‹ L'enseignement de la langue française, ce qu'il est - ce qu'il devrait être dans l'Enseignement primaireChapitre 74 sur 104 · ENCORE DES DÉFINITIONS · texte numérisé non relu

ENCORE DES DÉFINITIONS

tion avec n'a-t-elle pas ici un rôle analogue à celui de la conjonction et?

L'adverbe est « un mot qui se met près du verbe pour en modifier l'idée attributive », soit. Mais, dès le xvie siècle, Sanchez en faisait l'observation aux grammairiens latins de son temps, l'adverbe se met aussi bien près d'un adjectif ou d'un autre adverbe, je vais très loin, vous faites votre café trop, bien, assez... fort.

Je n'ai pas besoin d'insister sur le premier vice de ces définitions, qui est de n'avoir aucune valeur pédagogique, puisqu'elles sont à peu près incompréhensibles pour l'enfant. On s'imagine sans peine ce qu'apporte de clarté à un cerveau de onze ans l'idée que, dans : Va vite, « vile modifie l'idée attributive contenue dans le verbe aller » ! Tous ces grands mots ne correspondent à aucune idée.

Et si, par extraordinaire, un sujet, supérieurement doué, arrive à y démêler quelque chose, que pense-t-on qui arrivera, quand des exemples tout simples, tout communs, viendront démentir ce qu'il a eu tant de peine à comprendre? Après qu'il aura peiné pour apprendre qu'un radical est « la portion du verbe qui ne change pas », il lui faudra constater qu'un même verbe, au lieu d'avoir un seul radical, en a jusqu'à trois dans un même temps :

Je prend-s : (le radical est en réalité en a nasal);

Nous pren-ons : (le radical est en eu bref suivi de n);

Ils prenn-ent : (le radical est en è ouvert suivi de n);

Voilà de l'immuable qui change bien vite! Et pour peu qu'on conjugue le verbe entier, nouveaux avatars! Dans je pr-is le radical est réduit à la seule articulation initiale. Exceptions, sans doute! mais exceptions si nombreuses qu'elles obscurcissent totalement règles, définitions et théories!

Pareils procédés d'enseignement, qui déconcertent l'enfant, qui le conduisent de contradiction en contradiction, et qui ruinent aujourd'hui ce qu'ils édifiaient hier, sont jugés par tous les pédagogues. Ils sont la négation môme de la pédagogie.

Pourquoi essayer de définir le radical, et ne pas faire observer simplement que, dans tous les verbes, les terminaisons s'ajoutent à une portion qui renferme la signification propre du mot, et qui tantôt change avec les temps et les personnes, et tantôt ne change pas? Qu'on donne ensuite un exemple de chaque cas : je chante, nous chantons, je lève, nous levons, et alors on conclura : « Cette portion à laquelle s'ajoutent les terminaisons s'appelle radical. »

Ce n'est rien que ce changement, et c'est tout; car c'est la substitution d'une méthode à une autre.

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