculin, et il se trouve en présence de ce mystère : En ajoutant un e muet, qui n’est rien, qui serait tout au plus une voyelle, on entend toutes les consonnes de l’alphabet!

La vérité est qu’ici encore le livre ne songe qu’à l’écriture. Quant au changement réel, sensible à l’oreille, que l’élève peut avoir remarqué, qu’il réalise lui-même dans les adjectifs qu’il emploie, le livre l’ignore. Puisqu’il n’apporte rien dans l’écriture, ce changement ne compte pas. C’est toujours le même principe : enseigner l’orthographe, et rieu

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que cela! Et l’on s’étonne que l’enfant ânonne pendant des mois sans comprendre M

Pour faire voir les différences réelles entre le féminin et le masculin, il faut mettre à part les adjectifs de types différents :

A. — 1® Ceux qui ne changent aucunement au féminin : masculin : sage — féminin : sage.

2“ Ceux qui ne changent pas de prononciation au féminin. En écrivant, on ajoute un e muet qui ne se prononce pas : noir, noire., — moral, morale.

B. — 1° Ceux qui sont terminés par une consonne écrite, mais muette, au masculin : dernier, dernière.

2° Ceux qui sont terminés par une consonne qui se prononce au masculin, mais dont la prononciation change au féminin : vif, vive, etc.

En général, pour ces deux derniers cas, l’addition d’un e muet au féminin fait entendre la même consonne qu’on trouve dans les dérivés :

Grand, grande, comme dans grandeur.

Dernier, dernière {dernièrement).

Paysan, paysanne (paysannerie).

Sec, sèche (sécheresse);

Vif, vive (vivace) .

Donnons un second exemple d’une règle ancienne et fausse : je prendrai celle qu’on enseigne pour la

1. Voir pour les détails de cette théorie du féminin la Méthode de Langue française Brünot-Bony{Gouré élémentaire et Cours moyen).

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formation du futur. Elle est très simple, sans doute : « A V infinitif on ajoute ai, as, etc. »

Mais aimer (prononcez aimé) + ai (prononcez é) = aiméé. Si l’on avertit l’enfant de tenir compte de \'r, aimé -\-r ai donnera aiméré, mais non aimérai {airnraï).

L’erreur apparaît plus éclatante encore pour les futurs jouirai (jou’rai), jetterai (jett’rai), shmérai (sèm’rai), etc.

La vérité est que, depuis longtemps, le futur des verbes en e (infinitif er), c’est-à-dire de l’immense majorité des verbes, se forme de la /’'* 'personne du singulier du présent de Vindicatifs suivie de l’r de l’infinitif, et des terminaisons ai, as, a, etc.

j'aime -\-r -{-ai.

Non seulement la théorie est juste, mais en outre toutes les prétendues exceptions disparaissent. « j'appellerai » vient bien dé j'appelle,

‘'.je mènerai » — de je mène,

« je jouerai » — je joue,

comme j'aimerai de j'aime *.

J’ai fait allusion plus haut à la bizarre classification, fondée sur les infinitifs, qui fait ranger cownr

1. Il en est de même de je cueillerai. Dans Certains veirbes en s, la même influence se fait aussi sentir; à cause de : je viens, on a dit : je viendrai âu lieu de l’ancien français : jè véridrai.

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parmi les verbes en ir. En réalité, certains verbes avaient deux infinitifs : 'plaire et plaisir^ courre et courir. Un pur accident historique a fait prévaloir l’un de ces infinitifs, et voilà plaire dans la 4® conjugaison, pendant que courir est renvoyé à la 2®, dont jamais, du reste, il ne prend la syllabe caractéristique iss; car ce sont les clowns qui disent à leur cheval : courissez!

Je ne parlerai pas de cette classification même en quatre conjugaisons — complication si inutile — puisqu’elle a disparu, et que la nouvelle nomenclature ne reconnaît plus que trois conjugaisons — celle des verbes qui ont l’indicatif présent en e {faime), celle des verbes en is (j'obéis)., et celle des verbes en s (je reçois, je rends) ^

En général, les règles de syntaxe renferment moins d’erreurs positives et matérielles. Le défaut ici a été d’inventer des règles arbitraires, si étroites qu’elles sont à chaque instant violées par l’usage.

Un chapitre du « nombre dans le nom » ne manque point de donner une liste des mots qui ne s’emploient pas au pluriel. Ce sont d’abord les noms propres de personnes, « qui ne sortent pas du singulier », sauf quelques-uns. Or, il suffit que l’en-

1. Cette classification n’est pas la bonne. Mais elle revient en somme au même que la classification en deux conjugaisons, les deux dernières n’étant que deux variétés du même type.

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