‹ L'enseignement de la langue franaise: ce qu'il est, ce qu'il devrait tre dans l'enseignement primaire - Cours de MthodologieChapitre 60 sur 89 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La méthode en grammaire. Plus de définitions^ ni de théories bâties sur des définitions.

Il faut rompre d’abord complètement, absolument, avec la méthode déductive, qui part des définitions. Dans certaines sciences, il est possible de s’appuyer sur des définitions rigoureusement exactes, comme celle des parallèles ou du triangle rectangle. En grammaire, il n’y a jamais de définition strictement vraie, si cette définition n’est pas bornée à la forme, et il n’y en aura jamais.

Quand on dit : « Le passé composé de l’indicatif est le passé qui se forme de l’auxiliaire avoir ou être, au présent, et du participe passé », cela est juste. Mais, sitôt qu’on essaie de résumer les emplois de ce temps, on est forcément ou dans le vague, ou dans l’erreur, quelquefois dans le vague et dans l’erreur à la fois.

Voici une première définition : « Le parfait indéfini indique un fait accompli à un moment indéter-

QUËLQUÈS MODÈLES Î)B DÉFINITldN 4§Ô

miné. » (Chassang.) Ceci est parfaitement absurde, comme le premier exemple venu le montre : Je suis entré hier au Louvre, ou : J'ai perdu mon oncle Pierre, il y a cinq ans.

Voici une deuxième définition : « Le passé indéfini s’emploie sans relation nécessaire à une époque déterminée. » (Lemaire.) Il est impossible de tirer de cette définition, purement négative, quoi que ce soit de précis relativement aux emplois du passé composé.

Il n’est pas plus facile de dire ce que c’est qu’un I article défini. La définition commune est : « Mot I qui se met devant les noms dont le sens est déter- I miné ». Sans doute, en certains cas, cela est vrai ; i la maison que f habite; le livre de mon voisin. Mais, quand je constate que le bétail est cher cette année, est-ce qu’il s’agit d’un bétail déterminé, comme quand je dis : le bétail de la ferme des Hauts- Champs a la fièvre aphteuse? Et quand on raconte i qu’un homme est mort pour avoir abusé de V alcool, est-ce qu’on parle d’un alcool déterminé?

C’est pour cette raison profonde que, malgré des ! efforts énormes, et après des essais et des retouches I séculaires, les définitions sont ce qu’elles sont. Les pires de toutes sont celles qui prétendent s’appuyer I sur l’étymologie du mot à définir : « Verbe subs- I tantif, verbe qui marque la substance ». Il est à

I i’bnseign. de la lahoüe fhanç. 9

130 l’enseignement de La langue française

espérer qu’après la réforme des nomenclatures, toutes les définitions qui sont faites sur ce modèle auront disparu.

Mais les autres ne sont guère préférables. J’ai ^ sous les yeux un livre qui dit ; « Vadjectifest ainsi nommée 'parce qu'on l'ajoute au substantifs pour en modifier la signification. » On sent l’effort fait pour ! embrasser à la fois l’adjectif qualificatif et l’adjectif ' déterminatif; mais, à force d’être élargie, la défini- ; tion est vide de sens, et convient à d’autres mots qu’à l’adjectif : tout mot qu’on ajoute au nom — j un autre nom, un participe passé, un adverbe — '

en modifie plus ou moins le sens. ■

D’après le même livre, l’adjectif déterminatif est celui « qui indique la manière d'être particulière \ sous laquelle on envisage le nom. » Quelle peut bien être cette « manière d’être » quand on dit : « ces arbres »?

La préposition est « un mot invariable, placé ? devant les noms ou les pronoms, pour les unir avec \ une autre expression dont ils complètent le sens. » Cela est souvent vrai; mais voici une phrase de r La Fontaine :

Bertrand avec Raton... Avaient un commun maître

où le nom Raton, précédé de la préposition avec, n’est pàs un complément de Bertrand. Là préposi-

Page 1