‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 144 sur 404 · De schola Lerinensi, p · texte numérisé non relu

De schola Lerinensi, p

#. Martène, ist. de Marmoutiers, J, p. 2%. : « Il était assez ordinaire, en ce temps-là, d'élever les catéchumènes dans les monastères, de les instruire et de les y disposer au baptéme. »

5. Cf. Mabillon, Traité des él, mon., 1, p. 7 : « C'est une illusion de certaines gens, qui ont écrit dans le siècle précédent, que les monastères n'avaient été d'abord élablis que pour servir. d'écoles el d’'académies publiques, où l'on faisait profession d'enseigner les sciences humaines... ç'a été l'amour de la retraite et de la vertu, et non des sciences, le mépris des choses du monde et la suite de sa corruption, qui ont donné naissance à ces saints établissements. »

lectuel comme leur être moral. À quoi eût alors servi un enseignement desarts hbéraux dans les monastères, puisque les hommes qui les fréquentaient l'avaient déjà reçu ? C'était affaire à chacun d'eux d'utiliser ses connaissances, pour comprendre l'Écriture, en rejetant ce qui était dangereux pour le salut.

Mais à côté du christianisme ascétique représenté par le moine, il y avait Le christianisme séculier représenté par l'évêque. Évèques et moines n'étaient pas toujours d’accord!. Les arts libéraux n'étaient pas enseignés dans les monastères, ne l’étaient-ils pas dans les écoles épiscopales”?

Dans la Gaule même, au milieu du 1v° siècle, on avait vu un évêque revendiquer pour les chrétiens le droit d'étudier les lettres, non seulement au nom de la nécessité, mais à cause de l'éclat qui devait en rejaillir sur la religion. Le grand évêque de Poitiers, saint Hilaire (+ 368), avait cherché dans l'Évangile la solution des problèmes que la philosophie ne lui avait pas donnée?. Dans le De Trinitate, il demandait à Dieude lui accorder « le vrai sens des mots, la lumière de l'intelligence, la beauté du style, la foi en la vérité ? ». Il estimait que soigner la forme, c'était dans un certain sens honorer Dieu. Il le dit nettement en commentant, dans le psaume XIV, les mots : « Verbum Dei quanta reverentia tractari debeat aut audiri # ». Et il appuie son opinion de l'autorité de la Bible * : « Il faut veiller à ne rien dire de bas, car l'Ecriture a dit : « Maledictus omnis faciens opera Dei neglegenter » (Jérémie, 48, 10). Le prédicateur doit donc estimer qu'il ne parle pas pour des hommes ; l'auditoire doit savoir qu'il n'entend pas des paroles humaines, mais que ce sont les paroles de Dieu, les desseins de Dieu, les lois de Dieu, et le plus grand respect convient à ce double devoir ». Dans ce passage, il n’est pas question, il est vrai, des auteurs profanes, mais trouvait-on alors les modèles et surtout les préceptes de l’art oratoire ailleurs que dans leurs ouvrages ? Saint Hilaire, formé à l'éloquence par les classiques, imaginait-il une autre source d'éducation? et, s'il avait supposé qu'on püût être orateur sans l'aide de Cicéron et de Quintilien, ne l’aurait-il pas dit

. Sulp. Sév., Dial., 1, 6 ; IT (TT), 11; Vita Mart., 27 . De Trin., 1, &-5 (M. 10, col. 28). Cf. Ebert, I, p. 148. . 1, 38 (M. 10, col. 49). Cf. Ebert, I, 151.

Tract. in XIV Psalm., 1 (M. 9, col. 295).

Id.

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explicitement? Il faut retenir ces déclarations, mais surtout à cause de leur caractère exceptionnel et sans en exagérer la portée. Saint Hilaire meurt en 368, alors que le régime impérial était flonssant en Gaule, que les écoles publiques y étaient prospères, et avant que le monachisme y eût exercé son influence. On ne saurait donc rien conclure de ses tendances pour la nature de l’enseignement, que les évêques gallo-romains pouvaient donner, au début du v° siècle, à leurs catéchumènes !.

L'origine des écoles chrétiennes de la Gaule est enveloppée de ténèbres. L'Histoire littéraire suppose qu'on en fonda dès l'établissement des églises ?. Elle s'appuie à la fois sur l'existence d’une école semblable à Alexandrie et sur la nécessité d'instruire les catéchumènes et de former les clercs. Le premier argument est sans valeur et nous ne retenons que le dernier. Évidemment l’évêque groupait autour de lui les hommes qui se destinaient à la vie sacerdotale ; il les instruisait, les préparait à l'accomplissement de leur tâche, présidait à l'instruction chrétienne, s'employait à maintenir Ja foi et à transmettre le dogme dans sa pureté. Avant l'institution du monachisme, toute l’activité religieuse d'une région se concentrait autour de lui #. Ces groupements étaient à la fois des catéchismes et des séminaires. Auprès de l'évêque, le chrétien se préparait à l'accomplissement de ses devoirs religieux et à la profession sacerdotale ;: auprès d'un saint Hilaire, il lisait l'Écriture et se livrait à l'exégèse biblique “. Mais ici se pose une question. Tous les Gallo-Romains convertis n'avaient pas étudié dans les écoles d’arts libéraux ; beaucoup même n'avaient pas fréquenté les écoles élémentaires où l'on apprenait seulement à lire et à écrire. Ceux-là reçurent sans doute auprès de l'évêque cette instruction

1. C'est ce que fait Claude Joly dans son Traité historique des écoles épiscopales el ecclésiastiques, 1678, p. 106. Cet ouvrage, souvent cité, a élé écril pour appuyer le droit de juridiction du chantre de Notre-Dame sur les écoles de Paris. Le choix et l'interprétation des textes y sont trop souvent subordonnés aux intérêts de la polémique.

3. On a abusé du mot école, L'Histoire littéraire arrive à dire : « Les églises où les fidèles s'assemblaient étaient, à proprement parler, des écoles pour eux » ([, p. 233). En prenant le mot dans une aussi large acception, il est impossible de s'entendre.

+. Les évêques devaient posséder des bibliothèques : en 371, saint Jérôme avait copié à Trèves les commentaires de saint Hilaire de Poitiers pour les Psaumes (Hist, litt., 1, 2 partie, p. 12).

rudimentaire, que saint Victor avait reçue auprès de saint Martin! Et ainsi se forma le germe des futures écoles épiscopales ou presbytérales qui reçurent leur plein développement, quand, en dehors d'elle, il n'y eut plus aucun foyer d'instruction, et qu'on prit l'habitude de consacrer à Dieu de tout jeunes enfants. Mais rien ne prouve que, dès la fin du 1v° siècle, ou dès le début du v°, on ait poussé, plus loin que les éléments indispensables, l'éducation donnée aux illettrés, et qu'ils aient reçu, auprès de l'évêque, l'enseignement des arts libéraux. En l'absence de preuves positives, l'hypothèse d'écoles chrétiennes, où l'on étudiât alors les lettres profanes, est contredite par plusieurs faits : d’abord la constance des empereurs à coriserver à cet enseignement le caractère d'une institution d'État. Nous avons assez longuement développé cette question pour n'y point revenir. Elle est contredite aussi par les craintes du monachisme et par les efforts mêmes de saint Augustin pour adapter l'éducation romaine aux besoins du christianisme. Le monachisme se développe en Gaule à la fin du 1v° et au début du v° siècle; saint Auguslin compose le De doctrina christiana entre 397 et 426. Comment s'expliquer et ces craintes ekcet effort, si les fidèles avaient pu, dès ce moment, recevoir l'instruction libérale dans des écoles chrétiennes ?

On ne peut donc supposer que les bonnes dispositions de saint Hilaire à l'égard des lettres profanes aient eu des conséquences immédiates, pour l'éducation des chrétiens. Elles n'ont pu davantage influer sur l'avenir. Il s écoulera un long temps avant quon entende un membre du clergé proclamer son admiration pour la forme littéraire et présenter à Dieu l'offrande de la beauté oratoire. À cette époque, l'Église n'utilise pas l'instruction romaine, mais elle utilise les Romains instruits. Le haut clergé se recrute en partie parmi les membres de l'aristocratie qui avaient fréquenté les écoles publiques; celles-ci fournissent des orateurs et des dialecticiens en état d'exposer et de défendre les doctrines. Les prêtres et les évêques, qui alors connaissent les lettres, les ont apprises dans les écoles impériales *. C'est là d'ailleurs ce qui permit aux moines de mépriser les lettres. Tant qu'il s’en trouva, parmi eux, un grand nombre qui avaient étudié dans les écoles civiles, leur dédain ne présentait pas d'inconvénients immédiats. Les effets de l'instruction

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