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LES FRUITS DE LA DOCTRINE DE L’ACADÉMIE

En incarnant en lui tout l’art de son temps, en soumettant les différentes branches de cet art à la despotique étroitesse de son dogme, David consacrait une vérité fondamentale . Toute époque que des liens factices n’enchaînent pas derrière la muraille close d’un vieux portique d’académie se meut librement dans l’art, et y accuse clairement ses tendances unitaires au milieu d’un concours d’efforts, qui n’ont de variété que celle des individualités. Toute époque mar-

che en un sens défini , accomplit une tâche marquée. Ceux qui ne le voient pas et qui le nient une seule fois entre toutes, nient la vie des sociétés, les conditions mêmes de leur vitalité. Aussi, que vous considériez l’art dans son expression littéraire, ou dans une quelconque de ses expressions plastiques, vous jugerez des caractères d’une époque, si vous prenez une période assez longue pour échapper aux influences des phénomènes secondaires soumis à ces liens factices dont nous parlions plus haut et qui ne sont que les influences prolongées des dictatures du génie sur les générations. Il y a plus, si vous analysez profondément les faits, si vous observez de près la marche d’une société où ces dominations se soient exercées au bénéfice de la gloire d’un homme, au détriment toujours de l’autonomie sociale, vous ne tarderez pas à découvrir le lieu, l’étendue, la cause du désordre. L’anomalie vous apparaîtra lumineuse, la perturbation flagrante. A ce point de vue, tous les arts naissent et procèdent des mêmes causes, s’étiolent et meurent sous les mêmes influences,

et si vous pouvez constater l’asphyxie de l’un deux, si vous mesurez 1 insuffisance atmosphérique qui aura amené cette asphyxie, vous connaîtrez désormais la maladie sous laquelle fléchissent ou succombent les autres arts plongés dans le même milieu.

Qu’on nous permette donc, pour mieux approfondir notre sujet, de prendre ici spécialement à partie l’art qui nous est le plus familier et que nous servons chaque jour.

Dans un coin d’atelier, avec une toile, un chevalet et des pinceaux, avec une motte d’argile et un ébauchoir, avec un bout de marbre et un ciseau, une individualité forte échappe à la domination d’une doctrine officielle. On hante les musées, on pénètre dans les bibliothèques, on observe la nature, on trouve auprès de maîtres choisis une direction suffisante et l’on tente dans le recueillement des expressions complètes de son art. Ainsi peuvent se produire les Delacroix, les Decamps, les Marillhat, les Rude, etc. La doctrine est là ; elle persiste. L’art, de son côté, combat et procède. L’artiste est

gêné, souffrant; l’art ne meurt pas. Mais ce qui ne se peut pas faire, absolument pas, c’est, d une part, combler dans l’isolement le vide des immenses et difficiles connaissances techniques, dont l’architecte doit être armé pour procéder dans son art; d’autre part, c’est, à l'exclusion d’un personnel qui retient les. travaux et régit l’opinion, conquérir le droit et le fait de l’exécution du monument, sans lequel rien n’est dit en architecture. Ici, l’artiste doit passer par la doctrine ou renoncer. C’est là la grande maladie que nous voulons observer.

Revenons à l’Ecole des Beaux-Arts.

De six chaires ouvertes à la jeunesse était censé s’épandre renseignement de F architecture dont l’Académie gardait la doctrine en son sein. Mais, comme l’art ne décerne ses titres d'artistes qu'à ceux qui sont pourvus des moyens de s'exprimer en son nom par des œuvres sensibles, il fallait que cette jeunesse pût s’exercer en dehors des chaires. Elle le faisait dans des ateliers, en principe librement installés, librement choisis

par les élèves, mais, en fait, monopolisés entre les mains des professeurs de l’ Académie.

L’Académie avait justement jugé qu'il n’v a pas d’enseignement fructueux pour la jeunesse qui ne soit pourvu d’une mesure permanente de son degré d’efficacité sur les intéressés, et qu’il fallait joindre à l’attrait des connaissances acquises le stimulant de certains titres obtenus sur des œuvres produites. Dans le sein de l’école, les concours mensuels ou bimensuels répondaient à ce besoin. Les élèves y entraient en loge et, sur un programme donné, produisaient une esquisse, suivie selon sa valeur d’un projet, d’où des médailles décernées par les professeurs.

En outre, et, pour consacrer la portée de renseignement, l’école couronnait ses élèves d’élite à la fin du concours du grand prix de Rome. Cette organisation, mettant entre les mains des maîtres de l’Académie toutes les récompenses, amenait à leurs ateliers toute la clientèle de l’école, judicieusement entraînée à la recherche de la connaissance intime de ces

maîtres-juges, de leurs tendances, de leurs idées propres, de leurs doctrines.

Dans ces ateliers, toujours emplis d’avance, jamais menacés dans leur avenir, vivait en pleine et douce sécurité une suite d’idées chéries du maître, fortement défendues, peu développées, mais s’imposant de toutes pièces aux nouveaux venus avant que l’esprit d’examen ait laissé percer chez eux ce besoin de féconde analyse, qui garantit à l’homme la part de légitime autorité par laquelle se manifeste toute valeur individuelle. Le maître planait au-dessus de ce docile essaim, qui respirait dans une éternelle atmosphère de beau fixa, un art tout fait, dont les principes restaient inconnus et méconnus.

Il s’y faisait une espèce de foi reçue et transmise, tenant ainsi lieu de ces convictions cherchées et trouvées , dans lesquelles on se taille un drapeau. Ainsi marchait 1 Académie; ainsi fonctionnait ce corps entouré de respect et consacré dans sa force. De là que devait-il sortir?

Une suite de grands prix, l’honneur du sanc-

tuaire et des artistes, — les uns ayant longuement fourni sans succès toutes les étapes incertaines par lesquelles on parvenait quelquefois au pèlerinage de Rome, — les autres ayant laissé aux épines de la route les traces de la trop laborieuse tentative.

Mais tout cela créait des positions bâtardes ou impossibles. Si l’on briguait le 'grand prix jusqu’au bout, la plupart du temps pour échouer au voisinage de la limite extrême de trente ans, on était réduit à végéter sans position lucrative, dans l’âge où il est honteux, sinon impossible, de rester à la charge des siens. On vivait de peu, on manquait de tout. Alors, on quittait batelier; on louait momentanément son temps à l’industrie du bâtiment. On y portait les bribes d’une instruction architecturale demi-hautaine, demi-soumise, qui eut pu, il est vrai, se compléter par l’observation des chantiers, mais qui, n’ayant garde de s’abaisser à la contemplation de l’utile, troublait l’œuvre courante des travailleurs de la construction, y faisait chatoyer la pureté des profils antiques, y imposait b' men-

songe des ordres dispensés partout, et infiltrait, au vif de notre jeune industrie 1 habitude désolante de cette espèce de plâtrage burlesque dont tout ce qui a forme aujourd’hui ne peut plus se passer. C’est ainsi que, sans utilité pour son instruction, au détriment de l’œuvre du temps, le futur grand prix pénétrait chez T entrepreneur inquiet de concurrence ; chez T architecte, coureur d’affaires ; chez l’ingénieur, qui, n’apercevant là que l’habileté des niaiseries, apprenait dans une méprise à mépriser le grand art des arts. Cela s’appelait faire la place , et la voie étant ouverte parles premiers, tout le monde faisait la place à l’école, selon le vide du gousset.

Du reste, chose étrange, difficile à faire croire, l’enseignement fondamental, les chaires étaient vides, les amphithéâtres étaient abandonnés, déserts et respectés comme des ruines. Etait-ce le maître qui avait délaissé l’élève? était-ce l’élève qui avait fui le maître? Etait-ce l’esprit de la doctrine qui s’était envolé? Nous n’osons le rechercher. Toujours est-il qu’on comptait des professeurs qui faisaient deux leçons dans

l’année ; d’autres, dont l’enseignement se réduisait au titre officiel de leurs chaires; d autres, plus inspirés des vertus antiques, qui développaient encore avec patience les ressources surannées et dépassées depuis trente ans, auxquelles l’architecte fait appel dans la réalisation matérielle de ses idées.

Telle était la trace tortueuse et incertaine, tel était le milieu vide et désolé où se mouvait le pauvre artiste étudiant. Vers quel but tendait donc ce délaissé de l’époque où tant de moyens s’offrent à celui qui veut se préparer à la bataille de la vie ? Ah ! nous les avons vus de près ces étudiants, riches de jeunesse, beaux de privations noblement portées, apitoyants dans leur souverain dédain des choses que conquiert le travail de la pensée. Dans la silencieuse fierté où se réfugiait leur ignorance, leur inaccessabilité aux clartés de l’évidence faisait peine. C’était devenu presque un axiome d’atelier, qu’un architecte ne devait rien apprendre, que tout était dans son crayon, que le reste était illusoire, qu’il n’était pas utile de s’élever par la lecture,

que sonder le passé dans tous les temps, que savoir les lois physiques qui régissent les corps, la mécanique qui en assure l’équilibre, les conditions chimiques qui préparent leur durée, c’étaient des connaissances qui faussaient l’esprit de l’artiste ou gênaient le travail de son imagination. Avec de pareilles idées, dont il nous a été donné de constater et de combattre si souvent la triste existence dans l’esprit de la jeunesse artistique, où veut-on qu’aboutisse la génération d’hommes faits qu'un tel enseignement prépare? A un état plus triste encore : à la négation générale et consentie du savoir dans l’art ; mieux que cela : à l’ignorance préconisée et appliquée pour sauvegarder l’art; à la scission de l’art et de la science, la plus déplorable de toutes les doctrines, la plus abâtardissante des routines. Au lieu de pousser à l’étude, à la reconnaissance nécessaire de cette vérité : que plus les moyens d’un art, moyens scientifiques ou autres, sont développés, plus cet art est libre dans ses allures, plus il est fort, plus il est en mesure d’aborder fièrement les œuvres qu’il

doit accomplir; au lieu do cela, on creuse ainsi le vide profond de l’insuffisance, qui n’enfante que la copie éternelle et stupide, c’est-à-dire la négation de l’art.

Aussi, (pie vit-on?

Du milieu de ce siècle est sorti un des mouvements les plus puissants qui aient pu être observés dans les sociétés connues. Sous le nom d’industrie , l liomme y a transformé en monuments aussi nombreux que variés, l’économie faite sur le travail de ses de va liciers et le fruit de son excessive activité. Partout, cet effort condensé a trouvé des agents suffisants à son succès. Economiste pour indiquer la tâche et prévoir le résultat, financier pour assurer les ressources en capital, ingénieurs pour attacher au sol l’œuvre réalisée qui répondait au besoin de tous, aucun de ceux-là n’a manqué à l’appel. Dans ce grand phénomène social où trouve-t-on fidèle à son poste le représentant de l’art? Où l’architecte a-t-il pris sa place, où s’est-il montré, où a-t-il dit son mot dans ce concert de pensées et d’activités modernes? Nulle

part. — Nous nous trompons. Par la voix de ses maîtres officiels, il déplore la ruine du passé qui succombe sous l’action brutale des hommes; il tonne contre le fléau de l'industrie, qui' envahit tout; il jette à la traverse du temps ses gloires, ses titres, et abrite majestueusement son pompeux dédain dans le temple isolé de ses vieilles idoles; — par lui-même, il se perd humble, éclipsé dans les rangs secondaires de l'œuvre commune, incapable d'en aborder aucune de front, inapte à s’éduquer à nouveau sur ce champ d’étude pour reconquérir sa place perdue. Comment! voilà une société qui accomplit l’œuvre colossale des chemins de fer, qui fait des ponts gigantesques, qui abrite non-seulement avec convenance, mais avec luxe, la foule de ses riches populations voyageuses, sous des édifices qui ont dix fois la taille et l’importance des monuments du passé, et vous n’êtes pas là pour édicter votre pensée. Comment ! voilà un temps qui rebâtit ses villes, qui éventre ses capitales et refait à neuf ses habitations, et vous assistez, tristes et mornes spectateurs, à votre propre né-

gation , sans rougir ou sans vous imposer; ou, si vous intervenez, c’est à la condition de vous dénaturer, de vous amoindrir, d'écrire sous la dictée d’autrui, de passer condamnation sur la position (pii vous est faite. Qu’est-ce, en effet, que le poste de l’architecte dans les œuvres puissantes, mais restées incomplètes, de 1 ingénieur, sinon celui d’un agent bâtard, auquel on laisse toutes les responsabilités d’un grand art, auquel on retire toutes les libertés indispensables à 1 artiste. Qu’est-ce que la part prise par l'architecte dans la reconstruction de Paris, sinon celle d’un agent déprimé, auquel on ne s’adresse pas la plupart du temps, parce qu’il n’apporte rien qu’on ne puisse à peu près se procurer sans lui.

Ab! maître de 1 école, exécuteurs testamentaires de David, ne dites pas que vous êtes les dépositaires de la doctrine unique, de la doctrine vivante, de la doctrine féconde, sans laquelle l’art de ce temps ne peut vivre. Ne le dites pas, parce que vous ne pouvez invoquer en votre faveur aucun témoignage de votre ac-

lion utile, aucun qui ne soit une accusation pesant directement sur vous.

Nous savons que l'art n’a pas encore parlé chez nous, depuis que nos besoins, nos mœurs, nos goûts ont placé devant lui des thèmes d’une nouveauté qui vous paraît étrange ; mais nous savons aussi quel bâillon vous avez mis sur sa bouche, à quel rôle minime votre enseignement l’a réduit et combien il est urgent de lui faire le champ libre !

Mais, parlons utilement. Réglons un vieux compte, qui met tout en souffrance; confessons notre insuffisance d'artistes pour sauvegarder l’art lui-mème. Disons notre ignorance: elle est profonde, et la reconnaître avec sincérité, c’est préparer à l’architecte un lendemain meilleur, »

plus de dignité dans T accomplissement de sa tâche, la conquête assurée d'une intervention légitime dans les œuvres vives de la société.

‘ En quoi pourrait donc étonner la triste peinture que nous venons de faire? L'architecte aujourd'hui, on peut l'écrire sans exagération, n'est ni instruit ni élevé. Dépourvu d instruc-

tion, il l’est à un point qu’on ne saurait dire. Le niveau de ses connaissances générales l’abaisse au-dessous des représentants des autres professions libérales, auxquelles il ne se frotte qu’ÿvec gêne. Ses connaissances spéciales sont milles, quand on considère le côté technique de son art, avec lequel il faut incessamment qipil compte; il 11e sait rien de ce qui peut le mettre à même d’utiliser simplement, commodément, ingénieusement, économiqp^ment la matière.

Pour en donner une idée, il suffit de nommer le fer . Ce grand révolutionnaire de la construction, non-seulement l’architecte l’ignore, mais il le nie. 11 11e se doute ni de ses aptitudes, ni de son rôle possible, ni du parti qu’en ont su tirer les audacieux travailleurs de ce temps. 11 n a jamais ouï parler des résultats si intéressants, que les recherches scientifiques ont mises à sa disposition, des faits innombrables et gigantesques que le^ expériences de la mécanique y ont apportés en confirmation. 11 jette un regard dédaigneux sur celui qui lui crie: Etudiez donc! tout peut se prévoir aujourd’hui dans un édifice ;

chaque parcelle de matière, de fer surtout, peut y jouer uii rôle de 'résistance mécanique qui s’apprécie et se dépense avec une certitude d’utilité comparable à celle de l’homme qui tire un ' franc de sa bourse pour solder la satisfaction d’un besoin coté de sa vie journalière. — A quoi cela sert-il ? - — C’est la seule exclamation que cette grande conquête lui arrache. Et comme tout se développe par la concurrence, le fer, par sa présence menaçante en face des autres matières, a fait étudier dë plus près les ressources de ces dernières et constater leurs avantages mieux appréciés. Si le fer envahit les applications du bois et de la pierre, la pierre et le bois se Complètent d’aptitudes nouvelles puisées dans d’ingénieuses préparations industrielles inconnues jusqu’à nous; les matières plastiques et durcissantes offrent des avantages précieux au constructeur; les enduits se perfectionnent en changeant de compositions ; les procédés surgissent, se développent, s’accumulent dans les fondations, les couvertures, l’aérage, le chauffage, l’éclairage des édifices. Tout cela est neuf, date

de vingt ou trente ans, et s’accompagne de cent autres facilités conquises au constructeur, de mille issues ouvertes à l’artiste pour exprimer sa pensée. De cela F architecte 11e sait pourtant rien, et quand, subissant la pression du temps, il se risque en face de ces nouveaux éléments, il fait tout de travers. Si les gazettes lui ont appris que d’immenses monuments métalliques, résultats des prévisions les plus certaines et les plus économiques, franchissaient des bras de mer ou des embouchures de fleuve, couvrant des vides cinq ou six fois plus grands que les vides des ponts les plus audacieux du passé et supportant avec succès le passage à toute vitesse de vapeur, de poids décuples de ceux qui chargent nos anciennes voies, cela 11e l’a ni intéressé ni étonné, et c’est sans vergogne qu’il livre journellement au hasard de ses prévisions incertaines et dangereuses, la stabilité des maisons nouvelles de Paris, dans lesquelles il s’est enfin décidé à introduire l’indispensable ressource du métal.

Mais laissons, incomplet encore, ce pénible

tableau des innombrables et déplorables lacunes qui caractérisent T instruction technique de l’ architecte , et découvrons celui de son insuffisance artistique. Ici le spectacle est désolant! Architectes, fils à tous les degrés de l'Académie, que peut-on dire si l’on vous considère comme interprètes de ce bel art de l’architecture? Où sont, dans vos édifices, les traces de cette œuvre attrayante, qui consiste à montrer à vos concitoyens les habitudes de leur vie privée, les usages de leur vie publique, les caractères de leurs mœurs accusés dans les formes, que chaque problème vous met en mesure comme en devoir de chercher? Où est l’effort qui témoigne que vous ayez tout sacrifié à cette condition primordiale de votre art? Est-il dans la fastidieuse torsion des formes de l’œuvre antique, à laquelle vous vous acharnez? Est-il dans ce violent et vain ajustement, auquel vous soumettez vos proportions devenues abstraites et réfractaires dans l’œuvre moderne? Nous le nions. Nous n’ignorons pas la plénitude de la tâche en face des besoins si nouveaux et si variés de notre temps ; mais il faut re-

connaître avec tristesse que ce n’est pasen ce sens qu’a été employée votre incontestable habileté à modeler d’avance la matière sur une idée directrice ; il faut reconnaître que c’est en sens inverse que l’influence de la doctrine de votre enseignement a pesé, et que c’est par elle et pour elle que, n’écoutant rien de ce que vous dictaient impérieusement tous les faits, tous les programmes si neufs posés à F architecte par la société, vous vous êtes évertués, depuis quarante ans, à pâlir le temps et à voiler l’art sous des redites aussi inopportunes qu’erronées et coûteuses. Entre la Bourse de 1 829 et le mur de façade de la gare du Nord de 1864, la note des tendances sociales vous a été donnée plus d’une fois, mais une fois avec une mâle solennité dans la bibliothèque Sainte-Geneviève, par un maître que vous n’avez jamais reconnu, quoiqu’il fût des vôtres. Au milieu du banal conflit de la reconstruction de la capitale, la leçon vous a été rudement faite par l’éloignement dans lequel cette vaste opération vous a tenu toutes les fois que vous n’avez pas voulu vous travestir en homme

d’affaires ou vous amoindrir au rôle de commis. Ce fut en vain.

Tout condamnait donc les fruits de la mère doctrine, qui ne produisait que des architectes insuffisants, arriérés comme science, déprimés comme portée artistique .Tout frappait sur l'Ecole des Beaux-Arts, unique institution ouverte à l’étude de F architecture, institution dépassée et endormie où l’exercice même de l’enseignement était tombé en désuétude. Les avertissements de toutes natures étaient, sans utilité, sortis de la force des choses. On en était arrivé à ce point qu’un père, destinant son hls à l’art ou à la profession de F architecte, pouvait bien encore l'envoyer à l’atelier; mais il n’avait à sa disposition aucun moyen de lui fournir F instruction indispensable à l’exercice de F architecture. Un tel état comportait depuis longtemps une révolution imminente. Elle vient de s’accomplir. Quelle est-elle?

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