Carm. prol., p
9, Cf. index de Peiper, p. 4302.
10. La lecture des poètes chrétiens est mentionnée dans Saint Avit (Carm. VI. De vconsolatione laude caslitatis, ad Fuscinam sororerm deo virginem sacralam,
ment des arts libéraux ait été organisé par l'Église de Gaule au v° siècle. | |
D'une part, l'aristocratie, qui longtemps vécut dans l'illusion de la vie romaine, fournit au clergé les hommes instruits dont 1] avait besoin. Les Sidoine Apollinaire, les A vit, les Eucher de Lyon!, etc. n'ont pas été instruits dans des écoles purement chrétiennes. D'autre part, le niveau des connaissances s'abaissant et le nombre des païens cultivés diminuant, la nécessité de trouver une arme dans l'instruction apparaît avec un caractère moins impératif. Des évêques jouent un rôle, qui ont reçu une instruction rudimentaire. Enfin les attaques du monachisme avaient réussi à Jeter sur la culture classique un redoutable discrédit. À la faveur de l'ignorance grandissante, la supériorité des qualités morales sur l'instruction ? devenait de jour en jour moins contestable.
Les lettres dans l'Église de Gaule au VIe siècle.
Nous franchissons une nouvelle étape et nous parvenons au vi siècle. Cette fois la succession est ouverte : les écoles des maitres particuliers, l’enseignement individuel, vnt à peu près partout subi le sort des écoles publiques. Aperçoit-on qu'à ce moment l'Eglise ait recueilli, en Gaule, l'étude des lettres classiques ? Nous avons déjà répondu à cette question d’une manière indirecte. Au cours du précédent chapitre, nous avons relevé les plaintes de Grégoire de Tours sur l'ignorance de ses cuntemporains. Nous avons constaté qu’elles étaient justifiées, et qu'au vi° siècle, on ne rencontrait qu'exceptionnellement, en Gaule, la culture classique. En outre, nous avons cité l'exemple même de Grégoire de Tours. Pourles raisons que nousavons dites, il a paru préférable de ne pas séparer l’évêque de Tours de l'aristocratie de son temps. Nous avons vu que Grégoire, issu d'une famille noble, n'avait pas les connaissances qu'un homme de son rang aurait autrefois possédées,.
{. Cf. Loup de Troyes (+ après 479).
2. Vita Romani, 1 (doit ètre datée avec vraisemblance de la fin du vi* siècle; cf. Molinier, no 312). — Krusch, Script. rer. Merov., IE, p. 132: « Nam cum esset non quidem adprime litteris institutus, sed quod est pracslantius, sincerilalis dote el caritalis civitate precipuus, »
156 LES LETTRES DANS L'ÉGLISE DE GAULE DU 1V° AU VIl® SIÈCLE
Nous ne reviendrons pas sur un sujet suffisamment traité; mais nous constaterons maintenant que l’éducation de Grégoire peut être invoquée contre l'hypothèse d'un enseignement des arts libéraux institué auprès des évêques du vi° siècle. Du moins, Grégoire, élevé par les évêques de Clermont, Gallus et Avitus ne les étudiat-il pas. À ce témoignage, à cet exemple, nous allons joindre les indications fournies par les documents d’un caractère exclusivement ecclésiastique, comme la correspondance des papes, les prescriptions des conciles, les règles monastiques, les textes relatifs aux écoles monastiques ou épiscopales, les vies des saints.
Au cours de cette période, nous ne voyons le pape intervenir qu'une fois pour indiquer à un évêque de Gaule comment il doit user des lettres séculières. Grégoire le Grand (+ en 604) écrit à Didier de Vienne pour lui reprocher d'accorder à la grammaire une importance exagérée !. Cette lettre a fort embarrassé les écrivains qui veulent absolument que l'Église ait, de suite, recueilli l'héritage des lettres antiques, et ils ont essayé d'en atténuer la portée. Saint Grégoire, ont-ils dit, reprochait à Didier non pas d'étudier la grammaire ou de l’enseigner, mais de remplacer, pour le peuple, la lecture de l'Évangile par la grammaire, et de lire, dans l'Église, les légendes mythologiques pour en tirer un commentaire moral ?. Mais Grégoire s'est exprimé en termes assez clairs pour qu'il ny ait aucun “dont sur sa pensée : 1] a appris, écrit-il, avec peine que Didier exposait la grammaire à quelques-uns; il est attristé de savoir qu’une même bouche chante Jupiter et le Christ; 1l espère encore qu on lui a fait un faux rapport et que Didier se disculpera d'étudier les sottises et les lettres séculières. Didier se justifia sans doute, et nous ne possédons pas sa réponse qui eût été fort instructive ; mais la lettre de Grégoire n’a pas besoin d'être éclairée par un autre document. Elle contient, en termes précis, l'interdiction pour un évêque d'exposer la grammaire, de lire et de faire lire les auteurs profanes. Peu importent les raisons qui ont éloigné le grand pape des études qu'il avait faites dans son enfance. A-t-il redouté pour la Gaule le relour du paganisme, a-t-il cru voir dans les lettres gréco-latines un soutien de l’arianisme, a-t-il craint les