‹ L'enseignement de la langue franaise: ce qu'il est, ce qu'il devrait tre dans l'enseignement primaire - Cours de MthodologieChapitre 9 sur 89 · UNE FORME, PLUSIEURS FONCTIONS · texte numérisé non relu

UNE FORME, PLUSIEURS FONCTIONS

« Le temys se passe. »

(Se passe a la valeur d’un intransitif subjectif).

<c La rivière se passe à gué. »

(Se passe a la valeur d’un passif.)

Comment donc, et de quel droit, classer le verbe « se passer » dans une catégorie, l’appeler réfléchi, ou réciproque, ou de lui donner un seulement des noms auquel il a droit?

Or, la difficulté se représente et se représentera partout. A chaque instant, on rencontre des mots, des formes, qui, à une fonction centrale, essentielle, en ajoutent d’autres.

De marque combien de rapports : origine, dépendance, appartenance, etc. ! Et il y a bien des phrases où il n’en marque aucun : il essaie de parler; la ville de Paris; j’aime mieux me taire que de dire des sottises.

Dans quelle catégorie classer l'un Vautre? Dans la proposition : « ces deux frères s’aident Vun Vautre » , cette locution marque clairement la réciprocité, et l’on est amené à ranger « l’un l’autre » dans les pronoms réciproques.

Mais quand on dit : « De ces deux frères, Vun s’est fait boucher. Vautre boulanger », l’idée de réciprocité n’existe plus; on aperçoit ici un sens distributif. Faudra-t-il donc reporter « l’un l’autre » aux noms distributifs?

22 l’enseignement de la langue française

Or voici une autre phrase : « L'un dit qu’on a vu des canaux dans Mars, Vautre prétend qu’on s’est fait illusion. »

Cette fois, on trouve encore un sens distributif : mais Vun, Vautre ne renvoient plus à des personnes désignées. Les mettra-t-on aux indéfinis?

La vérité des faits forcerait donc à placer l’expression « l’un l’autre » au moins dans trois catégories différentes ! Et ainsi partout. On n’aura pas mis une forme dans un sac qu’il faudra l’en tirer pour la mettre dans un deuxième, où elle risquera de ne pas demeurer longtemps.

C’est pourquoi toute nomenclature, quelle quelle soit, sera détestable, si elle est employée à étayer des définitions, ou à servir à des classements dans lesquels Von s' imaginera pouvoir enfermer les faits.

2® La même fonction peut être remplie par des mots de classes différentes.

Lorsqu’on dit : « J’ai vingt, j’ai cent raisons de le croire » , on marque le nombre des raisons au moyen des mots vingt ou cent, qui peuvent exprimer soit le nombre exact de mes raisons, soit, et c’est le cas ici, un certain nombre de raisons, que je ne fixe pas exactement. Mais, essentiellement, « vingt » et « cent » sont des adjectifs numéraux.

Si l’on dit : « J’ai plusieurs raisons de le croire », on marque encore la quantité au moyen du mot

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