Loth, L'émigration bretonne, p
LES HYPOTHÈSES “ds À -.: 203
rlons pas osé aborder ce sujet, si, en lisant les ouvrages des celtisants, dont les recherches, pensions-nous, devaient rendre lés nôtres inutiles, nous ne nous étions aperçu que la connaissance de ces langues n'avait guère servi, jusqu à présent, à éclairer la question des écoles d'Irlande. À vraidire, cette constatation nous a d'abord étonné : nous croyions que l'étude des textes irlandais, et nous ne parlons pas uniquement ici des annales, aurait fourni quelques documents utiles sur ce sujet délicat. Notre étonnement a un peu diminué, quand nous avons vu combien peu de textes irlandais et bretons avaient été déchiffrés !. Nous nous sommes donc hasardé à traiter la question avec le seul secours des textes latins ; mais nous restons persuadé que les nombreux manuscrits irlandais et bretons, encore inédits, fourniront à nos successeurs bien des traits capables d'éclairer la question.
Les hypothèses.
Comment l'Irlande a-t-elle connu les lettres? Comment, à un moment donné, la culture classique s'est-elle réfugiée dans cette région écartée de l'Europe, qui n'avait jamais été incorporée dans la Romania? Pour résoudre le problème ainsi posé, et mal posé, puisqu'il séparait les écoles irlandaises des écoles bretonnes, les explications n'ont pas manqué. Les uns ont supposé que les maîtres du continent avaient fui devant les Barbares et s'étaient réfugiés en Irlande ?; d’autres, que les lettres avaient été apportées, soit de Gaule par saint Olcan à qui Patrice aurait donné une mission littératre %, soit de Rome par saint Ailbe et saint Abban ‘, soit
{. Cf. Dottin, Revue de synthèse historique, XI, 1901 p. 60,et VI, 1903, p.316.
2. Cf. un ms. de Leyde (M. L. V. F.70, p. 79) signalé par L. Müller (Veues Jahrb. f. Phil., 93, p. 389). Nous ignorons si M. d'Arbois de Jubainville a connu ce texte. Il a admis que les frlandais avaient dû la connaissance du grec à des maitres venus de Gaule au v* siècle (Rev. Cell., XXT, p. 339. Cf. id., XIX, p. 73).
3. Hauréau (Singularités historiques el littéraires, p. 2) d'après Colgan, Vita Olcani, 3 (Acta SS. Hib., 1, p. 375).
4. Mignet {Mémoires historiques, p. 12) d'après Usher. Britan. Eccles. Antiquilales (p. 412-13), qui appuie celle hypothèse sur les prétendus voyages à Rome de saint Ailbe (Vita, +. Acta SS. Iih. ex cod. Salm., col. 237) rejoint par cinquante de ses compatriotes {id., 1#, col. 242), de saint Abban ( Vita, 6, id.,
d'Alexandrie par des moines égyptiens !,oude Byzance par des moines, chassés lors dela querelle des iconoclastes ?. La mission d’Olcan, les voyages des saints Ailbe et Abban à Rome sont légendaires, la querelle des iconoclastes commençant en 754 n'a pu contribuer à l'établissement des lettres dans l'Irlande au vi* siècle Quant aux autres faits, il est possible qu'ils aient aidé les Irlandais à connaître les lettres; mais aucun ne constitue le motif primordial qui les a déterminés à adopter les arts libéraux. Ce motif, d'autres historiens l’ont cherché dans la situation géographique de l'Irlande et dans le développement de son Eglise.
La Borderie admet « l'identité du monachisme irlandais (ou scotique) du vi‘ siècle et du monachisme breton ? ». Dans cette communauté, il attribue un rôle prépondérant aux Bretons, et, pour lui, Finnian de Clonard est le disciple de Gildas. En tirant de cette théorie ses conséquences, c'est à l'influence de l'Église bretonne, spécialement du monachisme breton, que serait due l'introduction des lettres classiques en Irlande. Le fait se serait produit au vi* siècle.
Pour M. Zimmer, la culture classique a été introduite en Irlande avec le christianisme, vers la fin du 1v° siècle #. Comme l'Irlande a connu, à cette époque, le christianisme par la Bretagne 5, c'est
donc l'Église bretonne qui lui a transmis les lettres, non au vi siècle, mais au 1v°. « C’est, dit M. Zimmer, le seul moyen d'expliquer qu'au vi siècle, les Anglais et les Saxons studieux aient pu aller étudier le grec en [rlande 6. » M. Zimmer suppose, en effet,
col. 516). L. Müller (Rhein. Mus., XX 1865, p. 358) semble adopter cette tradition, maison ne peut l'affirmer, car il n'a pas précisé de quelle époque il parle exactement.
1. Schultze, Centralblatt f. Bibliothekswesen, IV, 1889, p. 196.
2, Karl Müller (Æirchengeschichte, 1, p.374), ap. Zimmer (Pelagius in Irland, p. 5, notel. — Nous laissons de côté l'hypothèse d'Alexandre Bertrand qui voyait dans le monachisme irlandais la continuation des communautés druidiques, et pensait que les moines irlandais avaient reçu des druides la connaissance du latin, du grec et de la calligraphie (Nos origines, la religion des Gaulois, les Druides et le druidisme, p. 280), voir les critiques de M. d'Arbois de Jubainville (Rev. Cell., XIX, p. 73).
3. Ann. de Bretagne, IX, p. 185. — Notre travail ne dépassant pas le viu° siècle, les termes d'Irlandais et de Scots s'y trouveront constamment employés comme synonymes (Cf. Gaidoz, Rev. Celt., II, p.360, et d'Arbois de Jubainville, id., XIT, p. 118).
4. Pelagius in Irland, p. 4-5. Herzog, Realencyclopädie f. prot. Theol u. Kirche®, Keltische Kirche, p. 226.