‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 171 sur 404 · M. 70, col. 1239. Keil, Gramm. lat.,t. VII, p · texte numérisé non relu

M. 70, col. 1239. Keil, Gramm. lat.,t. VII, p

3. Cassiodore (Keïl, p. 209) dit qu'il a compilé douze auteurs; en réalité, il a extrait douze passages de huit auteurs. Cf. Teuffel-Schwabe 5, $ 483, 10. Caecilius (K. p. 206) doit être identifié avec Caesellius (K. p. 202). Cf. Keïl, Gramm. lat., VII, p. 139; Teuffel-Schwabe ÿ, $ 343, 4.

&. Voir p. 71, note,

5. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces ouvrages, quand nous rechercherons quel profit en ont tiré les organisateurs de l'enseignement monastique, Nous verrons alors que, dans son commentaire des Psaumes, Cassiodore eut l'occasion de compléter ce qu'il avait dit dans son traité des arts libéraux.

Dans ce second livre des Znstitutiones, les matières sont traitées comme elles l’auraient été dans les écoles civiles. En deux endroits seulement, on se souvient à qui Cassiodore destinait ce sommaire. Rappelant l'importance qu'offrent pour l'orateur, la mémoire, le débit, la voix, il avertit les moines qu'ils ne doivent pas les négliger, bien qu'ils en fassent un usage différent. Un peu plus loin, Cassiodore complète dans le sens chrétien la définition de la philosophie®. Après l'avoir définie : « la connaissance des choses divines et humaines autant qu'elle est possible à l'homme, ou encore l'art des arts et la discipline des disciplines », il ajoute : « Ou encore la philosophie est la méditation de la mort, la philosophie, c'est se rapprocher de Dieu autant qu'il est humainement possible. » En dehors de ces deux passages, dont il est inutile de souligner l'importance, quelques citations de l'Ecriture avertissent seules que ce résumé est destiné à l'éducation des religieux.

Ayant eu le soin d'indiquer, dans la première partie, que la science séculière n'est utile que dans la mesure où elle aide à comprendre l'Écriture, Cassiodore ne se croit pas tenu de faire à chaque pas les mêmes réserves, nid'écarter les vers de Virgile etles passages de Cicéron qui se présentent àsa mémoire, pour appuyer une règle ou éclairerune définition. Gardons-nousd’en tirer des conséquences qui nous tromperaient sur ses intentions. Les lettres n'étaient pas sauvées, parce qu'à propos de grammaire et de rhétorique, Cassiodore citait des auteurs profanes. La lecture des quelques phrases qui leur sont empruntées et que les moines rencontraient occasionnellement dans un traité technique, sous forme d'exemples, ne remplaçait pas celle des textes. Cassiodore conseille de lire l’Ars de Donat ou les

4. II, chap. 3 (col. 1167). Halm., Æhet., p. 500 : « Memoriam siquidem lectionis divinae recognita cautela servabit,.….. : artem vero pronuntiationis in divinae legis effatione concipiet, vocis autem diligentiam in psalmodiae decantatione custodiet. Sic instructus in opere sancto redditur, quamvis aliquantulum libris saecularibus occupetur. »

2. Id. (id., col. 1167) : « driÂosogix Guotmats (Da xata T0 Ouvarov avhewruw. Philosophia est divinarum humanarumaque rerum, in quantum homini possibile est, probabilis scientia : aliter, philosophia est ars artium et disciplina disciplinarum. Rursus, philosophia est meditatio mortis, quod magis convenit Christianis, qui saeculi ambitione calcata, conversatione disciplinabili, similitudine futurae patriae vivunt, sicut dicit Apostolus... Philosophia est assimilari Deo secundum quod possibile est homini. » Sur les sources philosophiques de Cassiodore, voir Mariétan, op. cit., p. 80... ; Baur, op. cil., p. 184,196. Dans Cassiodore, la dialectique comprend ce qu'il étudic de la philosophie.

Topiques de Cicéron ; nulle part il ne recommande explicitement de lire Virgile. À la différence des maîtres irlandais et des anglosaxons qui se serviront de lui, il ne prescrit pas l'étude de la quantité et de la versification !. Il importe de le noter, à cause du rôle conservateur du vers latin dans l’histoire des lettres antiques. Nulle part il ne manque à son programme, qui est de mettre les arts libéraux au service exclusif de la lecture sacrée. Il serait donc inexact de voiren Cassiodore le sauveur réfléchi de la culture antique et de ses formes d'art. Ce qu'on peut dire, c'est qu'avecle plan qu'il avait tracé, et avec les moyens d'étude dont les moines de son abbaye disposaient, il y avait des chances pour que les intentions de Cassiodore fussent dépassées. Avec une largeur dont les lettres lui sont reconnaissantes, mais qui, étant donné son but, n'allait pas sans quelque imprudence, Cassiodore incitait ses élèves à pousser très loin leurs études, Fréquemment, après avoir résumé une partie de la no de la rhétorique, 1l suppose que certains d'entre eux voudront en savoir davantage, et il leur indique un texte plus complet où ils pourront satisfaire leur désir. [l abaissait ainsi Les barrières devant leur curiosité. Cette tendance quon ne remarque pas chez Cassiodore, quand on n'a lu que lui, devient frappante, quand on se souvient avec quel soin et quelle insistance d’autres auteurs sacrés combattent la curiosité humaine, Cassiodore dut être plus d’une fois entendu. Vraisemblablement le monastère n'abritait pas que les simples dont il parle ou les ignorants auxquels il destine le De orthographia. Des religieux avaient dû apporter à Vivarium le goût, tout au moins le souvenir des auteurs profanes. Incités par leur exemple ou leurs regrets, entrainés par les études qui leur étaient recommandées, quelques-uns, au moins, durent pénétrer sur un domaine d’où l'on s'écartait, mais qui n'était pas positivement interdit. Car, notons-le, si Cassiodore ne recommande pas la lecture des poètes, il ne la proscrit pas non plus. On ne conçoit guère un homme ayant appris théoriquement les arts libéraux, ayant lu les traités techniques de Cicéron et de Boëce, ayant rencontré, dans les grammairiens, des vers de grands poètes, des phrases de grand orateurs, isolés sans doute, mais révélant une beauté que ses études l'ont mis en état de sentir, et s’abstenant de lire ces poètes et ces orateurs. Qu du

1. Il se contente de citer l'étude des picds dans l'énumération des parties de la grammaire empruntée à Donat {II, 1, M. 70, col. 1152 et 1153).

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moins, Car il faut tenir compte du zèle religieux, qui explique bien des sacrifices, on ne conçoit guère que, parmi des hommes instruits suivant cette discipline, il ne s'en trouve pas exceptionnellement quelques-uns qui soient incapables d'échapper à la séduction de la beauté.

C'est en grande partie pour cela que les lettres profanes ont été sauvées par l'éducation religieuse, et c'est aussi pour cela que les arts libéraux ont été souvent écartés.

Si à Vivarium, où l'ignorance était grande, — le De orthographia en fait foi, comme l'a justement remarqué Zimmer !, —l’humanisme était rare, un motif d'un ordre différent pouvait entraîner les moines à lire d’autres écrivains profanes que les auteurs de traités techniques, c'était la nécessité de connaître le sens des mots et des choses, et la pénurie d'ouvrages où l’on trouvât le matériel encyclopédique de l'antiquité. Il ne fallait pas compter sur l'usage courant pour y suppléer. On se rendra compte du rôle qu'ont eu, à ce point de vue, les auteurs profanes, en particulier les poètes, en voyant Isodore, qui les déteste et en interdit la lecture, leur faire de continuels emprunts.

Si l’enseignement dont Cassiodore a tracé le programme servit la cause des lettres, ce ne fut que par des conséquences accidentelles, pour ainsi dire, et dont il n’a qu'indirectement la responsabilité. Il n’en eût pas accepté d'autre. Au reproche d’avoir chargé les moines de « toutes sortes de lectures ? », que lui adresse l'abbé de la Trappe, Mabillon répondra que ces lectures avaient pour but unique l'intelligence de l'Ecriture %. Cassiodore eût pu d’avance alléguer la même excuse. Il avait repris la théorie des Pères de l'Église ; ayant grandi à une époque où les lettres avaient prospéré, et lui survivant, il avait pensé que la science sacrée exigeait une culture que l'étude des Pères ne suffisait pas à donner. Il était resté en lui quelque chose du lettré qui célébrait autrefois la valeur des arts libéraux. Malgré ses restrictions et ses lacunes, le plan d'étude, qu'il avait tracé, ne portait pas la trace de cette méfiance inquiète qu'inspire si souvent au monachisme la curiosité humaine. Il ne jeta pas l'anathème sur les auteurs païens et ne leur mesura pas mesquinement la place dans son enseignement. Après avoir indiqué la voie, il ne prit pas soin de retenir constamment ceux qui s’y enga-

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