‹ L'enseignement de la langue française, ce qu'il est - ce qu'il devrait être dans l'Enseignement primaireChapitre 65 sur 104 · S'ATTACHER AUX REALITES · texte numérisé non relu

S'ATTACHER AUX REALITES

nom propre de Cuny appartient, en fait, à plusieurs individus de la même famille, et aussi à plusieurs familles; comment, d'autre part, un nom propre peut être étendu à des personnes auxquelles il n'appartient que par comparaison : des Bazaines; comment, enfin, par un phénomène très commun, le nom de l'homme passe à ses œuvres, à ses créations de toutes sortes : des Corots, des lebels, des godillots.

Tout cela, c'est l'explication et le commentaire du erme nom propre, c'est la correction nécessaire l'idée qu'il implique; c'est, en même temps, image de la vie, où un individu fonde une famille t lui donne son nom, devient parfois un type lont le nom sert de caractéristique, laisse enfin, 'il en est capable, ce nom à un objet, ou à une idée, ui en perpétue le souvenir.

La leçon inverse doit suivre, et faire comprendre omment le nom dit commun devient nom propre, >ourquoi tant de gens s'appellent Dupont, ou "ailleur, ou Tisserand; comment les noms de eux sont souvent aussi des noms anciens ou moernes de choses : La Roche, Belmont, Claireonlaine, La Coudraye, etc. De la sorte, on n'arrête as l'attention de l'élève sur le vêtement extérieur e l'idée, on pénètre jusqu'à l'idée elle-même, qu'on l'occasion de suivre dans son développement.

Vue de haut, qu'est-ce que la grammaire, en somme? C'est l'explication des rapports par lesquels les mots s'unissent entre eux. Ces rapports sont marqués :

1° Par (a place respective des mots : « le rat de la fable délivra le lion, ensuite le lion délivra le rat ». Déplacez le mot rat, de sujet il devient complément ou inversement.

2° Par la forme que prennent les mots variables. Délivra est à la 3e personne du singulier du passé pour marquer le rapport entre un sujet rat et une action dont il a été l'auteur dans un temps passé.

3° Par des mots exprès : de marque que le rat en question est celui dont il est parlé dans la fable.

L'enfant n'ignore aucune de ces façons d'exprimer les rapports, il pratique même couramment ces procédés, il en a le sens. Il s'agit, d'abord, de développer ce sens, de le rendre conscient, ensuite de familiariser l'élève avec toutes les constructions, les variations de mots, les agencements de phrases qu'il peut ignorer, si compliqués qu'ils soient ; en même temps de l'exercer à s'en servir avec une entière justesse.

1° L'enfant doit pouvoir non pas raisonner sur la place des divers termes, par exemple, sur la place du sujet; mais reconnaître ce sujet partout où il se

qu'est-ce que la grammaire vue d'un peu haut? 117

trouve, même dans : Tel fut son destin, ou bien : Ainsi finit cette entreprise.

2" Il doit posséder ses formes, c'est-à-dire, par exemple, ses temps et ses modes, de façon à ne pas prendre ^aimerai pour ^aimerais, à comprendre à l'occasion un imparfait du subjonctif, à mettre le mode qui convient, soit dans : je parle du métier qui me fait vivre, soit dans : fai bien un métier, mais je rêve d'un métier qui me fasse vivre, ou je cherche un métier qui me ferait vivre.

3° Il doit enfin user des « mots-outils », comme on les a appelés, de façon sûre, construire avec eux et sans eux des compléments de tous ordres, des propositions aussi, sans se perdre dans les qui, les dont, ou les que; être, en un mot, maître de la structure de sa phrase.

Tout enseignement qui ne va pas dans ces directions s'égare hors de la voie principale. Sans doute, il y a dans le langage bien des sentiers à parcourir et des buissons à battre, mais l'école primaire n'est pas l'école buissonnière. Elle ne doit jamais perdre de vue le but.

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