‹ L'enseignement de la langue française, ce qu'il est - ce qu'il devrait être dans l'Enseignement primaireChapitre 20 sur 104 · ENSEIGNER LA LANGUE, NON L'ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

ENSEIGNER LA LANGUE, NON L'ORTHOGRAPHE

Il ne faut donc pas nous leurrer. Tant que l'orthographe officielle n'aura pas été réformée — et seul l'Etat, qui a la garde des grands intérêts communs, peut entreprendre cette réforme, comme il l'a fait dans les pays étrangers : Allemagne, Brésil, Norvège, Serbie — élèves et maîtres porteront le fardeau. On prétendra le leur alléger. Quelques maigres tolérances n'empêcheront pas tout l'enseignement de pâtir, celui de la langue d'abord, parce que le préjugé restera q^i enseigner V orthographe, cest enseigner la langue, ce qui est la pire des erreurs !

CIIAPITHE IV

Les origines du mal. — Comment nous avons payé cher le mot du XVIII' siècle : « Les Français sont les grammairiens de l'Europe ».

Nous avons hérité de l'antiquité et du moyen âge cette idée que les langues s'enseignaient théoriquement par règles et par chapitres, en récitant des formules et des exemples.

Comment les premiers auteurs de grammaires françaises se seraient-ils défaits de ce préjugé, alors qu'ils ne croyaient pas pouvoir mieux faire que d'introduire, de gré ou de force, la langue vulgaire dans les cadres de la grammaire latine? Il leur fallut un siècle déjà pour oser seulement s'apercevoir qu'à une langue nouvelle certaines théories anciennes ne pouvaient en aucune façon s'appliquer.

Mais, somme toute, autour de 1650, après Vaugelas, un grand progrès était fait : la règle du français se fondait sur Cusage, un usage étroit, observé dans les seuls salons de Paris, mais enfin qui était tout de même l'usage de quelques-uns.

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