TITRE XII
QUESTION : Comment on mesure la durée dans la musique. — Les durées (ou valeurs de durée). — Comparaison des valeurs de durée : les accents, le temps. — Signes de durée. — Le silence a une durée : signes des silences. — La mesure à deux temps.
102. — Quand on se déplace pour aller d'un point à un autre, on Comment on évolue parcourt un certain espace. Pour mesurer cet espace ainsi parcouru, le temps par du mouveon le divise en parties égales qu'on ajoute les unes aux autres et que ment-
l'on compare à un autre espace déterminé : on peut ainsi l'évaluer, si on veut, en pas égaux. Si l'on fait se succéder ces pas égaux avec la même vitesse, chaque pas aura une durée égale à celle des autres pas; en comptant le nombre de pas égaux en longueur et en durée, on saura combien de temps s'est écoulé depuis le moment où l'on est parti jusqu'au moment où l'on est arrivé.
103. — Que fait le professeur de gymnastique? Il fait compter d'une façon régulière chaque mouvement exécuté ; chaque mouvement représente donc un temps égal. Tous les élèves qui font chacun de ces mouvements dans le même temps, l'accomplissent, non pas ensemble, mais avec ensemble, ce qui n'a pas le môme sens.
Ce mouvement est le signe du temps.
Pour marquer le pas avec ensemble, il faut que tout le monde lève et abaisse le pied au même moment, pendant le même temps, égal pour tous : là encore le mouvement est le signe du temps.
Les aiguilles, placées sur le cadran de l'horloge, parcourent des divisions égales pendant des durées égales ; elles accomplissent des mouvements régulièrement égaux pendant des temps égaux : leur mouvement est encore le signe du temps; elles marquent ainsi le temps même pour le paresseux qui ne fait aucun mouvement, qui passe son temps à ne rien faire : le balancier de l'horloge, par son mouvement, aussi bien que l'aiguille du cadran, parle sien, compte le temps pour le paresseux qui ne remue pas. Les divisions du cadran, avec leurs chiffres, sont les signes visibles de Vespace parcouru el du temps employé à ce parcours.
Nous aussi, nous avons déjà fait comme l'horloge : en chantant, nous avons pris l'habitude de faire avec la main deux mouvements réguliers et alternatifs de bas et de haut. Nous allons maintenant chercher la signification exacte de ces mouvements, les ordonner en séries régulières et les représenter par des signes appropriés.
104. — D'après ce qui- vient d'être dit, nous pouvons déjà affirmer que chacun de ces mouvements esi le signe cPun temps passé à faire entendre un son; si nous accomplissons plusieurs de ces mouvements pendant que nous soutenons le même son sans l'interrompre, nous pouvons dire que la durée de ce son sera d'autant plus grande que nous aurons fait plus de mouvements réguliers pendant que nous le soutenons.
Si nous appelons temps, la durée de chaque mouvement régulier, nous dirons que le son aura duré un, deux, trois, quatre temps, selon que nous aurons fait un, deux, trois, quatre mouvements égaux de la, main pendant que nous le soutenons sans l'interrompre.
105. — Pour pouvoir reconnaître à la vue la durée exacte des sons, c'est-à-dire le nombre de mouvements réguliers qu'on accomplit pendant qu'on les soutient, il nous faut des signes qui représentent exactement cette durée.
Que représentent les lettres qui composent les mots? — Des sons. — Les moisi — Des séries de sons successifs. — Pour émettre les sons successifs qui composent les mots, les phrases, il faut du temps : les mots, les phrases imprimées sont aussi des signes qui, par Vespace qu'ils occupent, pourraient être considérés comme représentant le temps nécessaire à leur lecture ou à leur écriture. Cet espace est, quand nous lisons, parcouru par l'œil : l'œil met un certain temps à parcourir une ligne, une page : son mouvement, d'un bout à l'autre de la ligne, du haut en bas de la page, représente le temps employé à lire, et aussi le temps employé à écrire ou à prononcer l'un après l'autre tous les mots des phrases. Les lettres peuvent donc, aussi bien qu'elles représentent des sons, exprimer la durée du temps nécessaire à émettre ces sons.
106. — On pourra, plus tard, revenir sur cette comparaison pour
La durée des sons évaluée par des mouvements égaux et réguliers de la main.
PAR L'ÉDUCATION DE L'OREILLE
faire comprendre que tous ces signes ne peuvent indiquer que des durées relatives à une certaine vitesse d'émission. C'est ainsi que le même nombre de lettres, s'il est écrit ou prononcé plus ou moins vite, représentera des durées plus ou moins longues. Il en est de même des signes musicaux : dans de certaines conditions, une ronde aura moins de durée qu'une noire employée dans d'autres conditions.
107. — On n'a pas besoin de mesurer exactement la durée des paroles; on ne parle pas tous à la fois. Mais comme, souvent, plusieurs personnes chantent à la fois, pour qu'elles puissent chanter avec ensemble, il faut qu'elles aient à leur disposition des signes qui leur indiquent avec précision à quel nombre des mouvements de la main correspond exactement la durée de tel ou tel son.
Voyez la série des sons inscrite sur le tableau : elle occupe un certain espace; nous pouvons dire que cet espace représente le temps nécessaire à chanter la série. Si nous faisons durer chaque son pendant deux mouvements (ou temps) de notre main, bas -f- haut, et que chaque mouvement dure une demi-seconde, par exemple, chaque son aura une durée exacte d'une seconde : la série représentera donc une série de secondes (durées) successives.
108. — Nous pouvons indiquer cette succession de durées égales, Temps égaux succomme on le fait sur le cadran d'une horloge, par des traits verti- ^^^S^S^ u*i eaux séparant chaque figure de durée, o, signe auquel nous avons mesure?*™ ^ ^ déjà attribué cette signification.
Comme nous avons convenu de faire deux mouvements égaux pendant la durée de ce signe, nous saurons déjà que chaque division représente la durée de ces deux mouvements ou temps.
A quoi ressemble cette figure? — Elle rappelle la figure d'un mètre ou d'une fraction de mètre. — A quoi sert le mètre ? — A mesurer des longueurs. — Le mètre est donc une mesure; chaque division du mètre est également une mesure.
Appelons donc chacune de nos divisions « mesure », par analogie avec le mètre, et chaque trait vertical « barre de mesure ».
109. — Tous les morceaux de musique se présentent-ils avec l'allure régulière de la série ci-dessus? Non, car si nous chantons : J'ai du bon tabac, il est évident, à première audition, que les sons qui se succèdent n'ont pas tous la même durée. Il faut pouvoir les différencier les uns des autres et, par des signes, les représenter de façon précise, pour qu'on puisse, en les lisant, apprécier et évaluer leur durée en mouvements réguliers et égaux de la main.
Tout le monde connaît la chanson « Frère Jacques ». Chantonsen le début, comme on le chante habituellement :
Mesure : barres de mesure.
Frè-re Jacques Frè.re Jacques Dormez-vous? Dormez - vous e>.
Première recherche de la durée par le nombre de mouvements égaux de la main.
Voici le chiffrage des sons qui composent cette chanson :
,iv' \ „iv in au m m u' x .11 \ ' \' i-i i
rien ne nous empêche de noter ces sons sur la portée, en intercalant une ligne de division entre chaque son :
que*
ques
et en' faisant Murer chaque son le temps nécessaire pour abaisser et relever notre main régulièrement, de la même façon que nous avons, tout à l'heure, chanté les sons de la série inscrite sur la portée.
110. — Mais si, en chantant ainsi, nous reproduisons bien les sons de la chanson, par contre, nous la chantons bien plus lentement : elle n'est plus tout à fait semblable à ce qu'elle était tout d'abord.
Comment remédier à ce défaut? En augmentant la rapidité de succession des mouvements de notre main? Mais alors, par leur rapidité même, ces mouvements vont devenir bien gênants, bien encombrants; nous retrouvons, il est vrai, à peu près la diction voulue en agissant ainsi : cependant ce n'est pas un moyen pratique. En voyezvous un autre?
Nécessité de signes Ce serait de faire entendre un son sur chaque mouvement de la des ^teLea^i^fr^tea ma*n> un Pour ^e mouvement d'abaissement, un pour le mouvement dana^a^awxession^det d'élévation. Mais alors, comment faire comprendre que notre signe de sons. durée, la ronde, n'équivaut plus qu'à la durée d'un seul mouvement
de la main, alors qu'il a été convenu qu'il équivaut à la durée des deux mouvements? Comment indiquer que cette durée est modifiée, et de combien elle l'est?
Nous pouvons, il est vrai, imaginer un nouveau signe de durée qui équivaudra, dans le temps, à la moitié de la durée d'une ronde* Mais comment ordonnerons-nous ces signes, pour les faire entrer dans nos mesures? Comment saurons-nous sûrement que l'un des sons doit être émis en abaissant, l'autre en élevant la main ? Voilà encore une nouvelle difficulté. C'est celle-là que nous allons essayer de résoudre en premier lieu.
C'est dans la voix 111. — Prononçons les paroles de notre chanson, sans en chanter la wtion qde°VaccenU du me^oclie, maîs avec *a vitesse même attribuée à chaque syllabe quand on temps fort ou fcdble! chante ? et portons toute notre attention sur la façon dont nous disons ces mots : Frère Jacques, Frère Jacques, dormez-vous, dormez-vous?
Est-ce que nous prononçons toutes les syllabes de la même façon? Parmi les enfants, les uns trouveront que certaines syllabes sont dites plus haut, d'autres plus vile ou plus lenlement. C'est exact ; mais il y a des différences d'un autre ordre.
Pour trouver à cette question une réponse exacte, on demandera aux enfants de dire cette phrase aussi naturellement que possible.
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comme on la dirait dans la conversation courante. D'abord, de quoi s'agit-il? D'un appel adressé à « Frère Jacques l» puis d'une question : « Dormez-vous? » N'y a-t-il pas, dans ces mots prononcés ainsi, des syllabes plus appuyées que d'autres ?
Après quelques essais, on trouvera certainement que les syllabes Frè, Jac9 Dor, vous, sont dites avec plus de force que les autres, sont plus appuyées.
112. — Quel geste fait-on avec la main qui appuie? — On l'abaisse. On peut faire coïnci- Or nous avons fait déjà ce geste d'abaisser (appuyer) la main. Nous ^^^^^ pouvons faire en sorte que cet appui de la main se fasse en pro- forte9t ie ge8te d'éténonçant les syllabes appuyées : les syllabes moins fortes seront dites vation avec les eylen relevant la main. Les syllabes fortes et faibles alternent régulière- labes faibles. ment dans notre chanson ; nous pouvons donc la dire en abaissant (ou frappant) la main et en la levant alternativement, selon que nous prononcerons des syllabes plus fortes ou plus faibles : nous aurons ainsi la possibilité de figurer nos deux syllabes dans une même mesure, achant que le premier temps de la durée sera frappé, le second temps levé.
Frè-
Jacques
Frè.
re
Jacques
(—signifie syllabe forte ;u syllabe faible ; les initiales V. L. correspondent respectivement au frappé et au levé de la main.)
Chacune des syllabes, qu'elle soit frappée ou levée, durant un Mesure] à 2 temps,
temps égal (la moitié d'une seconde), 1 ous nommerons sa durée groupe de deux temps
temps et chaque groupe de deux temps (trappé + levé) ren- J
fermé entre deux traits de division se nommera MESURE à de division, le 1" temps
2 temps = le 1er temps étant FRAPPÉ ou FORT; le second toujours fort, temps LEVÉ ou FAIBLE.
113. — Comme nous avons constaté que chaque temps égal a exactement la durée d'une moitié de o ronde (puisque les deux réunis durent le même temps qu'une ronde) nous avons un moyen très simple de figurer cette durée d'une demi-ronde : c'est de couper notre ronde en deux moitiés ; et, pour bien distinguer chaque moitié
de son tout, de laisser une trace de cette division <j> : la ligne dessinant la lame du couteau restera attachée à chaque moitié.
Sur le papier, cette figure nouvelle représenterait un espace BLANC, entouré d'un trait noir : nous la nommerons BLANCHE et nous dirons :
1° Qu'elle vaut (ou dure) la moitié d'une ronde ; et, réciproquement :
2° Que deuÉ blanches équivalent à la durée d'une ronde ': deux SONS (blanches) égaux pendant la durée d'UN SEUL son (ronde).
Nous écrirons maintenant notre chanson avec la nouvelle figure de durée, la blanche :
Division de la figure c en deux parties égales représentant deux temps égaux.
La blanche moitié d*une ronde*
114. — Je mets un signe -0- après la syllabe vous? Je me trouve en présence d'une difficulté qui me fait hésiter; je me souviens que nous avons dit que toute syllabe forte occupe un premier temps : or voici deux syllabes fortes consécutives! Comment résoudre cette difficulté, puisqu'il faut que chacune de ces syllabes soit sur un premier temps ?
En cherchant, nous allons trouver deux moyens de trancher la difficulté :
1° Donner au son de vous la durée d'une mesure (2 |temps, 2 mouvements alternatifs de la main).
2° Nous taire pendant la durée du second temps.