‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 157 sur 404 · LA RÈGLE DE SAINT BENOÎT · texte numérisé non relu

LA RÈGLE DE SAINT BENOÎT

de les avoir complètement étudiés ou après, il reste un fait, c'est qu'il les redoutait. Le texte ne dit pas, comme le voudrait Tosti, que saint Benoît a renoncé à « la science empoisonnée des vices dans lesquels se vautraient ses condisciples! », mais qu'il a craint d'être entraîné lui aussi dans le précipice, une fois parvenu à la science. Ce qui en ressort, c’est donc que les lettres inspiraient à saint Benoît la même méfiance qu'à certains moines du 1v° siècle.

À défaut d'argument issu de sa biographie, on a voulu trouver, dans la règle de saint Benoit, la preuve qu'il avait adapté les lettres à l'éducation chrétienne. Du chapitre #8, qui prescrit la lecture divine ?, on a fait dériver l'obligation, pour les solitaires, d'étudier les arts libéraux ; et ainsi, le nom de saint Benoit s'est trouvé inscrit au premier rang de ceux qui contribuèrent au salut des lettres. Les commentateurs ont, croyÿyons-nous, interprété la pensée de saint Benoit, d'après les vues et les besoins de leur temps. Les arguments de Mabillon ?, de Martène # montrent, soit comment on avait conçu le rôle des religieux aux premiers siècles, soit comment ils le concevaient eux-mêmes, et quelle était, pour eux, l'importance des études ; ils ne prouvent pas que saint Benoît lui-même ait entendu prescrire l'étude des lettres à ses disciples. Des motifs énumérés par Martène ?, il n'en est pas un seul qui ait une valeur absolue. Nous avons dit, plus haut, à propos des règles observées dans les monastères francs, que ni la lecture divine, mi la prédication ne supposaient de sérieuses connaissances chez ceux quis’y livraient au vi siècle. On pourrait objecter que, le niveau de la culture étant alors plus élevé en Îtalie, la méditation de l'Écriture devait être plus approfondie, la langue des homélies moins simple et moins rustique. Or, d'une part, nous n’apercevons pas que la fondation du Mont-Cassin ait coincidé avec un développement de l’exégèse ; de l'autre, quand saint Benoît prêche lui-même ou envoie des moines prêcher", c'est pour exposer à de pauvres

{. Id,, p. 40. Tosti s'appuie ici sur l'interprétation de saint Thomas, Opusc., 15, 22.

2, Éd. Wülffin, p. #8.

3. Traité des éludes monastiques, 1, p. 55, 90, 178. — ÆAéflexions sur la réponse au Trailé des éludes monastiques, p. #8.

#4. Commentarius in Reyulam S. P. Benedicti, 1690, p. 619.

5. Martène, op. cil., p. 627. Cf. Traité des études monasliques, {, p. 13, 93; Réflexions, p.195.

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