‹ L'enseignement de la langue française, ce qu'il est - ce qu'il devrait être dans l'Enseignement primaireChapitre 47 sur 104 · LE MOT ET L'IMAGE · texte numérisé non relu

LE MOT ET L'IMAGE

primaire : elles sont trop chargées de détails, trop compliquées, pour que l'enfant s'y retrouve. Et si, d'un autre côté, par besoin de simplification, on déforme ces reproductions, si on tombe dans la laideur, on risque de cultiver le mauvais goût, qui n'est déjà que trop développé, par les suppléments des journaux à un sou, particulièrement.

Mais surtout il ne faut pas oublier qu'une figure, belle ou laide, exige toujours une interprétation, souvent très délicate. Les formes véritables des choses représentées sont parfois difficiles à apercevoir. L'écolier verra-t-il sûrement sur le dessin d'une enclume la différence des deux extrémités ou bigornes, dont l'une est à angle droit, et l'autre ronde? Or, s'il ne voit pas cela, il ne comprend rien à certains usages essentiels de l'enclume, il ne voit pas à quoi bon deux becs.

A plus forte raison lui sera-t-il difficile de se faire des idées justes avec des images de choses qu'une représentation quelconque défigure entièrement. Un petit Parisien apprendra-t-il avec précision, au moyen d'une gravure, ce qu'est la mer? Ou un enfant de la plaine concevra-t-il ce qu'est une montagne, même en contemplant une demijournée un dessin du mont Blanc, que ce dessin ait 5 ou 50 centimètres? Nous avons entendu, après une leçon bien faite sur ce même mont Blanc,

toute une classe affirmer que le sommet ne s'élevait pas si haut que le phare de Calais.

11 ne faut donc pas se faire d'illusions sur les résultats que donne l'image pour l'acquisition de mots précis. C'est que dans l'interprétation d'une image le langage change de fonctions : au lieu de représenter une chose vue, il veut exprimer une chose qui n'a pas été vue encore : il n'éveille plus la mémoire, il essaie de mettre en jeu l'imagina* tion, qui, souvent, travaille à vide, et ne peut composer qu'une image bien imparfaite avec les élé-1 ments dont elle dispose.

D'ailleurs puisque, d'après ce que nous avons dit, l'enseignement du vocabulaire doit pousser encore plus avant, nous arriverons nécessairement à un point où l'image elle-même ne peut plus être employée. Comment montrer, par exemple, ce qu'est une colonie, la douane, un impôt, un traité de paix, etc.? Ce sont des choses réelles cependant, mais dont on ne peut avoir une idée ni par l'exhibition directe, ni par la figuration.

Des mots de cette nature sont aussi difficiles à comprendre que de pures abstractions. Peut-être même l'enfant sait-il mieux ce que signifie : « Ma mère m'a défendu de déchirer mon tablier », que : « Des forts défendent la place de Toul ». Il a un livre de science, il se figure tant bien que mal ce

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