‹ L'enseignement de la langue française, ce qu'il est - ce qu'il devrait être dans l'Enseignement primaireChapitre 30 sur 104 · ENSEIGNER LA LANGUE, NON LA GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

ENSEIGNER LA LANGUE, NON LA GRAMMAIRE

Apprendre la langue, cent se mettre en état, d'une part, de tout lire, de tout entendre, sans que rien vous échappe de la pensée d'autrui, et, d'autre part, de tout exprimer, soit en parlant, soit en écrivant, sans que rien de votre propre pensée échappe à autrui.

Il serait puéril de montrer les avantages qui s'attachent à la possession intégrale de ce moyen de communication et d'échange. Un homme n'est vraiment un citoyen, il ne peut prendre part véritablement à la vie commune, politique ou économique, sans posséder sa langue nationale; il n'est même, à proprement parler, un homme, qu'à ce prix, et du jour où lui sont ouverts les trésors de vérité et de beauté accumulés par les penseurs, les poètes, les écrivains de sa race.

Bien entendu, l'école primaire ne peut songer à assurer à l'enfant, qu'elle garde si peu de temps, une culture complète. Elle ne peut que la commencer; mais il faut qu'elle la commence, avec cette idée que, comme dit la formule allemande :

« Le meilleur pour le peuple est tout juste assez bon! »

Il faut donner à l'enfant le goût des jouissances les plus hautes de l'esprit, et, par un commencement d'éducation approprié, lui fournir le moyen de s'y élever plus tard.

L'Ecole aura bien rempli sa lâche, si elle inspire aux élèves le désir et si elle leur fournit le moyen de lire et d'apprendre encore, si elle leur donne l'habitude de se rendre compte par eux-mêmes, de chercher à comprendre et à goûter. Il est bien certain que toute aspiration en ce sens sera vaine, ou, en tout cas, que l'effort à faire sera cent fois plus grand, si à la difficulté de s'assimiler des idées nouvelles s'ajoute un travail préalable pour pénétrer à travers des mots inconnus, qui les cachent. Il est de toute nécessité qu'avant d'arriver à l'âge adulte l'essentiel soit fait, que l'enfant sache réellement, en gros au moins, son français.

Essayons de déterminer l'effort à faire pour obtenir ce résultat.

Si tous les enfants de France auxquels s'adresse l'enseignement, étaient dans des conditions identiques au début, on pourrait songer à exprimer cet effort par une formule générale et commune. Mais il s'en faut que partout renseignement de la langue doive être identique.

Il y a d'abord, dans quelques pays, des enfants qui, parlant dans leur famille le flamand, le basbreton, ou telle autre langue étrangère, ne connaissent le français que par l'enseignement de l'école.

En outre, bon nombre d'enfants parlent, avant leur entrée à l'école, et en dehors de l'école, un

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