IMPOSSIBILITÉ D UNE MÉTHODE UNIVERSELLE
patois roman. Ce dialecte peut être plus ou moins voisin du français, il n'en est pas moins une langue distincte, ayant un vocabulaire souvent assez particulier, des formes et des tours spéciaux. La méthode directe s'impose pour les uns comme pour les autres.
Enfin, beaucoup d'enfants parlent français, mais un français corrompu, influencé soit par le patois, soit par l'argot, soit enfin par toutes sortes d'actions diverses. Ces enfants sont incontestablement moins favorisés que ceux qui entendent employer autour d'eux un français correct.
Le milieu matériel où se développe l'enfant est également à considérer. Tantôt cet enfant trouve dans les rues des villes où il vit, dans les magasins qu'il regarde, dans les conversations qu'il entend, de perpétuelles occasions d'accroître son vocabulaire; tantôt, au contraire, isolé dans quelque hameau, ou dans une ferme lointaine, il est placé, à ce point de vue, dans des conditions tout à fait défavorables.
Donc l'effort à faire pour enseigner le français est divers et inégal. A vrai dire, si on voulait guider efficacement les instituteurs jusque dans le détail, il faudrait composer autant de livres qu'il y a de groupes présentant à peu près les mêmes conditions.
Cela se fera, je l'espère, un jour; mais, actuelle-
ment, il faut commencer par faire des livres généraux, et s'en rapporter à l'intelligence des maîtres pour approprier leur enseignement aux élèves qu'ils ont devant eux.
Dans cet enseignement, qui conviendra à peu près à l'ensemble, il faudra nécessairement que les auteurs mettent, et que les lecteurs trouvent :
1° Tout ce qui pourra contribuer à accroître la connaissance acquise avant l'entrée à l'école.
2° Tout ce qui pourra corriger les mauvaises habitudes contractées dans le même temps.
Pour montrer par un exemple des plus simples combien l'enfant doit ajouter au bagage qu'il apporte, prenons le cas le plus défavorable à ma thèse. Supposons-nous à Paris.
Croit-on qu'un petit Parisien, je ne dis pas sait conjuguer, le mot sentirait la grammaire, mais possède les formes du verbe parler, ou chanter, ou de tout autre verbe très usuel? Quand il emploie le présent de l'indicatif, je chante, tu chantes, il chante, nous chantons, vous chantez, ils chantent, la parole ne lui a appris à distinguer que trois formes : chant", chantons, chantez, les trois personnes du singulier et la 3me du pluriel se prononçant, se parlant de la même manière.
Au futur, il n'aperçoit aucune différence entre la 2me et la 3me personne du singulier : tu chanteras,