LE MOT ET LA CHOSE
dans une proposition dont on donnera tous les autres termes'. C'est là un travail fécond. Il arrivera heureusement que les enfants feront parfois des choix différents, surtout quand il s'agira d'ajouter un qualificatif. Il y aura tout profit à cette variété. Loin de viser à l'uniformité dans les devoirs, il faudra encourager l'originalité : si chaque élève propose un mot acceptable, acceptez-le. Il est bon, à tous égards, que chacun traduise ses propres observations dans son langage, à la condition que ce langage soit juste. S'il ne l'est pas, ne vous bornez pas à donner le mot qui convient, expliquez pourquoi il convient. De la sorte, vous corrigez la notion qu'on avait de l'ancien, et vous donnez une idée exacte du nouveau, par comparaison.
Lorsqu'on aura épuisé l'étude des choses qui se présentent spontanément, pour ainsi dire, aux yeux de l'élève, on recourra aux échantillons du musée scolaire pour augmenter le nombre des mots déjà acquis. Des instituteurs ont fait, sans grands frais, des collections tout à fait intéressantes. Ne serait-il pas possible au maître d'aller plus loin encore, et, pour suppléer à des lacunes inévitables, l'emprunter aux divers ouvriers de la localité des matières ou des outils qui manquent, avec lesquels
1. Cf. Méthode de Langue française Brunot-Bony, Premier Livre, ). 18 et suiv.
les élèves feraient connaissance? La variété des] professions qui s'exercent, môme dans un milieu restreint, comme un village, permettrait de faire passer sous les yeux d'une classe une foule d'objets usuels, qui seraient l'occasion d'intéressantes leçons de choses et de leçons de vocabulaire combinées.
Toutefois, quelque ingénieux et adroit que se montre un instituteur à se procurer les objets qu'il exhibera en classe, il arrivera un moment où il lui faudra sauter le pas : il n'aura plus l'objet. On ne peut songer, en classe ni même hors de classe, à montrer une usine qui n'existe pas dans le pays, une montagne ou une mer, s'il n'y en a pas aux environs.
On supplée alors à la vue directe des choses par l'emploi des images. Les tableaux muraux, les vignettes des dictionnaires, des livres de science, de lecture, de grammaire, les cartes postales illustrées, les projections, le cinématographe, offrent ou offriront des ressources immenses.
Toutefois, si l'image est précieuse, il s'en faut bien qu'elle vaille la réalité. La représentation des choses que l'enfant n'a pas vues, l'intéresse souvent médiocrement. La raison en est qu'il ne comprend pas cette représentation.
D'abord, beaucoup de reproductions belles et vraiment artistiques ne sont pas faites pour l'école