Vita Columbae, I
3. Cf. Vita Columbae par Adamnau, Il, 8, 1# ; III, 49, 29, cte.
4. Nous ne possédons pas de travaux irlandais d'exégèse datant du vi siècle,
En a-t-1] été ainsi ? nous n'oserons l'affirmer. Nous serions pour-
. tant disposé à admettre que c'est au cours du vif siècle, et, avant
que nous en trouvions une preuve dans les écrits de Columban, que l'Église irlandaise commença à utiliser les lettres classiques au prolit de la lecture divine. Nous nous garderons pourtant de généraliser un effort qui put être individuel, ou tout au moins réduit à un petit groupe. L'hvmne Altus prosator, dont nous allons dire quelques mots, avant d'en venir à saint Columban, nous prouvera que, dans le monachisme irlandais du vi siècle, il y avait place pour une culture uniquement puisée dans les lettres sacrées.
La langue de l’A/tus prosator est correcte; on y relève des mots abstraits !, des hellénismes *, des termes * familiers aux écrivains sacrés ; on y trouve aussi des mots rares ‘, dont quelques-uns appartiennent à la langue des /Jisperica Famina ©. Rien, dans la langue n dans l'allure générale de l'hymne, ne rappelle l'influence classique. Si saint Columba d'Iona en est l'auteur, il faut reconnaitre que ce texte ne prouve pas qu'il ait appris les lettres 6.
Avec Columban, nous rencontrons enfin un moine irlandais avant certainement étudié les lettres classiques. Né en Irlande vers 543, Columban avait, dès sa jeunesse, étudié Les arts libéraux, dit son biographe Jonas de Bobhio (+ 670), et consacré beaucoup de temps et de peine à apprendre la grammaire, la rhétorique, la géo-
Zimmer {Pelagius in [rland, p. 7) attribue la disparition destextes irlandais aux incursions des Wikings etau mépris où tombérent, au moyen âge, les manuscrits scotlice scripti. ne serait pas impossible que les scribes irlandais, dont il est question dans les textes cités plus haut, aient copié seulement l'Écriture et les Pères et que l'enseignement, à cette époque, ait été purement oral. |
4. Texte dans la Revue Celtique, V, p. 207, v. 5, deitalis; 10, bonitas.
2. 17, apostalae ; 18,coenodoria ; 31, protoplaustum — protoplastum (Cf. Bernard and Atkinson, Liber Hiymn., 1, p.70); 114, poliandria, etc.
3. V, 24, enfernalium ; 25 refugas ; 32, aetheris luminartbus, etc.
4. V. 60, carubdibus ; 68, dealibus ; 70, suffultus, idama ; 76, dacibus (il faut peut-être lire soit facibus, soit edacibus ; 79, flammaticus ; 86, prochemio ; 93, condictam {Adamanan, Vita Col, 1, #9, emploie condictum dans le même sens d'entrevue;:; 112, frigola ; 11%, etralibus pour aethralibus Cf. Aldhelm, De laud. Virg., 7, el Epist. 3:35 116, climactere ; 117, Virgilio, ete.
5. V. 61, scrupibus Bernard and Atk., id., p. 75, scropibus) ; v. 118, Telhis. Cf. mots en -men, v. 13, 31, K5, etc.
6. Adamnan ne dit pas explicitement que le saint ait étudié les lettres ; nous savons seulement qu'il consacrait beaucoup de temps à lire et à écrire {Vila Columbae, I, 1).
métrie en même temps qu'à approfondir l'Écriture !. Il se rend alors auprès d'un saint homme appelé Sinelus, puis auprès de Comgall à Bangor, pour étudier plus à fond les lettres sacrées et s'y pénétrer de la vie monastique *. D'après Jonas, Columban avait donc étudié les arts libéraux en Irlande, mais il aurait terminé cette étude, avant d'entrer à Bangor.
Saint Columban a laissé des lettres et plusieurs poèmes. Ses lettres, qui traitent de controverse religieuse, contiennent de nombreuses citations de l’Écriture, comme il était naturel. Le fonds de sa langue est formé de latin ecclésiastique, avec l'abus des mots abstraits, des mots composés et des hellénismes 3. Mais, en le lisant attentivement, on y relève des réminiscences des auteurs profanes #, on y reconnait des mots qui leur sont plus familiers qu'aux écrivains ecclésiastiques. Le style est sans art, les phrases sont souvent longues et embarrassées ; sans doute eût-il écrit avec plus de netteté, s’il s'était adonné au genre narratif, au lieu de discuter avec une âpreté continue.
Mieux que ses lettres, les poèmes de Columban portent témoignage de ses études classiques. Avant tout, nous remarquons qu'il est le premier Irlandais dont nous possédions des vers latins métriques ?. Nous avons de lui deux épîtres 5, l'une en hexamètres #, l'autre en vers adoniques suivis de six hexamètres. Ici les souvenirs des auteurs profanes se précisent : on surprend au passage des
1. Jonas, Vitae Columbani disc. que, I, 3 (Script. rer. Merov., IV, p. 68).