‹ L'enseignement de la langue française, ce qu'il est - ce qu'il devrait être dans l'Enseignement primaireChapitre 60 sur 104 · FAUSSE RÈGLE DE FORMATION DU FÉMININ 10S · texte numérisé non relu

FAUSSE RÈGLE DE FORMATION DU FÉMININ 10S

règle traditionnelle, relative à la formation du féminin dans les adjectifs qualificatifs , pèche gravement contre la vérité, et cela est exact pourtant.

On enseigne uniformément que le féminin se farine par V addition d'un e muet. Lorsque l'enfant applique cette règle à des adjectifs tels que mûr, égal : un fruit mûr, une pomme nuire, etc., comme les deux formes de l'adjectif se prononcent de môme, l'enfant comprend à peu près. On a ajouté un e muet, c'est-à-dire rien, et il entend, en effet, un féminin mûre semblable au masculin mûr. Jusque-là, tout va bien.

Mais dès qu'il écoute petit et petite, gros et grosse, grand et grande, etc., il entend au féminin des consonnes qui ne se prononçaient pas au masculin, et il se trouve en présence de ce mystère : En ajoutant un e muet, qui n'est rien, qui serait tout au plus une voyelle, on entend toutes les consonnes de l'alphabet!

La vérité est qu'ici encore le livre ne songe qu'à l'écriture. Quant au changement réel, sensible à l'oreille, que l'élève peut avoir remarqué, qu'il réalise lui-même dans les adjectifs qu'il emploie, le livre l'ignore. Puisqu'il n'apporte rien dans l'écriture, ce changement ne compte pas. C'est toujours le même principe : enseigner l'orthographe, et rien

que cela! Et Ton s'étonne que l'enfant Anonne pendant des mois sans comprendre1!

Pour faire voir les différences réelles entre le féminin et le masculin, il faut mettre à part les adjectifs de types différents :

A. — 1° Ceux qui ne changent aucunement au féminin : masculin : sage — féminin : sage.

2° Ceux qui ne changent pas de prononciation au féminin. En écrivant, on ajoute un e muet qui ne se prononce pas : noir, noire, — moral, morale.

B. — 4° Ceux qui sont terminés par une consonne écrite, mais muette, au masculin : dernier, dernièrel

2° Ceux qui sont terminés par une consonne qui se prononce au masculin, mais dont la prononciation change au féminin : vif, vive, etc.

En général, pour ces deux derniers cas, l'addition d'un e muet au féminin fait entendre la même consonne qu'on trouve dans les dérivés :

Grand, grande, comme dans grandeur.

Dernier, dernière [dernièrement).

Paysan, paysanne (paysannerie).

Sec, sèche (sécheresse) ;

Vif, vive (vivace).

Donnons un second exemple d'une règle ancienne et fausse : je prendrai celle qu'on enseigne pour la

1. Voir pour les détails de cette théorie du féminin la Méthode de Langue française Brunot-Bony(Cours élémentaire et Cours moyen).

Page 1