LES HYPOTHÈSES
que pendant une partie du v* et du vi° siècle, l'Irlande s'est trouvée isolée. Il y a là un espace de cent cinquante ans environ, pendant lesquelselle n’a pu rien apprendre des autres, et surtout pas le grec {. Il dit ailleurs : « Le haut degré de culture classique dans les monastères irlandais du vi° au 1x° siècle, la présence de nombreux manuscrits d'écrivains antiques dans ces monastères ne s'explique aisément que si l'Irlande, bien que politiquement indépendante de l'empire romain, était chrétienne, à la fin du 1v° siècle, au moins dans sa partie sud-est, et avait alors pénétré dans la civilisation antique qui sy maintint et y fut cultivée librement, tandis que les hordes barbares cherchaient à la fouler aux pieds en Bretagne, en Gaule, en Italie?. » Par conséquent, l'Église irlandaise du vi® siècle est le développement de celle du 1v° et du v°, et « l’enseignement, donné dans les cloîtres à cette époque et jusqu'au ix° siècle, se rattache directement à la culture antique chrétienne existant dans l’Église occidentale au 1v°-v* siècle 3 ». Les objections qu'on peut faire à ce système très fortement charpenté naîtront de l'histoire même que nous allons retracer; pourtant, dès maintenant, nous lui adresserons quelques critiques touchant à la méthode même qui guidera nos recherches.
M. Zimmer a, croyons-nous, donné trop de place au grec dans l'enseignement breton et irlandais. Nous verrons ailleurs ce qu'il faut penser des hellénistes scots avant le vin siècle. D'une façon générale, la connaissance du grec n'est qu'une partie de la culture classique, dans les régions de l'Occident qui ont hérité de l'enseignement romain. Celui-ci comportait théoriquement l'étude de cette langue, mais, dans la pratique, elle avait fini par tenir une place peu importante, au détriment de la culture, nous le reconnaissons. Des contemporains d'Ausone, la plupart savaient mal ou ne savaient pas le grec. Un professeur capable d'enseigner publiquement cette langue était, en Gaule, une rareté dans la seconde moitié du Iv® siècle‘ ; on ne peut dire cependant que la culture classique ÿ fût alors exceptionnelle. D'autre part, l'Église d'Orient avant adopté le grec comme langue sacrée, son usage ne supposait pus, chez lous ceux qui le parlaient, une culture littéraire, pas plus que la connaissance du latin ne prouvait toujours qu on eût étudié les arts