‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 154 sur 404 · Id.,3 : « moribus honestis alitus et institutus est · texte numérisé non relu

Id.,3 : « moribus honestis alitus et institutus est

8. Grégoire de Tours, Vitae Patrum, 9, 1. Patrocle « scolas puerorum..…. expetivit, traditisque elementis ac deinceps quae studio puerili necessaria erant, ita celeriter, memoria opitulante, inbutus est... »

(+ 581)!; saint Yrieix (Aredius), abbé de Saint Yrieix (+ 591)?,

sur l'éducation duquel nous avons déjà exprimé nos hésitations ; saint Guénébaud (Winebaudus), abbé de Saint-Loup à Troyes (+ vers 620) *. Nous croyons qu on peut y Joindre le nom de saint Béthaire (Betharius), évêque de Chartres (Ÿ vers 623) *. Originaire d'Italie, il professa à Chartres, dirigea ensuite l'Ecole Palatine, qu il quitta pour revenir à Chartres et y occuper le siège épiscopal”. Pour lui prêter la connaissance des lettres classiques, on s'est appuyé sur l'enseignement qu'il avait pu recevoir en Italie et sur celui qu'il donna à l'École Palatine 5. Or, d’une part, un clerc, né en Italie vers 990, avait bièn des chances de n'avoir pas étudié les lettres humaines, d'autre part, comme nousl'avons indiqué, saint Béthaire, à l'École Palatine, présida sans doute à l'instruction religieuse. Nous n'osons donc le placer à côté de saint Didier de Vienne. Comme il avait grandi en Italie, son exemple, en tout cas, ne prouverait rien pour l'éducation donnée aux jeunes clercs en France.

Sur une troisième liste sont inscrits les saints du vi* siècle qui avaient cherché dans l'étude la connaissance des lettres sacrées et de la vie régulière. Ce sont : Saint Ernié (Erneus), abbé dans le Maine (vi* siècle) 7; saint Rigomer, prêtre au diocèse du Mans

1. Vie contemporaine d’après Mabillon. Cf. Duchesne, Bull, Crit., 1897, p. +471. À sept ans, le saint (2, Mab., Ac{a SS., I, p. 267) : « in urbe praefata (Périgueux) litteris traditur edocendus. »

2. Vie du vu: siècle, # (Krusch, Script. rer. Merov., {f, p. 582-583) : « Traditur litteris erudiendus, in tantum divina gratia inlustratus, ut multi mirarent ejus eloquentiam in‘verbis, cujussermodulcis ore mellifluoflagrabat cunctis.. » ; 10, p. 586 : « Nunquam otio indulsit quo non aut lectionti vacaret aut opus Christi perficcret, aut certe manibus opus aliquod ageret, aul denique sacros codices scriberet, » :

3. Vie du vire siècle (?), { (Acta SS., avril, [, p. 573). Ses parents « filium ad erudiendum litteris destinarunt qui eliam cum summa celcritate sapientiam quae donum Dei est adipiscitur.….

+. Vie datée du vi ou du vu’ siècle par les Bollandistes, reportée au rx° par Molinier {n° #08) et Krusch, Script. rer. Mer., HT, p. 612, Id,, 2, p. 614 : « Litleris enim decentissime erat eruditus, urbanitate decorabili ornate sublimatus tantoque honore institutus doctor divinarum litterarum, ut magister totius Carnotinae esset civitalis ».

3%, Clerval, Les écoles de Chartres, p. 9.

6. Id. et Pitra, Histoire de saint Léger, p. 24. Ozanam, La civilisation chrélienne chez les Francs, p. 5#3.

1. « Vie peu détaillée et postérieure. » Molinier, n° 269, 1 (Acta SS., août, IE, p. #26) : « Abinfantia sacrislileris eruditus ac regularibus disciplinis pleniter imbutus, moribus temperatus, sacris orationibus ac lectionibus assidue dedi- Eus, »

(milieu du vi° siècle)! ; saint Mélaine (Melanius), évêque de Rennes (T entre 520 et 549)? ; saint Eptade, prêtre au diocèse d Autun (vie siècle); saint Nizier (Nicetius) de Lyon (+ 573)4 ; saint Marcouf (Marculfus), abbé de Nanteuil (diocèse de Coutances) (+ vers le milieu du vi* siècle)° ; saint Seine (Sequanus), abbé en Bour-

gogne (+ vers 580)5; saint Oustrille (Austregesilus), évêque de Bourges (+ 624)7. | |

Nous avons terminé cette enquête. Elle est loin d'être complète; nous espérons pourtant n'avoir omis aucun texte quien contredise les résultats. Ilen ressort qu’au vi® siècle, en Gaule, l'instruction religieuse, s'appuyant sur les connaissances élémentaires, a suffi à la

1. Molinier, n° 270. Vita, #, Acta SS., août, IV, p. 87 : « Qui ab infantia sacris literis eruditus est a quodam religioso presbyÿtero Launillo de Arverno. »

2. Nous ne citons cette vie que sous réserve. Du Chesne la croyait composée avant 530, l'Histoire littéraire (III, p. 323) peu avant 580. Krusch semble avoir démontré qu'elle datait du 1x° siècle(Scripl. rer. Merov., HI, p. 368). Cf. Molinier, n° 274. Vila, 2(Krusch, id., p. 372) : « Sacris litteris et divinis erudiebatur disciplinis. »

3. Hist. litt., YIT, p. 182. 1] vécut, dit l'Histoire littéraire, jusqu'aux dernières années de saint Sigismond. Celui-ci mourut en 523. Sa vie daterait du vin ou du 1x° siècle d'après Krusch, de l'époque mérovingienne d'après l'Histoire littéraire (id.), et Duchesne (Bull. Cril., 1897, p.435). Cf. Molinier, n° 322. Vila, 2 (Krusch, Script. rer. Merov., TT, p.187) : « Cum esset ergo annorum duodecim, nescientes parentes ejus, ad disciplina fugit scolare, ibique se ipse magistro infanciam acetatis suae tradidit sacris litteris edocandam. Ex quo facto pauca quidem tempora, quae scolares sibi non tantum quoaequavit, verum etiam omni scientiam litterarum cunctos longe precellens superavit, illustrabat eum divina sapientia, et prudentia spiritali gratia decorabat. »

4. Grégoire de Tours, Vifae Patrum, 8, 1 : « Nutritum.…. litteris ceclesiasticis... »; 2: « [llud omnino studebat ut omnes pueros... litteris docerel ac psalmis imbueret, »

5. [l n'y a rien dans la première vie composée, dit l'Histoire liltéraire, II, p. 550, avant 640. L'Histoire littéraire remarque (id.) que « l'auteur avait lu les anciens poètes, ce qui n'avait pas affaibli sa piété ». Une seconde vie meilleure d'après Duchesne (1, Mab., Acta SS., 1, p.129) dit que le saint : « omnibus adeo divinis instructus est htteris ut nulli suorum sodalium reperiretur secundus. » Cf. Molinier, n° 279.

6. Il avail été instruit au monastère de saint Jean de Réomé (ist. Litt., HT, p. 367). Sa vie, que Mabillon croit contemporaine, dit qu'il ÿy avait étudié les Pères, 6 (Mabillon, Acta SS., I, p. 26#): « Per dies — Archimandritam quaerebat qui eum vitam monasterii docebat et sanctissimorum Patrum collationibus erudiret et institutionibus...; 7, Postquam se vidit omnium Divinarum scripturarum dogmatibus institutum et monaslerii laudabili diligentia eruditum..…. »

7. Vie ancienne (1, Mabillon, Acta SS., I, p. 95) : « Cumque in pueritia sacris litteris fuisset institutus. »

LÉ

presque totalité des hommes qui ont tenu un rang dans l'Église. Ceux mêmes qui ont gardé quelque souvenir des anciennes méthodes n'en ont retenu qu'une faible partie. Trop souvent ce minimum n’est pas atteint. Grégoire de Tours cite des évêques dont l'ignorance était extraordinaire. L'activité intellectuelle, le goût des lettres classiques, que nous avons en vain cherchés dans la société civile, ne se rencontrent pas davantage dans la société religieuse. L'Église [n’a pas encore réagi contre l'ignorance. L’Italien Fortunat demeure une exception.

Il est, croyons-nous, possible de s’expliquer pourquoi l'enseignement ne fut pas repris dans les monastères et dans les demeures épiscopales. Les hommes qui présidaient aux destinées de l'Eglise connaissaient les Pères, et ils n’ignoraient pas qu'ils avaient admis les lettres dans l'instruction chrétienne. S'ils ne les ont pas suivis, alors que la disparition du régime impérial et des écoles civiles leur en laissaient toute liberté, c’est, tout d'abord, que la disparition même de ces écoles et l'abaissement intellectuel qui s’ensuivit rendaient moins impérative pour l’Église la nécessité d’une forte culture; l'instruction du clergé subit ainsi le contre-coup de l'ignorance des laïques. Le danger des auteurs profanes n'était plus dominé par leur utilité. Les intransigeants avaient pu se résigner à proscrire leurs écrits, alors même qu'il était nécessaire de les connaître, tant ils leur paraissaient propres à « infecter les âmes les plus innocentes { ». Combien ces susceptibilités se comprennent, dans le désordre des mœurs qui poussait au cloître les âmes pieuses, comme les y amenaient, au iv° siècle, les croyances et la frivolité de la société païenne. Mais, depuis que les Pères avaient écrit, une autre condition encore avait changé. S'ils avaient admis les lettres dans l'enseignement chrétien, ils avaient insisté pour que l'étude de la grammaire fût limitée à l’enfance et précédât celle de la religion. La lecture des textes profanes leur avait paru acceptable, à la condition de n'être pas mêlée, dans les années d’enfance ou de jeunesse, à celle des livres saints. Cette recommandation était sans conséquence, tant que le plus grand nombre des chrétiens venaient à l'Eglise et occupaient des charges ecclésiastiques, après avoir fréquenté les écoles romaines ou appris les lettres chez des maîtres particuliers. Il en fut autrement, quand les enfants, desti-

1. C'est ainsi que s'exprimera, au xvii® siècle, l'abbé de Rancé (op. cit.,

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nés à la vie ecclésiastique furent consacrés dans leurs Jeunes années. Au temps de Grégoire de Tours, ils sont remis, entre 6 et 10 ans, aux mains d’un homme renommé pour sa piété qui les dirigera vers la vie religieuse, séculière ou régulière !. Etait-il facile, était-il possible que les éléments sacrés et profanes fussent séparés dans leur instruction, et qu'on retardât, jusqu'au moment où ils seraient instruits des lettres profanes, la lecture des livres saints ? Ou fallait-il se résigner à laisser lire les poètes paiïens à des enfants qui, dès leurs premières années, étaient pénétrés des vérités religieuses? Devant cette difficulté, le maître pouvait se réclamer des Pères pour ne pas enseigner les arts libéraux. Ennode lui-même détourna une parente, qui destinait son fils à l’état religieux, de lui faire mener de front les études profanes et les études sacrées ?.

Rien ne défendit plus les lettres contre le progrès de l'esprit monastique qui, même au 1v° siècle, avait exprimé ses soupçons, mais sans pouvoir les imposer. On ne vit plus que les dangers d'une éducation qui ravivait le souvenir de l'antiquité et de la vie païenne, et qui, en recommandant le souci de la forme, devenu suspect, donnait accès au péché et compromettait le salut éternel. Il sembla que la foi pouvait s accommoder d'une instruction rudimentaire, et que le clergé n'avait besoin que de savoir lire et écrire, et de connaître un peu le chant. Quant à la lecture sacrée, elle était forcément atteinte par l'abandon des lettres. Pour comprendre l’Écriture, on se contenta de lire et de reproduire les Pères; beaucoup, sans doute, ou bien se résignèrent à ne pas tout saisir #, ou bien se bornèrent à apprendre et à réciter les Psaumes.

Voilà ce qui, à notre avis. ressort de l'examen des textes. Il est un fait auquel cette conclusion ne résisterait pas, ce serait la possession de manuscrits d'auteurs classiques, copiés dans des monastères de Gaule au vi siècle. Nous n'en connaissons pas un seul qu'on puisse rapporter à cette époque. Les copistes, dont l'existence, nous est signalée dans les monastères, ne reproduisent que des

textes religieux *.

1. Cf. Regula Caesarii (M. 67, col. 1108); Vita Patr. Jur., NM, # (Krusch, Script. rer. Merov., [IT, p. 155), etc....

2, Epist. IX, p. 9.

3. L'abbé de Rancé (op. cit., p. 2##)estime qu'un moine doit se contenter de comprendre, dans l’Écriture, ce qui est clair.

4. Par exemple, Vila Aredii, 10, codices sacros (id., p. 586).

Les Pères avaient écrit pour leur temps, non pour l'époque où les écoles religieuses se trouvaient avoir la charge de l'instruction intégrale. Pour concilier les exigences issues d'une situation nouvelle avec les intérêts de la foi, 1l fallut un nouvel effort, Ce n'est pas en Gaule qu'il fut tenté tout d’abord. Après avoir fourni tant de rhéteurs et de grammairiens, la Gaule finit par ignorer les lettres, et il fallut l'impulsion de moines étrangers pour qu'elle se reprit à les aimer. Nous allons étudier comment, et avec quelle fortune, l'œuvre d'adaptation des études classiques à l'éducation chrétienne fut tentée, à la fois, en Italie et dans les iles de Bretagne et d'Irlande.

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