col
11. I, p. 629. Voir, pour le titre, Mariana dans M. 83, col. 825, note, et Arevalo, M. 81, col. 461.
12. M. 83, col. 827 : « Venit nuper ad manus meas quaedam schedula quam
mais une lamentation. Il l'exhorte à réfléchir, non sur les avantages d'unelangue riche etabondante, mais sur la véritable cause des misères humaines. Braulion ne le considère pas autrement dans la liste qu'il a dressée des œuvres d'Isidore !. L'emploi continuel des expressions synonymes n'est qu'un procédé inspiré à la fois parle traité dont parle Isidore, et sans doute aussi par le parallélisme biblique. En dehors de son rôle édifiant, l'ouvrage d'Isidore ne pouvait guère produire qu'une impression de fatigue ; l'influence littéraire en eût été désastreuse.
Isidore de Séville, dont les ouvrages sont des compilations, — il ne se fait pas faute de le reconnaître ?, — puisait indifféremment dans les textes paiens et chrétiens. À vrai dire, il préférait ces derniers, comme il ressort de la préface du De natura rerum 3, mais il se résigne à emprunter aux paiens ce qu'il ne trouve pas ailleurs, et les souvenirs ou les citations de poètes et de prosateurs profanes abondent dans les ÆEtymologiae, dans les Differentiae et dans le traité De natura. Mais, et c'est là en quoi il est plus près de Grégoire le Grand, en quoi il accorde l'usage des classiques avec la répulsion qu'il affichait pour eux, il leur emprunte seulement des délinitions, des faits et des mots; nulle part, il ne témoigne quil ait été touché par la beauté de l'éloquence cicéronienne ou de la poésie classique. On ne sent pas chez lui, comme chez Cassiodore, une secrèle sympathie pour la culture antique; et l'on en vient à se demander si, en compilant les auteurs profanes, Isidore n'a pas voulu permettre aux chrétiens de ne pas les lire. Les connaissances que les moines de Vivarium devaient puiser, nous l'avons dit, dans la lecture des poètes et des prosateurs païens, on les trouvera désormais cataloguées dans le répertoire d’Isidore, et l’on pourra se montrer docile à ses conseils, écarter « les ouvrages des gentils », sans ignorer entièrement l'antiquité.
Synonyma dicunt; cujus formula persuasit animo quoddam lamentum mihi, vel miseris condere. Imitalus profecto non ejus operis eloquium, sed meum votum. »
4. M. 81, col. 16 : « Sÿnonymorum libros duos, quibus ad consolationem animae, et ad spem percipiendae verniae, intercedente rationis exhortatione, erexit. »
2, Etym., praef. (M. 82, col. 73); — Diff., praef. (M. 83, col. 9); — De nat. rer., praef. (M. 83, col. 963).
3. M. 83, col. 963 : « Quae omnia secundum quod a veteribus viris, ac maxime sicut in litteris catholicorum virorum scripta sunt, proferentes, brevi tabella notavimus. » Isidore semble indiquer qu'il neconsulte pas les auteurs chrétiens en général, mais ceux qui sont orthodoxes.
Est-ce à dire que Grégoire le Grand eût approuvé l'œuvre d'Isidore qui atténuait, dans des proportions sensibles, la tentative de Cassiodore ? Peut-être eût-il trouvé que l’archevêque de Séville donnait encore une trop large place aux paiens, et que. si la lecture des poètes était interdite, le retour constant de leurs noms semblait une recommandation dangereuse. À Îles voir aussi souvent cités, des moines pouvaient regretter de ne pas les connaître, et, de ce regret à l'envie de les lire et au danger d'être repris par la vie romaine, il n'y avait pas loin.
Quelque précaution qu'on prit, quelque réserve qu'on observât, du moment qu'en pays romain on usait des lettres antiques pour acquérir la science sacrée, on se heurtait à la crainte de favoriser, d'une façon plus ou moins détournée, le maintien des idées et des mœurs que le christianisme voulait combattre. Aussi, dans des régions détachées de la Romania ou qui n'en avaient Jamais fait partie, où, par suite, le paganisme gréco-latin des auteurs profanes ne représentait rien de concret, l'Église fut-elle beaucoup plus libre pour accepter l'usage des études classiques. Avant Isidore, peut-être même avant Cassiodore, les Bretons et les frlandais avaient adapté les lettres à l'enseignement chrétien, à l'enseignement monastique.