De doct. christ., II, 29 (M. 34, col
s adressait qu'à une élite religieuse. Des essais, comme les Znstructiones de Commodien, ne pouvaient servir pour la culture générale; c'étaient des œuvres d'édification qui complétaient, rectifiaient au point de vue chrétien, mais ne remplaçaient pas les textes profanes. Plus tard, on compta des poètes comme Paulin de Noles et Prudence, qui fournirent des modèles aux versificateurs des âges suivants ; les œuvres des Pères furent étudiées avec fruit et rangées parmi les classiques. Mais saint Jérôme, saint Augustin ne pouvaient attribuer ce caractère à leurs propres écrits, et, d'autre part, un long commerce avec les chefs-d'œuvre les empêchait de voir, dans les Minucius Félix, les Lactance, les Commodien et les Juvencus, les égaux de Cicéron ou de Virgile. Cette illusion ne fut possible que plus tard. Quand il ÿ eut vraiment une littérature chrétienne, empruntant à l'Écriture la matière des récits épiques, au dogme celui des récits didactiques, et à la vie des saints et de la Vierge celui des récits historiques !, des esprits moins cultivés crurent à un nouvel âge des lettres latines, qui ne le cédait en rien aux âges précédents et pouvait, comme eux, fournir des modèles. Encore cette opinion ne s’imposa-t-elle jamais à ceux qui voulurent puiser aux sources mêmes de la pensée.
De plus, ce qu’on ne trouva pas de longtemps chez les chrétiens, ce sont les traités didactiques, contenant, sous une forme raisonnée et méthodique, l’art de penser et l’art de parler; ce sont aussi les répertoires où, selon le désir de saint Augustin ?, on eût résumé ce qu'il était utile de savoir en géographie et en histoire naturelle pour l'interprétation de l'Écriture. En l'absence de ces livres, il était nécessaire de recourir aux textes antiques. Il a fallu des siècles de christianisme, il a fallu l'accumulation des chefs-d'œuvre dus à des chréliens, et à des chrétiens pénétrés de la culture antique, pour que l'idée d'un enseignement, reposant exclusivement sur des. textes chrétiens, parût acceptable; encore toute une partie des œuvres didactiques, les rhétoriques, les dialectiques chrétiennes sont-elles l'adaptation de la science séculière.
Les maîtres chrétiens essayaient de rendre inoffensifs les auteurs profanes qu'ils expliquaient; mais outre que ces réserves étaient peu de chose, les mœurs, les idées politiques ne leur permettaient pas de transformer leur enseignement. Au n° siècle, Tertullien avait
1. Cf. Ebert, Hist. de La Litt. du M. A.,t. 1 de la trad. fr., p. 117 et suiv. 2. De doct. christ., W, 29 :M. 34, col. 62).
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constaté cette impuissance en interdisant aux chrétiens d'enseigner. Depuis Constantin, les professeurs avaient pris plus de liberté !. L'empereur Julien leur fit un grief de modifier le sens des auteurs profanes. Mieux que son édit, la fidélité à la vie romaine assurait le maintien de l'enseignement sous sa forme traditionnelle. Après comme avant le triomphe du christianisme, la culture classique était tenue pour la préparation naturelle aux charges publiques; on pouvait amender les textes, multiplier les réserves et les restrictions, on continuait à se servir des auteurs profanes.
Il restait une solution pour les chrétiens : ne pas fréquenter les écoles. Pour comprendre avec quelle véhémence ils la repoussèrent, il suffit de se rappeler comment ils accueillirent l'édit de Julien, qui n'interdisait pas aux fidèles de s'instruire, mais de s'instruire auprès des maîtres chrétiens. Renoncer à l'instruction, c'était s'offrir désarmés aux coups de leurs adversaires ; et il faut entendre par là non seulement les païens, mais les hérétiques. « La rhétorique donne le moyen de persuader le vrai comme le faux, s'écrie saint Augustin. Ceux qui veulent persuader l'erreur sauraient, dans un exorde, exciter la bienveillance, l’attention, la docilité de leur auditoire, et les autres ne le sauraient pas? Par des arguments trompeurs, ils battraient en brèche la vérité, ils affirmeraient l'erreur, et les autres ne pourraient ni défendre le vrai, ni réfuter le faux *? » Ils reconnaissaient bien que les études avaient donné naissance aux hérésies, — saint Jérôme remarque que Valentinius, que Marcion comptaient parmi les plus instruits ‘ —, mais la culture même des hérétiques obligeait les chrétiens à s’instruire.
La nécessité, voilà donc le premier motif, pour lequel saint Jérôme et saint Augustin au 1v° siècle, comme Tertullien au u°, se résignèrent à recommander aux chrétiens l'usage des lettres profanes.
Il y en eut un autre. Tertullien avait déclaré que les études profanes « sont indispensables pour acquérir la science des choses divines * ». Saint Augustin reprend et développe cette idée, dans
1. Lactance nous montre comment les chrétiens rectifiaient les erreurs des auteurs profanes (Divin. inst., 1, 9; [IT, 15; VII, 2, 22, etc.) et comment ils y puisaient des arguments pour appuyer leur doctrine (id., VIT, 3, 4; 9, etc. “Je Pour l'influence des classiques sur Lactance, voir Pichon, Lactance, p. 218 et suiv.
2. Grégoire de Nazianze, Orat., $. On en trouve l'écho dans saint Augustin, De civit. Dei, XVI, 52.