‹ L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introduction à l'histoire des écoles carolingiennesChapitre 197 sur 404 · h'elt. Kirche, p · texte numérisé non relu

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LES LETTRES EN IRLANDE ENTRE 350 Er 450 991

nellement contribué à répandre la culture classique !. Il suflit de parcourir la Confessio et l'Epistola ad Coroticum dont le texte a été interpolé, mais dont l'authenticité est vraisemblable *, pour reconnaître que leur auteur n'avait pas étudié les lettres. Le vocabulaire est celui des écrivains ecclésiastiques et de l'Ecriture 3; les formes sont correctes et la syntaxe n'est pas plus irrégulière que celle de ses modèles *. Mais l'insuffisance de ses études apparait dans le tour général de la phrase, dans la difficulté à subordonner les idées et à exprimer une pensée tant soit peu compliquée, dans l'emploi gauche des conjonctions ou des pronoms *. La Confessio et l'Epistola ad Coroticum sont d'un homme qui connait le rudiment, qui parle facilement le latin usuel de l'Église, appris dans le commerce des religieux, et dans la lecture des auteurs chrétiens

41. Les vies de saint Patrice, suspectes d’ailleurs, sont sobres de détails sur son savoir. [l étudie les lettres et la discipline (5e vie, Colsan, Trias Thaumaturya, p. 122); les lettres sacrées (Whitley Stokes, The trip. Life, Appendix, , p. 503) ; la science, la sagesse, la chasteté el tout ce qui peut servir à l'esprit comme à l'âme (Livre d'Armagh ap. Anal. Boll., Ï, p. 552). La science ne figure pas dans la liste de ses mérites. (Liste dans la 3° vie (Colwan, td., p.29; Whitley Stokes, [, p. 260, reproduite dans la #° (Colgan, id., p. #7); dans la 7e id, p. 168).

2. Voir d'Arbois de Jubainville, Rev. Celt., VIT, p.23+. MM. Whitley Stokes, The trip. Life, p. xcirr (Confessio', et cr (Epistola), Zimmer, Kelt. Kirche. p. 213, admettent l'authenticité. M. de Pflugk-Hartung (Die Schriften S. Patricks, Neue Heidelberger Jahrbücher, 1893, p. 76) ne partarxe pas cette opinion.

3. Prenons quelques exemples au hasard, Confessio : animationis, retributio, mirabilia, spiritualiter, inenarrabiliter, immolalicium, tribulaliones, qaudibundus, conculcalione, improperia, ultronea, scandalizabantur, ele... ; Epist. ad Corot. : zelo, zabulus, jocondare, prolongati, inlimarvit, pæniteant. — Saint Patrice n'a connu que l'ancienne version de la Bible, Cf. Berger, Rev. Celt., VI, P. 349.

+. Laissons de côté des faits commel'emploi de quod ou de quia avecun mode personnel, au lieu de la proposition infinitive, et notons des exemples de hibebat avec le sens impersonnel, Confessio :p. 361, 32. Remarquons aussi l'emploi des prépositions dans les expressions comme, Ehist. ad Corot, 1P. 378, 13 et 14) : de spoliis.. repleverunt domus; de rapinis vivunt; id., P- 339, 18) : doleo pro vobis.

», Elle apparait aussi dans le détail; ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, je doute qu'un écrivain nourri des lettres sacrées, mais ayant quelque teinture des classiques, eût opposé in pressuris à in secundis (rebusi, Conf. 1p. 367, 21, CE. pressura avec le mème sens, id. :p. 363, 22, (CL Geœlzer, Latinité de saint Jérôme, p. 252). Notons encore, ÆEpist. ad Corot. p. 375, 151: non quod obtabam tam dure et tam aspere aliquid ex ore mco effundere; id. {p. 378, 30): quos gladius supra modum dure tetigit.

et de l'Écriture, mais qui ne s'élève pas au-dessus de l'usage courant qu'ils’est formé dans ses entretiens ou pas ses lectures. Son style doit reproduire sa parole ; et la simplicité de son langage se traduit, dans ses écrits, par une extrème naïveté !, ou par de l'incohérence *. Sa maladresse éclate encore plus quand le sujet exigerait quelque talent. Ainsi sa lettre à Coroticus aurait dû être éloquente; le sujet était beau : ce prince avait massacré ou vendu nombre des catéchumènes de Patrice. La pauvreté du vocabulaire, l'ignorance des procédés les plus simples de l'art oratoire, n'ont pas permis à saint Patrice de donner à son indignation une expression émouvante. C'est donc par un juste sentiment de son infériorité qu'il plaçait, à côté de son nom, l'épithète d'indoctus #, et l'on ne peut lui attribuer une part directe dans l'établissement des études classiques en Irlande.

Mais M. Zimmer est ici tombé dans l'excès qu'il reproche aux biographes de Patrice. Il a eu le tort de condenser sur son nom tout l'effort du christianisme irlandais au v* siècle. Patrice n'était pas seul: parmi les Bretons et les Gallo-Romains qui l'accompagnaient, il put se trouver des hommes disposés à mettre les arts libéraux au service de la culture sacrée, peut-être ces rhelorici dont nous avons parlé plus haut. Il serait puéril de s'en tenir à la classification des saints en trois ordres *, et d'enfermer leur activité dans des limites si étroiles, que toute tendance étrangère au caractère général d une époque soit exclue. L'unité de leurs vues n'a sans doute existé que dans les formules des hagiographes. Dans l'Église irlandaise du ve siècle, comme dans celle du iv*,il y avait place pour des missionnaires, enseignant la doctrine, et pour des religieux, approfondissant l'Ecriture. Notons qu'en traitant des études classiques, nous ne parlons pas d'une tendance générale. En dehors du ui et du 1v° siècle, la connaissance deslettres n'a jamais été, croyons-nous, dans l'Eglise qu'un trait particulier, parfois un phénomène individuel.

Il n'ya donc pas d'impossibilité absolue à ce que les Irlandais, ou plutôt à ce que certains d'entre eux aient étudié les lettres au 1v°

1. Voir le récitde sa conversion et de ses évasions (Conf., p. 360 et suiv.1.

2. Voir la réponse aux atlaques dirigées contre fui {id., p. 365). Ce alias pitre, ilest vrai, contient, ainsi que les suivants, des allusions que nous ne pouvons comprendre el qui obscureissent la pensée.

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