‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 156 sur 404 · LA RÈGLE DE SAINT BENOÏÎT · texte numérisé non relu

LA RÈGLE DE SAINT BENOÏÎT

(493-526) ! et par Athalaric (526-534) ? rendirent aux écoles une partie de leuréclat. Vers 533, Athalaric, par la voix de Cassiodore, se plaignant que le traitement des professeurs eût été diminué ou fût payé irrégulièrement, célébrait l'utilité de la grammaire, et rappelait au Sénat que le grammairien et le rhéteur assuraient les bonnes mœurs et fournissaient des hommes éloquents au palais à. A ce moment nous retrouvons unies les conditions qui avaient autrefoisamené la prospérité des écoles : l'appui du pouvoir, la paix, les honneurs. La génération, qui compte Ennode, Boèce et Cassiodore ‘, profita de cette situation particulièrement favorable. Les traités de grammaire se multiplient‘. Les écoles publiquesé comptent de nombreux élèves, Deuterius enseigne la grammaire et la rhétorique à Milan ?, Félix « orator urbis Romae » revise le texte d'Horace avec Mavortius et celui de Martianus Capella avec son élève Deuterius. Ainsi, tandis que, pendant la première moitié du vi’ siècle, en Gaule, les lettres classiques périclitaient, en Italie la décadence était, pour un temps, arrêtée. |

Le nom le plus illustre que nous rencontrions dans l'Eglise

1. On en trouve les preuves dans les rescrits rédigés par Cassiodore pour Théodoric el Athalaric : Variarum, 1, 39, sur l'éducation de deux jeunes gens, reproduit presque dans les mêmes termes, IV, 6; 1, 45, Boethio; Il, 3; 11, 15, Venantio; II, 16, Senatui ; V, 4, id. {contient une citation de Virgile). Théodoric s’intéressait à lascience. Cf. lettre d'Athalaric à un sénateur, Cass., Var., IX, 24. |

2. Id., VIII, 12, Aratori; VIN, 31, Severo « maxime litteris eruditus » : « pueri liberalium scholarum conventum quaerunt et mox foro potuerint esse digni, statim incipiunt agresti habitationenesciri. »

3. IX, 21 : « Prima enim grammaticorum schola est fundamentum pulcherrimum Jitterarum, mater gloriosa facundiae, quae cogitare novit ad laudem, loqui sine vitio. Haec in cursu orationis sic errorem cognoscit absonum, quenadmodum boni mores crimen detestantur externum.... Grammatica magistra verborum, ornatrix humani generis. » Il faut soutenir les hommes « per quos et honesti mores proveniunt et palatio nostro facunda nutriuntur ingenia. »

4. Ennode naît en 473 ou 47#, Boèce vers #80, Cassiodore vers #77, Arator leur est postérieur.

5. Ceux de Cledonius, de Pompée, de Phocas dans la seconde moitié du ve siècle (Teuffel, $ 472), ceux de Priscien, d'Eutychès, d'Audax au siècle suivant (Teuffel, S 481-2). Ces traités, qui n'ont pas lous été écrils en Italie, v furent utilisés.

6. Ce caractère est établi par les textes cités plus baut, et par Cassiodore, Institut., 1, praef. (M. 50, col. 1105). Cassiodore voulait opposer des maitres publics d'instruction chrétienne aux maitres publics de lettres profanes.

#. Voir plus haut page 99.

romaine, au début du vi* siècle, est celui de saint Benoît‘. Faut-il croire qu'entrainé dans cet essai de renaissance, le grand législateur du monachisme occidental ait compris l'éducation des religieux comme saint Augustin, qu'il ait institué, dès le début, dans ses monastères de Subiaco et du Mont-Cassin, un enseignement des arts libéraux”? C’est là, on le sait, une question très controversée.

Grégoire le Grand a consacré à saint Benoît le second livre de ses Dialogues, et c'est le seul document sérieux que nous possédions sur sa vie. Grégoire a recueilli les souvenirs de ses disciples immédiats. On n’y relève aucune allusion aux études que le fondateur du Mont-Cassin aurait imposées aux moines réunis sous son autorité; par contre, Grégoire mentionneles propres études de saint Benoît, et 1l raconte que, voyant avec anxiété les tristes effets que l'usage des lettres avait sur beaucoup de ses camarades, il y avait renoncé et s'était retiré dans le désert, scienter nescius et sapienter indoctus?. Ainsi, d’après son biographe, saint Benoit aurait été sagement ignorant; il semble bien difficile de comprendre autrement le passage des Dialoques. Nous ignorons, il est vrai, à quel âge saint Benoît s'enfuit de Rome, si c'était à quatorze ou à vingt ans ?; par suite, nous ne pouvons affirmer qu'il n’eût pas acquis auparavant un ensemble de connaissances suffisant pour constituer une sérieuse éducation libérale #. Il nous semble pourtant hasardeux de tirer des mots despectis litlerarum studits, l'assurance que saint Benoît avait appris le droit et la philosophie ÿ, En tout cas, qu'il ait abandonné les arts libéraux, avant

1. On admet généralement que saint Benoît naquit vers 480 et mourut vers 543. Sur l'incertitude de ces dates, voir Grützmacher, Die Bedeutung Benedikts von Nursia und seiner Regel in der Geschichte des Münchtums, p. +.

2. Dial., IT, praef. (M. 66, col. 426): « Qui... Romae liberalibus litterarum studiis traditus fucrat. Sed cum in eis multos ire per abrupta vitiorum cerneret, eum quem quasi in ingressu mundi posuerat, retraxit pedem; ne si quid de scientia ejus attingeret, ipse quoque postmodum in immanc praecipitium lotus irel. Despectis itaque litterarum studiis, relicta domo rebusque patris, soli Deo placere desiderans, sanctae conversationis habitum quaesivit. Recessit igitur scienter nescius et sapienter indoctus. » Cf. id., I, 4 (éd., col. 128), « jam relictis litterarum studiis... »

3. Cf. Tosti, Saint Benoît, son action reliyieuse el sociale (trad. franç.), p. #1:

4. Le latin de la règle ne nous donne aucun indice. Elle est rédigée dans le latin ecclésiastique admettant un assez grand nombre d'hellénismes. Cf. Wôlfflin, Die Latinität des Benedikts von Nursia (Archiv f. lat. Lex. und Gramm., 1X, 1896, p. 493:.

5, Pour arriver à cette hypothèse, Tosti {id., p. 43) invoque le sens de « litterae » dans un passage de Cicéron (Tusc., 36).

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