DÉCLIN DE LA CULTURE
du genre; à mainte reprise, les hagiographes déclarent que la vie d'un saint doit être contée avec simplicité, et qu'elle trouve, dans les vertus du héros, l'éclat et la parure nécessaires !. Fortunat va plus loin: lui, le plus lettré, le plus précieux des écrivains du vit siècle, dit que les ressources du style ne servent à défendre que les mauvaises causes ?. Voilà l’éloquence suspectée et répudiée dans le genre littéraire qui va subsister, presque seul, pendant une assez longue période. Il suffira de savoir lire et écrire pour s’y exercer, et les écrivains seront détournés d'apprendre péniblement un latin conventionnel qui leur serait inutile. Pour un peu, on considérerait l'étude comme un danger pour l'homme. Grégoire de Tours dit que la sagesse des philosophes est l’ennemie de Dieu 3. Frédégaire raconte que, s’adonnant avec excès aux lettres (li{eris nimium eruditus), l'empereur Héraclius était parvenu à lire l’avenir dans les astres *. Sous ce blâme discret et naïf, apparaît déjà la méfiance du moyen âge à l'égard de la science. Combien seront accusés d'un commerce avec le Malin pour avoir trop étudié! Ainsi, d'un mouvement continu, le niveau s’abaissait. Non seulement les grandes écoles publiques avaient disparu, mais l'enseignement individuel était rare; l'élite, la société cultivée se réduisait à quelques hommes isolés, dont les connaissances mêmes étaient très faibles. Il devenait nécessaire de faire des barbarismes pour être compris et n'être pas accusé d'affectation. Nous verrons comment la culture classique survécut à cette crise.
est plus clair dans les vies de saint que dans le reste de son œuvre. Sauf dans les prologues de ces vies, il fait un visible effort pour être intelligible.
1. Par exemple, Vita s. Cacsarii, prol. (Krusch, Script. rer. Merov., III, p. 457). — Vila s. Arigü, Acta SS., mai, I, p. 109.