QUELQUES MODÈLES DE DÉFINITION
miné. » (Chassang.) Ceci est parfaitement absurde, comme le premier exemple venu le montre : Je suis entré hier au Louvre, ou : J'ai perdu mon oncle Pierre, il y a cinq ans.
Voici une deuxième définition : « Le passé indéfini s'emploie sans relation nécessaire à une époque déterminée. » (Lemaire.) Il est impossible de tirer de cette définition, purement négative, quoi que ce soit de précis relativement aux emplois du passé composé.
Il n'est pas plus facile de dire ce que c'est qu'un article défini. La définition commune est : « Mot qui se met devant les noms dont le sens est déterminé ». Sans doute, en certains cas, cela est vrai : la maison que /habite; le livre de mon voisin. Mais, quand je constate que le bétail est cher cette année, est-ce qu'il s'agit d'un bétail déterminé, comme quand je dis : le bétail de la ferme des Hauts- Champs a la fièvre aphteuse^ Et quand on raconte qu'un homme est mort pour avoir abusé de l'alcool, est-ce qu'on parle d'un alcool déterminé?
C'est pour cette raison profonde que, malgré des efforts énormes, et après des essais et des retouches séculaires, les définitions sont ce qu'elles sont. Les pires de toutes sont celles qui prétendent s'appuyer sur l'étymologie du mot à définir : « Verbe substantif, verbe qui marque la substance ». Il est à
l'enseign. de la langue franc. 9
espérer qu'après la réforme des nomenclatures, toutes les définitions qui sont faites sur ce modèle auront disparu.
Mais les autres ne sont guère préférables. J'ai sous les yeux un livre qui dit : « L'adjectif est ainsi nommé, parce qu'on l'ajoute au substantif, pour en modifier la signification. » On sent l'effort fait pour embrasser à la fois l'adjectif qualificatif et l'adjectif déterminatif ; mais, à force d'être élargie, la définition est vide de sens, et convient à d'autres mots qu'à l'adjectif : tout mot qu'on ajoute au nom — un autre nom, un participe passé, un adverbe — en moditie plus ou moins le sens.
D'après le môme livre, l'adjectif déterminatif est celui « qui indique la manière d'être particulière sous laquelle on envisage le nom. » Quelle peut bien être cette « manière d'être » quand on dit : « ces arbres »?
La préposition est « un mot invariable, placé devant les noms ou les pronoms, pour les unir avec une autre expression dont ils complètent le sens. » Cela est souvent vrai; mais voici une phrase de La Fontaine :
Bertrand avec Raton... Avaient un commun maître
où le nom Raton, précédé de la préposition avec, n'est pas un complément de Bertrand. La préposi-