Zimmer (id., p
LES « HISLERICA FAMINA » 241
Les Hisperica Famina sont écrits dans une sorte de prose
rythmée !. Tout au moins y a-t-il, dans la disposition des mots, dans la place des épithètes et du verbe, un effort qui donne à l'oreille l'impression d'une cadence. Bradschaw à même retrouvé, dans certaines parties, des séries de vers offrant des rimes internes ?. Mais ce système ne s'applique ni à l'ensemble, ni même à tout un chapitre des Hisperica Famina. C'est une étude qui, d'ailleurs, devra être reprise; peut-être sera-t-elle fructueuse, et, en particulier, montrera-t-elle, dans l'école où ces textes furent composés, l'usage d'une sorte de cursus, et aussi l'observation de certaines théories grecques sur le rythme oratoire, que les Anglo-Saxons connurent encore au vin siècleÿ. En tout cas je doute qu'elle révèle chez l'auteur ou les auteurs des Hisperica Famina la pratique des procédés classiques.
La Lorica de Gildas est écrite en lignes, je n'ose dire en vers, de onze syllabes #, C'est une prière pour demander la protection de Dieu contre une épidémie, Elle se compose de deux parties * : la première, l'invocation (}. 1-28),est facile à comprendre. Dans la deuxième partie (1. 29-fin), l'auteur implore la protection divine pour chaque partie du corps. C'est dans ce développement qu'apparaissent les mots hispériques mêlés aux termes du latin courant.
L'hymne alphabétique de saint Omer contient une invocation à Dieu, dont la puissance est comparée à la faiblesse humaine. Il se compose de tercets rimés de sept ou huit syllabes. C'est une pièce farcie, écrite dans un mélange de grec, de latin et de latin hispérique.
Le latin hispérique doit son aspect particulier à deux causes : les éléments du vocabulaire, les procédés de style.
Le vocabulaire comprend une majorité de mots latins employés par les auteurs profanes et ecclésiastiques, prosateurs et poètes.
{. Voir, sur cette question, Gever {Archiv f. lat. Lex., Il, p. 257),
Stowasser (id., p. 17), Hartel (Z{schrift [. üster. Gymn., 1888, p. 4711, Zimmer (Nachr., p. 153), Bradsghaw (Collected Papers, p. 463;.
2, Collected Papers, p. #65, note,
3. Îl se peut que cet aspect particulier des Lisperica Famina provienne uniquement de l'absence de périodes dans un style haché à l'excès.
4. D'après la préface de l'hymne dans le Leabhar Breac (Bernard and Atk., I, p. 206 : « Metrum undecasillabum quod bracicatalecticon divitur quod
undecem sillabis constat. ») Cf. id., 11, p. xx1. 9. Trois dans l'édition Bern. and Atk., II, p. 2#3.
212 LES LETTRES CLASSIQUES EN BRETAGNE ET EN IRLANDE — Il
Ce premier fonds est mélangé à des termes appartenant à la laugue ecclésiastique et au latin vulgaire ; il est grossi par l'extension des procédés de dérivation et par l'emploi de mots détournés de leur sens. Enfin on y relève des mots grecs, des mots hébreux et aussi quelques termes nouveaux d'origine encore inconnue !.
Parmi les termes empruntés au latin d'église nous citerons libramen*, lutler (res%e) *, orticumetra * (iszyyeutzpa), palatha* (+x220r), agonithetes 5 (zzwyc0izrc), plasmo *, etc.
Des mots comme spada *, marthellus *, camisia !, peut-être sablones ‘, semblent provenir du latin vulgaire.
Nous arrivons aux formations nouvelles : le latin hispérique crée ungrand nombre de mots, suivant des modèles qu'il rencontre dans la langue profane ou dans la langue ecclésiastique. Il abuse des dérivés en -men!* comme famen 3, cantamen !", follamen !*, congelamen 5, fundamen\i, altercamen"®, stemicamen®, plasmamen®, bellicamen ?!, propriamen *?, etc. C'est un procédé de dérivation dont
4. La langue des Ilisperica Famina fait penser immédiatement au grammairien Virgile et à la latinité qui apparait dans quelques textes d'origine africaine. Jusqu'à présent, on n'a pas relevé, entre les textes hispériques que nous possédons et Virgile, des ressemblances convaincantes. Voir un indice qui, à mon sens, n'est pas probant, dans Stowasser (Jahr., p. xx).
2, Vat., 2(Stow., #, 26).
Vat., 10 (6d., 9, 13). Cf. Goœælzer, Latinité de saint Jérôme, p. 211.
Lux., 4°, 19, gl. Cf. Rôusch, Ztala und Vulg., p. 244; Gœlzer, id., p. 213. Vat., 5 ({Stow., 6, 26:
Güdae Lorica, XL. 19 Cf, Goclzer, id., p. 205.
Vat., 2 Stow., 5, 161. Cf. Rônsch, id., p. 253; Gœælzer, id., p. 225.
. Lux., 1, 10; gl., #4", +, spadam : ensem. Paris, 102, 20. Le Vaticanus, Î (Stow., #, 20) donne la forme latine spatham.