IMPOSSIBILITÉ D’UNE CLASSIFICATION IMMUABLE
songer. On n’eût guère pu trouver qu’un numéro, comme pour les avenues de New-York.
Admettons, du reste, qu’on ne se soit pas imposé comme règle d’employer, autant que possible, les mots traditionnels; eût-on travaillé dans du neuf, que des obstacles insurmontables eussent encore empêché de faire une classification véritable : les faits ne s’y prêtent pas.
1” Chaque tour, chaque mot a plusieurs fonctions.
En histoire naturelle une plante n’est pas, tour à tour, d’une espèce ou d’une autre : une betterave est, et reste une betterave; supposez toutes sortes de variétés, elle ne sera jamais un chou.
Au contraire, un temps, un mode — par exemple un futur ou un impératif — ■ ne seront jamais renfermés dans un rôle unique. Il y a des phrases où l’impératif ne commande ou ne demande rien du tout, ainsi : « Faites à cet homme une concession. 11 vous en demande immédiatement une autre. » Cela veut dire : « Si vous lui faites une concession. » C’est un suppositif.
Le futur : « Vous vous serez trompé de ligne en regardant l’indicateur » n’est nullement relatif au futur : il s’agit d’un fait passé !
Or, toute forme grammaticale a ainsi des fonctions variées, souvent multiples. Si le nom qu’on lui donne ne signifiait rien, l’inconvénient serait
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minime : ainsi subjonctif e&i un mot excellent, parce qu’il n’a pas de sens pour l’enfant. Si ce nom se rapportait à la forme exclusivement, très bien encore! Ainsi verbe pronominal est parfait, parce qu’il ne préjuge rien quant à la fonction, et que « je me repens » a la forme pronominale, comme « je me fatigue ».
Mais il ne pouvait être question de refaire la liste des termes à employer, soit pour ne les rapporter plus qu’à la forme, soit pour leur ôter toute signification intrinsèque. Qu’eût-on pensé de ce sacrilège? Après notre travail, il reste donc dans la nomenclature un mélange où l’on a essayé de mettre autant d’ordre que possible, mais où le maître aura à démêler encore, ce qui lui demandera à la fois réflexion et connaissances.
Reprenons notre dernier exemple, celui du verbe pronominal. Le verbe « se passer » est pronominal, voilà qui va bien. Mais il faudra faire comprendre qu’il est tantôt réciproque :
« Nous nous passons le journal Vun à Vautre, » Imtôt réfléchi indirect :
« Je me passe maintenant quelques fantaisies, » que, bien souvent, il n’est ni l’un ni l’autre :
« Je me passe de la richesse. »
{Je me passe a ici la valeur d’un transitif à complément indirect.)